Opinions
Une chronique de Michel Claise.


Dans "2001, l’Odyssée de l’espace", un ordinateur maléfique s’empare des commandes d’une navette spatiale. De la science-fiction ? Aujourd’hui, un PC peut devenir, via Internet, une arme. Renforcer les cyber-polices devient une priorité absolue.

Certains esprits critiques voire chagrins, qui se nourrissent de films à effets spéciaux comme de pop-corn durant la projection du dernier et antépénultième "Star Wars", affirment que "2001, l’Odyssée de l’espace", chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, sorti en 1968, a vieilli. C’est ignorer la puissance du message du scénario, imaginé par le réalisateur et l’écrivain Arthur C. Clarke, sur les origines de notre civilisation mais aussi sur son destin, symbolisé par l’incroyable HAL 9000. Ce n’est pas un personnage de chair et de sang que ce HAL, mais un ordinateur maléfique qui s’empare des commandes d’une navette spatiale voguant vers Jupiter.

La science-fiction n’est-elle pas l’art de la prémonition ? Nous voici en 2017. Il suffit de s’asseoir dans une rame de métro et observer les passagers. Plus de 80 % d’entre eux tapotent sur leur smartphone, prolongement mutant de leur main, entièrement captivés par ce tout petit écran qui accapare leur vie. Le constat est simple : il n’y a plus d’échappatoire possible. Le virtuel est devenu pour l’individu incontournable, de même que pour les entreprises et les Etats dont la souveraineté est directement menacée : le monde n’a plus de frontières face au pouvoir d’Internet.

Au départ, tout paraît positif, innocent. Les informations circulent plus rapidement, le commerce traditionnel fait place à l’e-commerce, enseigné par ailleurs dans les universités, une autre manière d’acheter, moins chère et plus facile tout en contournant la fiscalité. Mais l’explosion du progrès en fait oublier les effets pervers. Une des premières conséquences est la remise en cause de la protection de la vie privée. Les outils analytiques des sociétés commerciales de gestion des programmes établissent pour chaque consommateur une fiche de personnalité en fonction de la consultation des sites. Outre les intérêts des clients pour tels produits commerciaux, les ennuis de santé et leurs causes risquent d’être ciblés notamment par les compagnies d’assurance en vue de réduire leur risque d’intervention.

Autre conséquence qui habite la société d’aujourd’hui : la cybercriminalité. Harcèlement jusqu’à provoquer le suicide d’ados, escroquerie (message "africain" demandant un transfert d’argent vers la Guinée, par exemple, pour tout motif fallacieux), extorsion (pénétration du système informatique d’une société et chantage afin d’éviter sa destruction), hacking (placement d’un virus dans le PC pour détourner les ordres bancaires, détournement de secrets commerciaux…), phishing (usurpation d’identité de patron de société mère afin d’obtenir des payements de sociétés filiales vers les paradis fiscaux)…, les exemples d’utilisation du Net dans un but criminel foisonnent quotidiennement. Et l’imagination des mafieux est bien plus rapide dans le développement des nouvelles techniques délinquantes que les moyens que se donnent les Etats pour les combattre. Et puis voilà que les citoyens découvrent que non seulement ils sont surveillés par les services secrets étrangers, mais aussi que ces derniers utilisent le Net pour espionner nos politiques jusqu’à influencer les élections censées être démocratiques. Ah ! Poutine…

Au point de se poser la question cruciale : devrait-on aujourd’hui se passer du Net et de la dépendance qu’il engendre ? En d’autres termes, retourner à la préhistoire, diraient les geeks ? Pourtant, cette question revêt un caractère crucial car les effets pervers de la nouvelle technologie deviennent incontrôlables. Il y a un an, notre pays était frappé de plein fouet par les attentats terroristes. Explosifs, armes… le carnage ne s’effacera jamais de nos mémoires. Mais que se passera-t-il quand les commanditaires de ces actes auront poussé la formation des commandos, non plus à se faire sauter, mais à utiliser le Net comme arme fatale ? Détourner un avion en plein vol, au départ d’un simple ordinateur, voire d’une tablette, détruire les systèmes bancaires, pirater toutes les communications… Un jeu d’enfant, à en croire les plus grands informaticiens formés dans les meilleures écoles qui se trouvent en Inde. Et là, nous ne sommes plus dans la science-fiction. Pas pour rien que les Etats-Unis viennent d’interdire sur certains vols l’usage des PC. Renforcer les cyber-polices devient une priorité absolue. Nos dirigeants en sont-ils conscients ? Ah oui ! HAL, vous le connaissez. Prenez dans l’alphabet chaque lettre qui suit celles qui composent son nom.