Insécurité : les antisarkozystes dérapent

Une opinion de Claude Demelenne, journaliste Publié le - Mis à jour le

Opinions

Si j’étais français, lors du premier tour des élections présidentielles de 2012, je voterais pour Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de François Mitterrand, et probable candidat du Mouvement Républicain et Citoyen (gauche indépendante). Je ne suis donc pas un fan de Nicolas Sarkozy. Pourtant, je suis choqué par l’attitude d’une grande partie de la gauche, qui raconte à peu près n’importe quoi sur l’action du Président français contre la délinquance.

Celle-ci a pris des formes nouvelles, qu’il importe de rappeler. Dans certaines cités, des petits voyous tirent à balles réelles sur les policiers. Ils installent un système mafieux, visant à contrôler des pans entiers du territoire. Terrorisés, les habitants sont obligés de coopérer avec les dealers et les trafiquants. A Saint-Aignan, quelques dizaines de Roms ont attaqué une gendarmerie, pour venger la mort d’un des leurs abattu alors qu’il forçait un barrage policier.

La progression de l’hyper-violence, les menaces contre les forces de l’ordre et la mise à sac de commissariats ne sont pas propres à la France. Chez nous aussi, et particulièrement à Bruxelles, de tels faits gravissimes se reproduisent de façon cyclique : émeutes à répétition dans les quartiers, agressions et racket à la sortie des écoles, braquages et hold-up de bijouteries en série

La délinquance est devenue un mode de vie pour une petite minorité de jeunes caïds, souvent d’origine immigrée. Une telle affirmation n’est pas raciste, mais réaliste, comme l’a relevé récemment le sénateur écologiste flamand de Bruxelles, Luckas Vander Taelen.

La droite française propose une batterie de mesures pour répondre au défi de l’insécurité: réunion au sommet pour examiner les problèmes posés par le comportement de certains Roms, expulsion de ceux d’entre eux qui occupent des terrains de façon illégale, aggravation des peines pour les auteurs de violences graves, déchéance de nationalité pour toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police ou tout autre dépositaire de l’autorité publique, ainsi que dans les cas de traite des êtres humains ou d’excision, responsabilisation pénale des parents de mineurs délinquants, conditionnement du versement des allocations familiales à l’assiduité scolaire des enfants

Certaines de ces mesures sont contestables. Particulièrement celles qui, selon l’expression de Luc Ferry, ex-ministre de l’Education, ne feraient qu’"ajouter de la misère à la misère". Mais aucune de ces mesures n’est scandaleuse. Aucune n’est indigne. Aucune n’autorise de diaboliser Nicolas Sarkozy. Aucune ne justifie de crier au racisme voire au fascisme renaissant. C’est cependant la pente glissante qu’a décidé d’emprunter une partie de la gauche politique et intellectuelle.

Cette gauche à court d’idées hurle au loup. La meute se déchaîne. Les Verts évoquent des "délires paranoïaques anti-étrangers". Dominique Voynet dénonce "une déchéance morale", le PS, la "stigmatisation d’une communauté", Olivier Besancenot, une "stigmatisation ethnique". La Ligue des droits de l’homme accuse Sarkozy d’entonner "les refrains des années 30". L’Humanité (communiste) incrimine "une xénophobie d’Etat, une véritable chasse à l’homme" et compare l’action de la droite à celle du "régime de Vichy". Libération (gauche) reprend la référence à Vichy et écrit que Sarkozy "revient aux mesures pratiquées aux heures les plus honteuses du passé français".

Le philosophe de gauche, Grégoire Chamayou, explique, dans L’Huma, que "le respect de la loi n’est pas la motivation première de la police, mais bien le plaisir de la traque". Interrogé par le site Rue 89, le sociologue Mathieu Rigouste assène que "le pouvoir adopte des postures de guerre" et veut "policer la vie sociale des pauvres", avant de rendre hommage aux habitats des cités qui "résistent chaque jour à la férocité policière".

Pour Martine Aubry, enfin, Sarkozy pratique une "dérive antirépublicaine qui abîme la France". Ce qui abîme la France, n’en déplaise à Martine Aubry, ce ne sont pas ceux qui, parfois maladroitement, tentent de protéger les citoyens, mais ceux qui font vivre ceux-ci dans la peur. Ce sont ceux qui se croient tout permis et transforment certains quartiers en zones de non-droit, dignes du Far West.

Une certaine gauche prétendument "morale" marche sur la tête lorsqu’elle criminalise, non pas les voyous, mais la droite au pouvoir. La référence aux années 30 et au régime de Vichy est d’une insoutenable bêtise. Je suis absolument convaincu qu’une gauche responsable, revenue au pouvoir, appliquerait globalement les mêmes mesures sécuritaires que Nicolas Sarkozy. Avec, peut-être, un emballage un peu différent, une fine couche de vernis droit-de-l’hommiste.

Ceux qui en doutent n’ont qu’à se remémorer la politique sécuritaire menée par Jean-Pierre Chevènement, lorsqu’il fut ministre socialiste de l’Intérieur. A l’époque, il fut traité de quasi fasciste par la gauche "morale" parce qu’il faisait preuve de fermeté à l’égard de ceux qu’il appelait les "sauvageons", ne voulait pas ouvrir largement les frontières, et refusait de régulariser tous les sans-papiers.

Le discours de type boy-scout sur la prévention ne suffit plus. L’argument de la "cause sociale de la délinquance", mis en avant par la gauche, est trop simpliste. Le basculement dans la délinquance s’explique aussi par le sentiment d’impunité, suggérant à certains jeunes que le vol, l’agression, la possession et l’usage d’une arme, ce n’est finalement pas si grave. Les prestidigitateurs de gauche sont convaincus qu’une police de proximité permettrait d’éteindre l’incendie. Cette affirmation témoigne d’une méconnaissance inquiétante des réalités de terrains.

Dans certaines cités françaises - c’est le cas dans le quartier de la Villeneuve, à Grenoble - les policiers sont menacés de mort, eux et leur famille sont ciblés personnellement par les délinquants, comme s’ils faisaient partie d’une bande rivale. Impossible pour eux, de vivre dans le même quartier que ceux qui les harcèlent et vont jusqu’à lancer des appels au meurtre, via des graffitis menaçants.

Dans pareil contexte, parler de "police de proximité" est une aimable plaisanterie. Seuls des policiers ne résidant pas dans les quartiers chauds sont susceptibles de travailler efficacement, sans crainte de représailles lorsqu’ils rentrent à leur domicile.

La situation n’est guère très différente dans certains endroits de Bruxelles : à chaque émeute, ce sont majoritairement des gendarmes venus de Flandre qui viennent rétablir un semblant d’ordre. Il est urgent d’en finir avec le discours de victimisation, tenu par la gauche angélique. Ceux qui ne respectent pas la loi et rendent impossible le vivre ensemble, ne sont pas des victimes du pouvoir de droite et de la répression policière.

La gauche qui fascise Nicolas Sarkozy, ne commet pas seulement une faute politique grave. Elle se moque du peuple, qu’elle prétend défendre. Les premières victimes de l’insécurité sont les classes populaires. La gauche l’oublie trop souvent en préférant cultiver ses fantasmes anti-sécuritaires.

Publicité clickBoxBanner