Opinions Une chronique de Florence Richter, écrivain.


Consultation du nourrisson, stage de kayak, Dour Festival, jeux avec préservatif... : la vie de Françoise aurait-elle été différente sans la Fédération Wallonie-Bruxelles?
 

Consultation du nourrisson, Ixelles, un des 715 centres en Fédération Wallonie-Bruxelles (Fédéwab pour les intimes). Le docteur Merlin, pédiatre, termine l’auscultation de la petite Françoise puis la pèse : "Madame, votre bébé est beaucoup trop gros ! Je sais, vous ne l’avez pas allaité à la naissance car vous aviez la grippe, mais vous dosez mal le lait en poudre, et quelles tétines utilisez-vous ?" La mère répond, penaude. "Lisez ce dépliant de l’ONE, les conseils sont bons, on se revoit dans six semaines." La mère remercie, prend l’enfant dans ses bras et sort, très satisfaite.

Les saisons s’écoulent. La mère, une jeune veuve, visite la Belgique avec sa fille durant les vacances. Cette année, Dinant aux rues étroites en bord de Meuse et ses concerts du festival de l’été mosan. Non loin sur les hauteurs, le charmant village de Furfooz, aux 120 habitants, ses grottes et ses maisons en pierres calcaire grises évoquant la solide région du Condroz. "Plus tard, affirme Françoise du haut de ses sept ans, je serai championne du monde de kayak !" Elle vient de découvrir les départs sur la Lesse à Anseremme. Plus tard, Françoise jouera au tennis dans un des dix-sept centres ADEPS en Fédéwab, le "Forêt de Soignes", à la sortie de Bruxelles où elle vit.

Ses études se passent sans encombre, la moitié en école communale, l’autre dans un collège du réseau libre, deux lieux proches de chez elle dont sa mère juge l’enseignement de qualité. A l’université, ça se complique… Françoise a hésité et doublé une année avant de trouver sa voie. Elle aurait dû suivre les conseils des guides PMS mis en place en Fédéwab auprès des écoles : on l’orientait vers la communication ou le journalisme mais elle a choisi le droit. Mère et fille vivent dans un milieu dit "favorisé" sur le plan intellectuel, mais elles ne sont pas riches, loin de là : la Fédéwab va octroyer des bourses d’études à Françoise, en secondaire comme à l’université. Les années passent, Françoise termine de rédiger son mémoire, elle sera bientôt criminologue.

Elle revient enthousiaste du Dour Festival qu’elle adore, sans doute autant pour une raison musicale que sentimentale : c’est la ville où son père a passé son enfance. Cet été, la jeune fille était à Liège pour s’amuser en Outremeuse jusqu’aux petites heures et visiter son grand aquarium. A Arlon dans la maison de son petit ami, un jour de pluie, sous la couette, ils riaient et jouaient avec des préservatifs en déformant les paroles d’une annonce radio de la Fédéwab de prévention contre le sida : "Sortez couverts !" Enfin, retour à Bruxelles pour une soirée jazz avec Steve Houben au Bota, le grand centre culturel de la Fédéwab. La veille, elle empruntait des bouquins à la bibliothèque des Riches-Claires après une conférence d’un écrivain, François Ost, juriste et philosophe, qui parlait des liaisons dangereuses entre le droit et la littérature, tout un programme !

Diplôme en poche, Françoise vient de trouver un job de chercheure à l’ULB. A l’instant, assise à son bureau, elle s’interroge : si la Communauté française/Wallonie-Bruxelles n’avait pas existé, sa vie aurait-elle été différente ? A plusieurs étapes de sa petite existence, Françoise a bénéficié du soutien de cette jeune entité de l’Etat. Oui jeune, à peine cinquantenaire depuis la première réforme constitutionnelle de 1970. Ses compétences sont claires et cohérentes : culture, enseignement, recherche scientifique, aide à la jeunesse, sport, maisons de justice.

Dans ce billet, point d’ironie, juste un vrai-faux témoignage presque banal… qui contient pourtant un message criant de réalisme : en un temps où sur toute la planète, les humains ont un besoin urgent de recréer du lien sous toutes ses formes (institutionnel, économique, social, familial, environnemental, spirituel), serait-ce bien malin, dans un si petit pays, de briser ce lien efficace et fortement symbolique entre Wallonie et Bruxelles ? Je vous le demande !

->Titre et sous-titre sont de la rédaction