Opinions
Une opinion de Xavier Vanwelde, enseignant en Sciences économiques qui a réalisé un Erasmus au Canada et en Nouvelle-Zélande.

Le programme Erasmus fête ses trente ans. Il faut encourager les étudiants à l’internationalisation, à la débrouillardise, au voyage.

Créé en 1987, le programme Erasmus + fête ses 30 ans cette année. Ce programme permet à des centaines de milliers d’Européens de partir étudier pendant un semestre dans une université d’accueil. Cela reste coûteux, mais pas plus que des études en Belgique si l’on inclut la location d’un kot. D’autant que des bourses et autres aides financières sont prévues pour diminuer l’impact financier d’un tel voyage et le rendre accessible à tous.

Une expérience de vie inoubliable

Partir en Erasmus exige de la rigueur administrative, de la débrouillardise et la faculté de trouver un côté amusant à tout. On ne part pas en Erasmus pour devenir un étudiant meilleur académiquement, mais davantage pour enrichir sa personnalité. C’est l’occasion de gagner en autonomie, en indépendance, en liberté. De prendre goût à la découverte culturelle, à l’aventure, au partage, à la curiosité.

L’intérêt du programme s’étend bien au-delà de l’aspect académique, contribuant notamment au développement personnel ainsi qu’à la construction d’une nationalité européenne robuste. A deux reprises pendant 5 mois, j’ai été amené à devoir me débrouiller seul dans des pays dont je découvrais tout, de la culture aux coutumes locales.

L’acclimatation à ce nouveau mode de vie a parfois été une rude épreuve. Sans parler du choc culturel et de la perte de repères, ou des éventuels soucis de santé. Défilent ensuite les jours et les semaines. C’est alors souvent une révélation : le système de cours est différent du nôtre, comportant beaucoup plus de travaux de groupe, un système d’évaluation continue et des examens de mi-session. On y découvre aussi le système de pédagogie inversée, où l’on doit préparer et assimiler le cours à venir à domicile.

La majorité des étudiants locaux ont un job pour financer un minerval très élevé (plusieurs milliers d’euros par session). Vu ce coût, les étudiants se montrent particulièrement impliqués et exigeants dans les travaux de groupe : il n’est pas question de se contenter du strict minimum. Généralement - et souvent à raison- les étudiants locaux se méfient d’ailleurs des étudiants internationaux, réputés pour investir davantage d’énergie dans leurs sorties que dans leurs cours. De mon expérience personnelle, je dirais que la motivation des étudiants à s’investir dans les travaux de groupe en particulier est plus grande là-bas qu’ici. Mais pas nécessairement le niveau académique des études.

Chocs culturels

Par ailleurs, des liens d’amitié se nouent entre étudiants de toutes les nationalités. Interagir avec eux, partager leur quotidien, leur point de vue, leurs questionnements est réellement enrichissant. Apprendre d’eux en vivant avec eux, tout simplement. Certains y trouvent leur conjoint. Il se dit que plus d’un million de bébés seraient déjà nés grâce à Erasmus.

Les travaux de groupe terminés, le week-end est, lui, consacré au tourisme culturel. En l’espace de cinq mois, nous voici au moins parfaits bilingues - sinon trilingues. Et riches de tellement de rencontres et d’autant d’expériences. Combien de fois n’a-t-il pas fallu sortir de sa zone de confort dans une langue dont on ne maîtrise pas toutes les nuances ? Combien de présentations en anglais, face à un auditoire inconnu, n’aura-t-il pas fallu faire ? Combien de fois nous sommes nous étonnés des particularités culturelles locales, réalisant à quel point nous pensons "européen" et "belge".

Songeons à notre système social très développé, à notre culture ou encore à notre humour surréaliste.

Liens internationaux

Toutes les bonnes choses ont pourtant une fin. Et les adieux sont souvent l’occasion de se rendre compte qu’il y a certaines personnes que l’on aurait souhaité mieux apprendre à connaître. On se retrouve à garder contact. A aller rendre visite à l’un ou à l’autre à Amsterdam, à Paris, à Bilbao, à Singapour, à Québec, à Montréal, à Auckland ou à Ostende.

C’est aussi l’occasion de se rendre compte que, même si nous n’avons pas fondamentalement changé, l’on ne voit malgré tout plus les choses de la même façon. Il faut encourager les étudiants à l’internationalisation, à la débrouillardise, au voyage. Ces expériences constituent autant de passeports pour l’emploi. Car partir en Erasmus donne des indicateurs en matière de personnalité, de persévérance, de créativité, d’autonomie et d’adaptabilité. Cela donne une idée de votre capacité à trouver une solution appropriée face à un problème neuf. Toutes ces compétences et aptitudes essentielles au monde de l’emploi ne s’acquièrent que partiellement sur les bancs de l’école.

Bien sûr, les mouvements de jeunesse, clubs de sport et autres associations donnent des outils pour y parvenir. Mais rien ne remplacera jamais l’expérience de terrain. Grâce aux acquis du programme Erasmus, j’ai signé mon premier contrat professionnel avant la fin de mes études. Une multinationale. Trois ans plus tard, j’ai accepté une mission commerciale à Dar Es Salam (Tanzanie) pour le compte d’une PME wallonne. Un autre monde.

Fort de ces expériences, c’est la fibre pédagogique qui m’anime à présent. J’enseigne les sciences économiques et cherche à former des citoyens responsables et engagés. A revaloriser l’effort et l’intérêt pour tout ce qui est intellectuel, culturel, européen. A préparer mes élèves à devenir acteurs - et non plus spectateurs - de leur vie. L’occasion notamment d’amener les élèves en visite au Parlement européen, à lire la presse ou encore à faire naître des vocations en invitant avocats et notaires en classe.

On dit souvent, à raison, qu’il faut investir davantage dans l’enseignement en augmentant les budgets et en revalorisant les enseignants. Mais il faut aussi encourager les étudiants à partir en échange Erasmus et soutenir le principe des bourses qui doivent leur être allouées en toute transparence. Et miser dès aujourd’hui sur le long terme et les générations futures.