Opinions Une opinion de Nolwenn Le Blevennec, journaliste à Rue 89.

Ce lundi, alors que le gouvernement explosait, François Hollande est allé sur l’île de Sein (Finistère) pour commémorer les 70 ans de la Libération. Il a prononcé un long discours sous une pluie battante. Sans abri, sans parapluie, ses yeux étaient noyés, ses lunettes trempées et le micro dans lequel il parlait ressemblait à un minuscule chien mouillé. Il a eu du mal à lire son discours, remplaçant des mots par d’autres.



Sur les réseaux sociaux, immédiatement, des moqueries et des bons mots partout. On lance une quête pour lui acheter un parapluie, tout ça. C’est drôle. A droite, on fait de la politique : le député UDI de la Mayenne Yannick Favennec juge l’image "épouvantable". Eric Woerth, élu UMP de l’Oise et ex-ministre, dit d’elle qu’elle est "terrible".


Le type qui vide ses chaussures en rentrant

Ce mardi matin, en conférence de rédaction, c’est l’avis dominant. Le Président était ridicule, on voit bien que son responsable de la communication était en vacances... Le Figaro a d’ailleurs décidé d’en faire sa une, c’est parlant.

Un journaliste dit que ces images lui rappellent celles de l’investiture. François Hollande avait remonté les Champs-Elysées sous l’averse. Les semaines qui suivent son élection sont pluvieuses et pourries. Hollande lui fait aussi penser à un pauvre type qui a oublié son parapluie et qui doit vider ses chaussures sur son balcon en rentrant chez lui.

A côté de Montebourg...


Bon. Donc moi, pendant la conférence de rédaction, je suis isolée. J’ai trouvé les images très belles. Les rochers de l’île de Sein, la pluie bretonne décidée, les paysages de côte sauvage, l’herbe mousseuse, l’atmosphère grisâtre et triste pour rendre hommage aux hommes morts pour la patrie.

Et lui, au milieu de tout ça, lui tout mouillé, je l’ai trouvé humble et courageux. J’ai pensé qu’à côté d’un Arnaud Montebourg faisant des moues et des mouvements de sourcils à la télé, il apparaissait fort et dévoué.

Ces images ont marché sur moi et c’est même peut-être la première fois que j’ai regardé François Hollande comme un Président à qui l’on pouvait faire confiance. Elles ont provoqué l’effet inverse de celles de Voici, cet été, où l’on voyait un homme affalé regardant l’intérieur de ses cuisses.

© AFP


"Un parapluie, c’est pas difficile à trouver"


Que s’est-il réellement passé ? Un communicant de l’Elysée explique à Rue89 que c’est le Président qui l’a voulu. "Il n’a pas souhaité de parapluie. Les anciens combattants étaient sous la pluie, il a voulu faire face aux éléments comme eux. Il n’en a pas peur. Les moyens étaient là pour le protéger : vous savez, un parapluie, ce n’est pas difficile à trouver." Mêmes explications sur la page Facebook de l’Elysée.

Au-delà de la démarche affichée, altruiste et empathique, François Hollande a probablement souhaité faire passer un message de force et de résistance. Au début de son discours, il prononce d’ailleurs cette phrase mystérieuse et apocalyptique : "La pluie nous accompagne aujourd’hui. Mais ce n’est pas l’intempérie que nous redoutons le plus."

L’opération de com’ a eu des résultats mitigés, puisqu’elle n’a peut-être marché que sur moi ? Gaspart Gantzer, le chef de la communication élyséenne, est effectivement rentré de vacances en urgence, mais rien à voir avec l’île de Sein et les railleries. Il se tient prêt pour cette journée de remaniement ministériel.