Opinions

Une chronique d'Etienne Dujardin, juriste. 

Depuis quelques jours, le débat sur l’émergence du Parti Islam fait rage. Ce parti espère percer largement aux prochaines communales, tant dans la région liégeoise que dans 14 des 19 communes bruxelloises. Le parti rappelle que Bruxelles sera, selon eux, majoritairement musulmane d’ici 2030 et souhaite s’appuyer sur cette communauté pour "islamiser Bruxelles", "appliquer la charia". Il propose même des transports en commun séparés pour les hommes et pour les femmes. Ces déclarations ont heureusement déclenché un tollé général. Des députés de tous les partis ont condamné les propos inacceptables qui ont été tenus. La N-VA en a évidemment profité pour rebondir sur le dossier, car le thème de l’identité, du respect de nos valeurs, a été mis au cœur de sa campagne électorale. Une certaine gauche a fait tout l’inverse en manifestant son incompréhension sur le fait de donner tellement d’importance aux déclarations du Parti Islam comme si ce parti, si petit soit-il, représentait un non-sujet. La gauche déteste qu’on parle des sujets de l’identité, de l’immigration, de l’insécurité culturelle, de l’échec actuel de l’intégration dans certains quartiers. Elle sait très bien qu’elle est très fragile sur ces sujets et que l’opinion ne suit plus du tout ses positions laxistes concernant tant l’immigration que l’acceptation du communautarisme, des accommodements raisonnables. C’est cependant un peu trop facile de faire comme si la réalité n’existait pas.

Le Parti Islam prône des idées totalement incompatibles avec notre façon de vivre, notre vision de l’égalité homme-femme. Dire qu’il est inutile de s’attarder sur la montée du Parti Islam en Belgique sous prétexte que ce parti est encore loin de pouvoir imposer son programme est de l’inconscience. En effet, le sujet est bien plus vaste que l’existence ou non de ce parti. Le vrai sujet n’est pas seulement celui de la séparation future et hypothétique des hommes et des femmes dans les bus, mais de la ghettoïsation qui est déjà à l’œuvre dans de nombreux quartiers et de la montée en puissance d’un islam radical qui n’est pas marginal. L’Institut Montaigne avait fait réaliser en 2016 une étude fortement commentée sur l’Islam en France. Il en ressortait que pour 29% des musulmans de France, la charia était plus importante que les lois de la République. Comme l’a dit récemment le Président Macron lors de son hommage à Arnaud Beltrame, il est évident qu’il existe "un islamisme souterrain qui progresse (...), qui sur notre sol endoctrine par proximité et corrompt au quotidien". Une certaine gauche ne souhaite pas qu’on en parle - tant pis pour elle -, mais en faisant cette nouvelle faute, en niant le réel, elle sera, tout comme le Parti Islam, le premier moteur de la victoire électorale de son adversaire idéologique, à savoir : la N-VA qui, elle, n’hésite pas à en parler.

Lors des dernières élections en Autriche, en Allemagne, en Italie, les citoyens européens ont montré qu’ils veulent voir traiter les sujets liés à l’insécurité culturelle au sens large. Il faut que tous les partis, et pas seulement la N-VA, parlent de leurs solutions respectives à ces personnes qui ont le sentiment de souffrir d’un déclassement, d’être marginalisées dans leur quartier par les vagues migratoires. La Région de Bruxelles où le Parti Islam sera fortement présent souffre de cela. Les classes moyennes partent, elles préfèrent s’installer en périphérie plutôt que dans certains quartiers. Elles ne veulent pas d’une école ghetto pour leurs enfants, elles ne veulent pas de rues commerçantes dévastées et d’un tissu économique communautarisé. Elles ne veulent pas voir leurs enfants prendre les transports publics tard la nuit. Certaines politiques de logement ont été folles. Des logements sociaux construits massivement, sans penser qu’ils ne favorisent pas toujours le vivre-ensemble et qu’ils créent parfois des risques de piège à l’emploi.

On a tu tous ces problèmes et certains veulent rester dans le déni. Nous avons certainement en Belgique la gauche la plus archaïque d’Europe et la plus bienveillante face à l’islam politique qui se développe chez nous plus qu’ailleurs. Il nous manque des Manuel Valls ou des Malek Boutih. Il faut maintenant changer de cap. Proposer une nouvelle politique d’intégration et d’assimilation. Le modèle défendu par la gauche depuis 30 ans est un vaste échec. On aura besoin de tous les démocrates dans ce combat, quel que soit leur camp, et nous avons en premier lieu aussi besoin des personnes issues de l’immigration qui ont réussi. Il faut davantage mettre ces personnes en avant, car il faut aussi montrer que la Belgique est accueillante vis-à-vis de tous ceux qui souhaitent s’intégrer, travailler, réussir, entreprendre et respecter les valeurs de notre pays.