Opinions

Il est regrettable de constater une profonde méfiance de la part de certains milieux de recherche qui estiment que les expériences sur les animaux devraient être exemptées de tout regard par les autorités compétentes.


Une opinion de Michel Vandenbosch, président de GAIA.


Je tiens à réagir au billet d'opinion signé par Eric Muraille, portant le titre "Le Code wallon du Bien-être animal, facteur de délocalisation", paru dans La Libre Belgique du jeudi 29 mars.

Tout d’abord, l’auteur confond les commissions d'éthique, chargées de valider les projets de recherche impliquant des tests sur animaux, et le Conseil du Bien-être animal. Il écrit : "Le nouveau code propose la création d’un nouveau Comité wallon de protection des animaux d'expériences dont feraient aussi partie les représentants des associations de protection animale, des refuges pour animaux, de la recherche scientifique et de la profession vétérinaire et des éleveurs. (art D 97)". C'est purement et simplement faux. En l'état, l'article 97 fixe dans le Code wallon le Conseil du Bien-être animal, un organe déjà en place, et qui ne s'occupe nullement du contrôle de l'expérimentation animale.

Par ailleurs, l'auteur indique que l'administration wallonne ne dispose probablement pas des capacités requises pour juger les projets de recherche sur animaux. Or peut-on vraiment être certain que les membres des commissions d’éthique répondent parfaitement à l’ensemble de ces critères d’excellence ?

Alors que la capacité de conscience, de souffrance et d'émotions chez les animaux vertébrés et certains invertébrés a été établie scientifiquement, le résultat positif de l’analyse des projets de recherche reflète-t-il vraiment et dans tous les cas une prise en considération suffisante des intérêts d’êtres aussi sensibles que vulnérables de par leur nature et leur incapacité à donner leur consentement ? A en croire l’auteur, le processus de décision à l'égard des projets de recherche impliquant des animaux devrait être exclusivement dans les mains des chercheurs eux-mêmes et les expériences sur animaux devraient être exemptées de tout regard par les autorités compétentes, et a fortiori par la société civile. Il nous semble par contre largement justifié qu'un organe externe et public (le cas échéant : l'administration wallonne) se charge d'attribuer les autorisations in fine. Dans la situation actuelle, des pratiquants et utilisateurs de l'expérimentation animale se sont attribués la position de juge et partie et décident de ce que d'autres utilisateurs de l'expérimentation animale sont autorisés à faire. Vous avez dit conflit d'intérêts ?

Plus de transparence

Concernant la confidentialité des projets de recherche et le respect du secret d’affaires, GAIA n’est nullement demandeur d’effectuer des contrôles dans les animaleries dans le cadre de missions de contrôle officielles. A chacun son rôle.

Il est en revanche crucial d’amener davantage de transparence sur la réalité et l’ampleur de l’expérimentation animale, tout en garantissant la confidentialité des données ayant trait à la vie privée des personnes impliquées. Sur la question de la transparence, il reste en effet énormément à faire, sachant que les statistiques européennes les plus récentes (1) indiquent que la Belgique fait partie des États membres de l’UE où sont effectuées le plus grand nombre d’expériences douloureuses, infligeant aux animaux concernés le degré le plus élevé de douleur et de souffrance. Il importe surtout de veiller davantage à la fiabilité des données (voire des statistiques) concernant le degré de souffrance(s) que les animaux utilisés subissent. Au sujet de la transparence, il est entre autres fort regrettable que les rapports d’évaluation des commissions d’éthiques ne soient pas rendus publics.

Outil d'intimidation classique

Au sujet de la redevance à débourser par les laboratoires, l'auteur dénonce le coût que cela va représenter. Ne soyons pas naïfs ; cet argument est immanquablement employé par tous les secteurs qui se voient imposés une contribution financière, même lorsque celle-ci est pleinement justifiée. Or, difficile de prendre au sérieux l'argument selon lequel cette redevance mettra en difficulté un secteur pharmaceutique loin d'être démuni. L'argument de la délocalisation est un outil d'intimidation classique, régulièrement utilisé pour faire changer d'avis les autorités. Il est beaucoup plus probable que cette mesure incitera plutôt les milieux de l'industrie pharmaceutique, les centres universitaires pratiquant l'expérimentation animale et les chercheurs eux-mêmes à mieux réfléchir au nombre d'animaux utilisés, et à la meilleure méthode de recherche pour obtenir les résultats escomptés.

Quoi qu’il en soit, il est regrettable de constater une profonde méfiance à l’égard des autorités compétentes de la part de certains milieux de recherche, qui semble même prendre une certaine forme de paranoïa vis-à-vis des associations de défense des animaux.

Il serait pourtant bien plus sage de faire preuve d’ouverture d’esprit. GAIA reconnait l’importance du progrès scientifique. Nous reconnaissons les contributions historiques de l’expérimentation animale mais nous ne sommes pas aveugles à l’égard du coût moral de cette méthodologie en termes de souffrances et de vies animales.

Faire honneur à notre humanité

Dès lors, comment préserver, voire même améliorer la qualité de la recherche tout en diminuant progressivement le nombre d’animaux sensibles soumis à des expériences douloureuses et létales ? L’un n’exclut pas forcément l’autre. Une recherche de haute qualité sans avoir recours à l’usage d’animaux sensibles soumis à ce type d’expériences constitue notre objectif à long terme, sans porter d'œillères idéologiques. A moins long terme, nous définissons des objectifs intermédiaires. Dans la mesure où ces objectifs sont éthiquement fondés, ils sont parfaitement légitimes, et font même honneur à notre humanité, tout en posant un défi à la communauté scientifique. Essayons de relever ce défi ensemble. Sortons des tranchées. L’heure est venue de se parler. De se concerter. De trouver des terrains d’entente.


(1) EU statistics on animal experiments for 2014 in ALtex 33 (4), 2016