Opinions

Un témoignage d'Inès, une étudiante de 17 ans qui vit à Paris (*).


Les transports parisiens, je les prends quotidiennement. Les frotteurs, je les subis tous les jours. C’est une humiliation qui reste vraiment dure à encaisser, surtout quand on n’ose pas agir. C’est ce que je regrette de ce samedi de mars 2018.


J’étais dans le métro pour me rendre rue de Rivoli. 15h, le métro est bondé ! Mais je rentre à l’intérieur et j’essaie, comme d’habitude, de me caler près des portes pour éviter d’éventuels "prédateurs". J’ai l’habitude malheureusement. Mais ce jour-là, c’était différent : le métro était rempli et j’étais au milieu d’une vague de gens. J’avais mes écouteurs et j’avais encore quelques arrêts avant d’arriver à destination.

Après deux arrêts, un vieil homme derrière moi, que j’avais croisé du regard et à qui j’avais souri, par politesse quand j’suis rentrée dans le wagon, bouge son bassin en rythme avec le métro. Tout près de moi. Il bouge assez discrètement pour ne pas attirer l’attention, mais suffisamment pour que je le sente et sois gênée. Son bassin se colle à moi de plus en plus, et la gêne monte crescendo. Après quelques secondes, qui semblent interminables, à travers mon jean, je sens qu’il est en érection. C’était si humiliant ! J’étais tétanisée.

Dommage, je n'ai pas osé porter plainte

Les portes s’ouvrent. Je descends en vitesse à un arrêt qui n’est même pas le mien, juste pour fuir cette situation. Un policier en civil m’arrête, se présente et m’explique qu’il a vu la scène dans le wagon. Je vois sur le côté du quai quelqu’un qui semble être son collègue parler au vieil homme pour qui j’avais eu de la sympathie. C’était lui le frotteur, je me sentais si idiote. Le policier me propose de porter plainte afin d’arrêter l’homme, je me suis demandée pourquoi il n’avait pas réagi face à la scène dans le wagon, parce que là, clairement, le mal était déjà fait ! Et il me parle de porter plainte ? Je veux juste sortir de ce métro et ne plus jamais revoir cet homme. Cet homme qui s'est collé à moi était encore là et on me demande de porter plainte ? C’est la dernière chose qui j’avais en tête à ce moment-là. J’ai donc refusé la proposition de l'agent et je suis partie.

J’ai laissé cet homme agir en toute impunité sans aucune sanction et lui ai laissé la liberté de recommencer sur d’autres filles… Quand je suis rentrée chez moi, je me suis renseignée un peu, parce que je n’étais pas au courant qu’on pouvait porter plainte contre des frotteurs. Et je vois qu’il y a une appli, celle de la RATP, où on peut signaler les agressions des autres ou la sienne. Pour que la police intervienne directement. Si je l’avais su plus tôt, ça m’aurait évité beaucoup d’humiliation et de gêne.

J’aimerais vraiment qu’on arrête d’avoir peur, de rester dans le silence. C’est justement en restant dans cette mentalité que les choses ne changeront pas et ça banalise le comportement animal de certains hommes. Il n’y a rien de normal à tenter d’assouvir ses besoins sexuels en frottant des femmes dans les transports.


(*): Ce témoignage a initialement été publié sur le site de la ZEP