Opinions
Une opinion de Margaux Dejonghe, étudiante en première Master en droit à la KULeuven.

Nous, jeunes nés entre 1995 et 2015, constituons la Génération Z. On nous dit zappeurs fous, paresseux et narcissiques. Vraiment pas d’accord !

Ils ne supportent pas le silence, dévorent sushis et fastfood grâce à Deliveroo, sont égoïstes, impatients et impulsifs, rencontrent l’amour de leur vie sur Tinder et, si tant est qu’ils ont un minimum d’ambition, suivent les cours sur leur iPad. La Génération Z (les gens nés entre 1995 et 2015) n’a jamais vécu dans un monde sans crise, terrorisme ou réchauffement climatique. Egalement nommés "digital natives", ces jeunes surfent depuis leur plus jeune âge sur les vagues de la technologie, de l’Internet et des réseaux sociaux.

Aujourd’hui, l’opinion publique se divise en deux lorsqu’il s’agit d’évaluer la Génération Z. Une première catégorie voit en elle des zappeurs - dont l’initiale désigne ladite génération - paresseux, se comblant de connaissances superficielles et ouvrant leur grande gueule bien trop souvent. Une seconde catégorie voit en elle des jeunes ambitieux capables de réellement faire face à une société en changement perpétuel grâce à leur ouverture d’esprit ainsi qu’à leur capacité d’adaptabilité. De façon caricaturale, l’on pourrait glisser dans la première catégorie presque toute personne ne faisant pas partie de la Génération Z et, parallèlement, glisser tous les moins de 22 ans dans la seconde. Mais finalement, s’opposer à cette génération n’a aucun intérêt. Une observation ainsi qu’une tentative de mieux les comprendre fera davantage avancer les choses; au contraire d’une critique obstinée. Car votre monde est désormais entre leurs mains.

Collés à Internet…

Une première critique souvent avancée par les parents, grands-parents et professeurs concerne les jeunes et leur utilisation d’Internet. La génération Z a échangé la pureté de la communication contre des messages condensés via sms et Snapchat, elle a remplacé le sport en plein air par une partie digitale de Fifa et elle en sait plus sur les cartels de cocaïne sur Netflix que sur l’histoire de son pays.

Ce n’est pas entièrement faux mais c’est exagéré. Et surtout, l’Internet n’est pas nécessairement négatif. En effet, la qualité prime sur la quantité et plusieurs études ont démontré que l’Internet est devenu pour ces "digital natives" le moyen par excellence (car facilement accessible et souvent gratuit) de réaliser un projet. N’avez-vous pas tous un neveu qui a pu développer son talent de vidéo production grâce à YouTube ? Une voisine qui organise des après-midi de cuisine grâce à sa publicité sur Facebook ? Une ancienne amie qui a enfin pu lancer sa chaîne de vêtements grâce à Instagram ? Désormais, l’utilisation d’Internet a un but. Non pas superficiel, polluant ou insignifiant, l’Internet transmet l’idée que tout le monde peut être populaire. Et bien plus qu’un quart d’heure…

Paresseux…

Une seconde dévalorisation de la Génération Z provient du monde du travail. Hier encore, quelqu’un me parlait de ses jeunes collaborateurs et me disait à quel point ils étaient paresseux et impatients. Le rêve de devenir président est révolu. Le jeune employé veut rentrer avant qu’il ne fasse noir, manger bio à midi et faire son heure de gym tous les jours. En outre, l’échec n’est plus un drame : il essaie et se plante, réessaie et se plaît, puis quitte car il ne s’amuse plus. Ses désirs sont irréalistes et si la condition sine qua non du travail, à savoir le plaisir, n’est pas présente, le jeune démissionne.

Si de nombreux jeunes visent à créer leur propre entreprise et à être leur propre patron, c’est avant tout une réaction face à l’attitude fermée et impitoyable de patrons conservateurs aux pieds desquels ils devraient se jeter. En outre, l’on ne peut pas négliger le centre de préoccupation ainsi que le monde dans lequel la Génération Z vit. Appelé à se pencher sur des questions quasiment inconnues des précédentes générations (pensez à la digitalisation, l’égalité des sexes et la mondialisation), le jeune d’aujourd’hui a tout intérêt à créer des nouvelles entreprises dans des domaines tels que la finance, l’information et la technologie. Etant plus que conscient du rôle que joueront les médias et de la vitesse du changement, il doit nécessairement aller à la recherche de nouvelles méthodes et techniques de travail. Vous connaissez certainement tous des patrons à la tête d’entreprises bien établies mais n’ayant pas l’audace ni l’envie d’affronter le monde de demain. Conséquence : soit l’entreprise s’adapte au jeune et donc au monde, soit le jeune dégage et l’entreprise perd contact avec le monde.

Et narcissiques !

Une troisième et dernière critique prononcée à l’encontre du jeune prenant une dizaine de selfies par jour, c’est d’être narcissique et égocentrique. Ce qui rend fier, c’est les likes. Ce qui rend populaire, ce sont les followers. Et dans sa valise, le selfie stick ! La Génération Z est cette génération qui préfère se mettre en livestream sur Facebook plutôt que de se préoccuper du réchauffement climatique ou du populisme qui nous guette.

D’accord, le narcissisme est non négligeable mais il n’est pas problématique. Et parler d’égocentrisme est une généralisation exagérée. En effet, la Génération Z semble avoir un sens aigu des responsabilités envers la planète qu’elle doit désormais réparer. L’écologie, la surpopulation, le végétarisme, la technologie, la pauvreté et la crise sont autant de sujets brûlants entre jeunes. Le cliché des "étudiants pour toujours" qui préfèrent rester chez papa-maman le plus longtemps possible ne date pas d’hier et s’explique aujourd’hui, davantage, par la grande accessibilité et flexibilité de l’enseignement supérieur.

Cela étant, nombreux sont aussi les jeunes qui se responsabilisent rapidement et quittent l’école avant l’âge de 18 ans afin de lancer leur start-up. Ce serait mentir de prétendre que cette génération n’est pas narcissique mais dire qu’elle est indifférente par rapport à ce qui se déroule autour d’elle est faux. La société de l’information en a fait des jeunes curieux, lucides et informés, certes, dans des domaines nouveaux. Et ce sont peut-être les adultes redoutant la nouveauté qui les critiquent le plus.

Concluons positivement. La Génération Z a tous les outils nécessaires ainsi que l’ambition requise pour affronter les problèmes de demain. L’enjeu est de l’accompagner correctement afin qu’elle garde les pieds sur terre et améliore son monde progressivement. Soyons honnêtes : les préjugés que l’on porte sur les jeunes, il y en a eu de tout temps. "Ah, les jeunes… !" disaient nos grands-parents de nos parents. Et aujourd’hui, les jeunes d’alors sont les parents qui critiquent la Génération Z.

Margaux Dejonghe est membre de la Conférence Olivaint, centre interuniversitaire de formation à la gouvernance. Elle s’exprime ici à titre personnel.