Opinions
Une chronique de Cécile Verbeeren, professeur de français en 6e technique de qualification dans une école d'Anderlecht.


C’est dans l’obligation qu’a le prof de toujours évoluer avec sa classe que se trouve toute la beauté de notre métier.


Cette année, la vie - oui, la vie ! - m’a rendue spectatrice de la rentrée. Depuis les gradins, j’ai assisté à l’agitation dans les starting-blocks et au départ en trombe d’une nouvelle année scolaire. Le fait d’avoir eu l’occasion de vivre à distance ce moment-clé de l’année scolaire m’a permis de réfléchir à mes attentes lorsque je rejoindrai la course dans quelques semaines. Bien sûr, les deux mois de vacances donnent ce temps aux enseignants, mais ces deux mois permettent aussi un recul nécessaire pour se ressourcer. Difficile parfois de trouver le juste équilibre entre préparation et déconnexion.

Au moment de la reconnexion, le brouhaha que suscite la rentrée fait assez rapidement oublier nos considérations estivales et les enseignants ont tendance à replonger instantanément dans certains automatismes alors que, justement, ceux-ci étaient l’objet de leur remise en question. C’est un réel défi d’oser expérimenter de nouvelles pédagogies face à de nouveaux étudiants. Face à cet inconnu inconfortable, voire angoissant, beaucoup font volte-face. Ce manque de bravoure ne m’empêche pas de rester intimement convaincue que tout enseignant, quel que soit son tempérament, quels que soient ses objectifs, n’a de cesse de réfléchir à ses pédagogies et de vouloir les changer. Selon moi, c’est dans cette obligation qu’a l’enseignant de toujours évoluer avec sa classe que se trouve toute la beauté de notre métier, celle d’inlassablement grandir seul(e)… et ensemble.

C’est à ce mot que s’est arrêtée ma pensée. Un enseignant innovant, c’est bien, une équipe innovante, c’est mieux ! Ce n’est un secret pour personne, l’espace-classe est un laboratoire, il n’y a jamais une heure identique à une autre, le cheminement qu’emprunte l’élève pour aboutir à un apprentissage n’est pas le même que celui de son voisin. Il s’agit, pour chaque situation, de trouver l’équilibre entre ce qui surgit de nouveau - en faisant souvent appel à l’improvisation ! - et la continuité, un fil rouge, une fluidité entre les différents apprentissages et les matières.

On ne naît pas professeur innovant, on le devient. On le décide, c’est un choix. Certains professeurs ont bien des difficultés à sortir de leur zone de confort et je constate que cela les rend souvent désillusionnés. Faire appel à l’équipe semble être une solution à cet état d’esprit. Si notre façon d’enseigner ne convient ni à nous-mêmes, ni aux élèves, il est temps de lui donner un nouveau souffle pédagogique. Des pistes ? Il en existe beaucoup, qu’elles soient individuelles ou communes.

Je crois en l’innovation pédagogique, je pense simplement que nous ne sommes pas très efficaces quand il s’agit de partager ses idées, ses fantasmes pédagogiques. Si nous travaillions en équipe, nous nous sentirions forts et cela apporterait de la cohérence face aux élèves. Ceux-ci, a priori, pensent que tous les professeurs travaillent main dans la main, qu’ils créent et innovent ensemble. S’ils découvrent le contraire, ils ont tendance à se glisser dans les brèches qui mènent à un manque de cohérence. L’école souffre de trop peu de coopération, trop peu de collaboration.

Plus qu’une recherche pédagogique, c’est un exemple que nous montrerons aux élèves. Surtout dans un établissement professionnalisant qui les amène à découvrir le monde du travail. Le premier microcosme professionnel auquel ils sont confrontés n’étant autre que l’école.

À tous mes collègues ! Ce recul qu’il m’a été permis de prendre m’offre comme évidence qu’en ce temps de rentrée, nos échanges me manquent. Je pense qu’une piste à explorer avec plus de rigueur, certainement, mais plus d’enthousiasme aussi, c’est de créer ensemble ! Osons l’innovation pédagogique, osons-la en équipe.

Le titre est de la rédaction. Titre original : "Innover ensemble".