Opinions Fondamentalisme religieux et populisme nationaliste ont succédé à l’internationalisme New age des bobos. J’en appelle à un autre projet de société capable d’enthousiasmer la jeunesse. Un regard du prêtre Éric De Beukelaer.

Années’60… Adeptes du dogme de la bonté naturelle de l’homme, les hippies rêvent un monde qui fait l’amour plutôt que la guerre. Années’80… L’échec du peace and love fait advenir la génération yuppie, attachée à la croyance sociale inversée - soit que la vie est "struggle for life". Pour les vainqueurs, le champagne remplace le pétard et la Porche, le combi VW. Années 2000… Plus réalistes que les hippies, moins cyniques que les yuppies, les bobos ont le cœur ardent et le portefeuille tranquille. Citoyens, ils critiquent un système dont - consommateurs - ils sont un rouage. Le bobo mange bio, mais prend l’avion pour un city trip de trois jours. Et quand ce grand écart entre idéal et comportement lui cause des angoisses, il les apaise à coup de wellness.

Pareil cocktail d’idéalisme public et d’égoïsme privé n’est pas durable. En 2015, une nouvelle génération se dresse - inquiétante - en réaction à la précédente. A l’internationalisme New age des bobos succède, chez d’aucuns, le fondamentalisme religieux et, chez d’autres, le populisme nationaliste.

Ces nouveaux identitaires rêvent, qui de ressusciter un califat moyenâgeux, qui de dresser de nouvelles frontières et de rétablir la peine de mort. La peur de l’autre est un puissant moteur, mais elle est mauvaise conseillère. Voilà pourquoi j’appelle de mes vœux un autre projet de société, capable d‘enthousiasmer la jeunesse. Ce projet, je le nomme "Respi", contraction de "reliance", "résilience" et "spiritualité".

Reliance, parce que le monde est devenu tellement interdépendant qu’il est désormais suicidaire de ne pas se soucier des problèmes de tous. Pensons aux flux migratoires. Ou encore au réchauffement climatique.

Résilience, car pour s’adapter à un environnement qui évolue à la vitesse des réseaux sociaux, il faut une souplesse mentale et professionnelle. Pour le meilleur et pour le pire, il est révolu le temps du "on a toujours fait comme ça". Elle est tournée la page des carrières stables et linéaires.

Spiritualité, en ce que, seule une profonde vie intérieure - croyante, agnostique ou athée, là n’est pas la question - permet à l’humain de se relier, sans perdre son identité; et d’être résilient, sans se déraciner. Une culture de l’intériorité empêchera la reliance de dégénérer en standardisation des masses anonymes et la résilience de virer à la déstructuration d’individus atomisés.

Certains entrepreneurs annoncent la génération respi, de par leur capacité à penser l’avenir autrement. Elon Musk lance des centrales domestiques de stockage d’énergies renouvelables; Bertrand Piccard (aidé par "notre" Solvay) ose un avion solaire… Dans ma bonne ville de Liège, Raphaël van Vlodorp crée un bateau à énergie renouvelable; Laurent Minguet envisage des dirigeables pour le transport de fret; Jean-Marc Huygen pratique une architecture du réemploi… etc.

Même les politiques apprennent à penser autrement. Quel point commun entre Marie Arena, la quadra socialiste et Louis Michel, le vieux briscard libéral ? Ils sont deux des acteurs majeurs du vote au Parlement européen, le 20 mai dernier - contre toute attente et par une majorité de rechange - d’une obligation pour toute entreprise d’informer sur l’origine des minerais provenant de régions du conflit, faisant primer développement à long terme sur bénéfices à court terme.

Quand l’Europe contribue à la stabilité, la prospérité et la paix dans le monde, elle ne pratique pas une politique naïve de Bisounours, mais - au contraire - prend soin de ses intérêts, en faisant baisser la pression migratoire et croître à terme les échanges commerciaux. Le signe que - par-delà les clivages politiques ou idéologiques - une nouvelle génération #Respi est appelée à se lever.