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Ce n’est pas vraiment une découverte: la somnolence est une cause fréquente d’accidents et porteuse de dangers, comme la vitesse excessive ou la conduite sous l’emprise de l’alcool. Mais comment l’éviter autrement qu’en appliquant des conseils basiques quand ils sont praticables? Tous les processus de la conduite automobile sont concernés. Une contribution d'Yves de Partz, du blog En voiture Simone.

C’est un peu l’exemple type si non caricatural: samedi prochain, sur les axes rouges en direction des Alpes, la somnolence guettera des milliers d’automobilistes belges passant d’un bouchon à l’autre sur une route qui risque de paraître interminable. Les conseils traditionnels y seront d’application: se méfier des mauvaises heures, en milieu d’après-midi et de 2 h à 6 h du matin, éviter l’alcool et les repas trop lourds, multiplier les arrêts et oser prendre le temps de micro-siestes.

Considérant qu’on ne part pas chaque semaine en vacances, le sujet est beaucoup plus vaste. Et si on en parle en ce début de semaine, c’est suite à un symposium international sur le sujet organisé à Bruxelles par l’ULG. Découvrant un peu le fil à couper le beurre, l’IBSR (Institut Belge de la Sécurité Routière) y est allé de son refrain sur les conseils et les statistiques, même si à notre connaissance, ces dernières n’existent pas vraiment en Belgique. Des études ont en revanche été réalisées aux Etats-Unis et en France notamment où 40% des accidents sur autoroute sont attribués à la somnolence qui est une des causes majeures des sinistres avec la vitesse excessive et la consommation d’alcool.

Pour s’en convaincre, il suffit de voir les options proposées par les constructeurs automobiles pour prévenir la somnolence et l’inattention au sens large: freinage automatique si on se rapproche trop près d’une autre voiture ou d’un obstacle, détection de dépassement de ligne, caméra enregistrant les battements trop fréquents des paupières avant de déclencher des avertisseurs, voire de ralentir le véhicule. En attendant les voitures sans conducteur.

La somnolence peut survenir à tout moment

Très concrètement, si l’automobiliste est en mesure de contrôler sa vitesse et sa consommation d’alcool, la somnolence est beaucoup plus malaisée à maîtriser car elle peut survenir à tout moment, après une nuit écourtée, un repas copieux, une longue journée de travail. Envisager à chaque moment de fatigue intense un arrêt ou une micro-sieste n’est pas évident.

Et puis, la voiture et la réglementation routière sont devenues des éléments aggravants de la somnolence. La première parce qu’elle est aujourd’hui un cocon douillet isolé de son environnement; la seconde lorsque la limitation de vitesse sur des autoroutes dégagées rend la conduite fastidieuse. Qui n’a pas été tenté parfois de s’endormir en roulant une heure ou plus à 120 km/h sur de longues et larges lignes droites sans trafic? Moi oui, en tout cas, et sans avoir bu une goutte d’alcool ni trop mangé. Ce constat aide à expliquer des accidents a priori incompréhensibles: des voitures "qui-ne-sont-pas-des-grosses-berlines-conduites-par-des-fous-du-volant" s’écrasant contre un rail ou partant en tonneau après un détour dans les bas-côtés, ou des collisions en chaîne à petite vitesse suite au manque d’attention et de réactivité d’un conducteur.

L’idée n’est pas de remettre en cause les limitations de vitesse, même si, expériences répétées à l’appui, le système allemand est efficace pour rester constamment en éveil. Mais au moins faut-il se poser la question des priorités, y compris dans les campagnes d’information lancées par les responsables de la sécurité routière. Tout en sachant que la conduite en état de somnolence ne pourra jamais être réprimée en tant que telle, ce danger doit être mis en évidence au moins autant que la vitesse excessive et les effets de l’alcool. On ne le répétera jamais assez: la conduite automobile requiert une attention constante, avec ou sans trafic.

Dans l’immédiat et faute de mieux, j’ai trouvé comme 400.000 autres Belges une solution partielle: le recours à l’assistant d’aide à la conduite communautaire. En rentrant de la mer du nord dimanche soir, il m’ a averti non seulement de la présence des radars bien connus sur ce tronçon mais aussi des nombreux bouchons, des zones de travaux et de la présence de véhicules à l’arrêt. De quoi rester en éveil et aider à se concentrer sur la conduite, c’est-à-dire l’essentiel.