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Une opinion de Simin Nouri. Présidente de l'association des femmes iraniennes en France, elle milite au sein du Comité de soutien aux droit de l'homme en Iran (CSDHI). Elle est aussi coauteure du livre "Où va l'Iran? Regards croisés sur le régime et ses enjeux d'influence" (éd. Autrement, mai 2017).


Il est temps de briser le silence concernant les exactions du régime des mollahs. Les exécutions massives et impunies de 1988 dans les prisons iraniennes doivent faire l’objet d’une enquête internationale.


Pour de nombreux Iraniens, les mois de juillet, août et septembre évoquent l’été noir de 1988. Il y a 29 ans, plus de 30 000 prisonniers opposants au régime de Khomeiny ont été exécutés massivement, sommairement et expéditivement. Certains détenus avaient déjà purgé leurs peines de prison. Près d’un tiers d’entre eux étaient des femmes : des fillettes de 13 ans aux grands-mères de 70 ans et même des femmes enceintes.

C’est pour l’application de la fatwa du fondateur du régime islamiste d’Iran, Rouhollah Khomeiny, que les "commissions de la mort" ont été mandatées d’éliminer toute opposition à son régime, et plus particulièrement des opposants musulmans sympathisants de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran adeptes d’un islam moderne et tolérant.

De récentes révélations sur cette incroyable mise à mort massive des prisonniers politiques, gardée secrète par le régime khomeyniste, ont secoué la société iranienne et déstabilisé les dirigeants.

C’est à l’occasion de ce triste 29e anniversaire qu’une émouvante exposition, intitulée "30 000 âmes volées", a été organisée à l’initiative du Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran (CSDHI) à la mairie du IIe à Paris, les 30 et 31 août 2017. Une documentation exhaustive montrant les aspects divers et les acteurs principaux de cette tragédie y était exposée, comprenant des photos et souvenirs des victimes, ainsi que des preuves et témoignages sur des commanditaires et des exécutants du massacre qui reste impuni à ce jour et dont certains responsables sont toujours au pouvoir en Iran. Etaient également présents durant les deux jours d’exposition plusieurs parents et proches des suppliciés pour témoigner.

Au dernier jour de l’exposition, le jeudi 31 août, Jacques Boutault, le maire du IIe, a déclaré : "Je suis très fier d’accueillir cette exposition. Ce n’est pas seulement pour rendre hommage aux victimes du massacre de 1988, mais pour que cessent ces massacres. Et, tout en rendant hommage aux victimes, il faut aussi dénoncer leurs bourreaux qui sont à la tête du pays." D’autres intervenants se sont succédé, notamment Alejo Vidal Quadras, ancien vice-président du Parlement européen et l’actuel président du Comité international pour l’application de la justice (ISJ) ou Mgr Jacques Gaillot. L’ex-détenue politique Massoumeh Raouf, dont le très jeune frère a été exécuté durant le massacre, a également témoigné.

L’exposition "30 000 âmes volées" a été organisée dans le cadre d’une campagne réclamant justice pour les victimes qui demandent une enquête internationale sur les exécutions massives et impunies de 1988 dans les prisons iraniennes. Or la tragédie continue dans les prisons des mollahs.

Une vingtaine de prisonniers politiques sont en grève de la faim depuis le 30 juillet dans la prison de haute sécurité de Rajaï - Chahr (Gohardacht) à l’ouest de Téhéran, protestant contre "les conditions cruelles, inhumaines et dégradantes" selon les termes d’Amnesty International (1).

Il faudrait que les gouvernements européens, à commencer par la France, brisent le silence à propos des exactions et des crimes commis par les dirigeants de cette théocratie. Un silence que le régime des mollahs tente d’acheter avec des contrats commerciaux. Devrons-nous laisser nous voler notre âme ?

(1) https ://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/08/iran-mass-hunger-strike-by-political-prisoners-in-protest-at-inhumane-conditions/