Opinions Il y a le classique, qui fait du bruit, mais aussi l’obsédé de la rénovation ou le radical de la loi. En êtes-vous ? Une chronique de Florence Richter, écrivain. 

Les élections communales, locales, concernent ce qu’il y a de plus quotidien dans la vie des gens. On le sait, c’est le niveau de pouvoir le plus proche du citoyen. Dès lors, je me suis demandé, cette fois, non dans le domaine public mais dans celui de la vie privée, quels faits nous interpellent au quotidien. Il y a les enfants et l’enseignement, le travail, le logement, l’alimentation, les loisirs. Mais encore ?

J’ai songé au voisinage, qui a changé dans la société contemporaine, car les individus habitent moins longtemps au même endroit et les relations sont devenues plus anonymes.

Qui sont les voisins casse-pieds ? D’abord le "classique", qui ne s’entend pas vivre, et fait beaucoup de bruit. Lui et sa famille, adultes et enfants, met la TV ou la musique très fort, parle très haut, ne porte pas de pantoufles (dans un appartement), héberge un chien qui aboie tout le temps, invite souvent des amis pour festoyer fort tard, le dimanche matin il tond la pelouse de son jardin (dans une maison) ou bricole durant des heures en usant d’une scie électrique à métaux… Et si vous lui faites une remarque, d’abord gentiment, ensuite plus fermement, il vous répond bien entendu que vous devez apprendre le "vivre ensemble".

D’autres voisins casse-pieds ont plus d’imagination, si je puis dire… par exemple les "obsédés de la rénovation" dont les travaux ne se passent pas toujours bien et qui provoquent des écoulements d’eau dans le plafond de votre propre salle de bain à l’étage en dessous, des bruits incongrus et très sonores des radiateurs, des fissures dans le plâtras de vos murs, etc. Il y a enfin les "radicaux de la loi", ceux qui ont oublié (ou n’ont jamais voulu savoir) que, selon la formule d’un grand sage, "les règlements sont faits pour les hommes et pas les hommes pour les règlements". À ce propos, la cour des garages des immeubles à appartements est un lieu fascinant pour l’observation des comportements excessifs de ce type de voisins. Il ou elle se tient-il à sa fenêtre le jour entier pour contrôler que personne ne gare sa voiture dans la cour ? Sinon comment sait-il/elle que viennent d’arriver une fois un kiné, une autre fois un chauffagiste, et encore une mère avec un très petit enfant, ou l’amie d’une personne fort âgée, qui tous se parquent un moment plus ou moins long dans la fameuse cour des garages ? Le voisin "radical de la loi" a-t-il/elle peur de ne pouvoir à tout instant manœuvrer sa belle voiture sans risque de la griffer contre un obstacle imprévu, est-ce vraiment plus important que tout dans sa vie ? Ce voisin ne connaît pas la tolérance et affirme que "le règlement, c’est le règlement". Il descend tout de suite dans la cour soit pour engueuler les quidams concernés, soit plus souvent pour déposer un papier où l’on peut lire "Il est interdit de stationner dans la cour", sans signature bien sûr, car non seulement c’est un harceleur, mais également un lâche.

Pour adopter un comportement à ce point antisocial, de quoi souffrent de tels voisins ? Vraie maladie ou mal-être vague ? Complexes physique, social, financier, intellectuel ? On s’apitoie plutôt en leur souhaitant de se calmer.

A contrario, il y a les voisins sympas et je citerai de suite une vieille dame formidable qui a dépassé les 80 ans et est une véritable maman pour tout le monde dans mon immeuble, un cœur d’or, aidant chacun en cas de pépin et s’enthousiasmant quand tout va bien. Elle s’est longtemps impliquée dans la gestion de la copropriété et on sait combien se mettre en avant pour le "bien commun" expose aux critiques des imbéciles.

Ce qui m’amène à terminer avec des phénomènes intéressants dans le voisinage aujourd’hui, comme les "fêtes de voisins" pour rompre l’isolement et développer la convivialité entre habitants d’un immeuble ou d’un quartier. Il existe aussi des associations visant à promouvoir les voisins solidaires qui constituent de véritables projets d’entraide.

En fin de compte, on est tous le voisin de quelqu’un !