Opinions

Le témoignage d'une maman de trois enfants qui préfère rester anonyme (1).

Je suis une working mom et fière de l’être. J’ai choisi une voie intéressante et valorisée socialement, mais très très chronophage. J’ai choisi cette vie professionnelle alors que j’étais une pimpante jeune diplômée de Sciences Po. Mais aujourd’hui, je suis une jeune maman fatiguée. Et je passe mon temps à truander sur les horaires pour voir un peu mes enfants. Mon boss est en train de cuire au court bouillon face à mes départs furtifs de ninja. Le souci, c’est que je déguste. Ma vie a changé, mes priorités ont changé. Est-ce que ma vie professionnelle doit elle aussi radicalement changer ?

Je suis juriste. Je suis fonctionnaire. Je travaille à Paris et logiquement, je suis soumise aux horaires parisiens, les sacro-saints 9h-18h, même si je trouve ça totalement absurde. Potentiellement, je devrais rester souvent plus tard le soir, et ce, de manière totalement inopinée et imprévisible.

Si je respectais ces horaires classiques, je partirais certes plus tard de chez moi (7h50) mais je pointerais ma trombine à la maison sur les coups de 20h. Impossible pour moi donc d’avoir une vie de famille dans ces conditions. 

Donc, je truande pour arriver plus tôt au boulot, partir plus tôt sur la pointe des pieds et invoquer mes impératifs familiaux à chaque”urgence”. 

Aucun job ne vaut ce sacrifice 

Je ne peux jamais me pointer devant les portes de l’assistante maternelle et maintenant de l’école ou du périscolaire. Je ne verrais presque jamais mes enfants avec leur petit sac sur le dos. Aucun job ne vaut ce sacrifice. 

Et puis, comme un signe du destin, mon boss a voulu avoir une discussion avec moi à propos de mon rythme de travail et de mes horaires. Il m’a dit que mes aménagements horaires étaient temporaires et devaient prendre fin lorsque j’aurai déménagé. Sauf que ce n’est pas le cas. Notre service travaille en support des autres. Nous sommes en première ligne lorsqu’il y’a un souci. Nous devons répondre très vite aux “urgences”. 
Le fait que je ne sois pas présente aux mêmes heures que mes collègues fait qu’une charge de travail plus importante est reportée sur eux. 
De même, mes absences imprévues posent les mêmes problèmes. 

Mon aspiration à voir plus ma famille est légitime. Et ma santé se détériore. Pour toutes ces raisons, il serait peut être préférable que j’essaie de chercher un autre poste plus adapté.
Soit je reste et j’accepte de faire passer mon job avant tout, soit je vogue vers l’inconnu avec la possibilité de trouver un meilleur équilibre. Je ne suis plus celle que j’étais à 23 ans, quand j’ai passé les concours. Je n’imaginais pas devenir maman de jumeaux 2 ans après. Pour le moment, mes enfants me demandent de rester plus à la maison, plus longtemps. Ils me disent encore de ne pas aller au travail aujourd’hui. Mais un jour, mon absence serait tellement normale qu’ils vont arrêter de me demander. Je serai le parent qui n’était jamais là. Trop occupé ailleurs pour s’occuper d’eux. 

Et pourquoi pas devenir prof?

J’ai besoin d’avoir un job qui ait du sens, qui me permette d’être utile à la société. Cette reconversion ne doit pas me mener vers des métiers qui n’assurent pas un salaire stable et prévisible. J’ai des charges, une famille et une marmite à faire bouillir. Dans le même esprit, il ne peut y avoir de perte financière: soit je garde un salaire équivalent, soit il y’a une baisse de salaire mais elle est compensée par la baisse d’une dépense comme celle des frais de garde par exemple. Cette reconversion ne doit pas demander d'études longues et poussées. Je n’ai ni le temps ni les moyens financiers pour ça . Je pourrais choisir de devenir avocate ou notaire installée à mon compte, mais on repassera pour les revenus stables. 

Et pourquoi ne pas retourner à l'école? J’aime travailler avec les enfants. Beaucoup plus qu’avec les adultes d’ailleurs. Les enfants ont une logique qui peut s’expliquer en partie par leur stade de développement. Et j’aime ça. Les enfants ont moins de codes sociaux, ont des attendus plus clairs. Pas d’angélisme, je sais que le métier est très dur. Je sais dans quoi je mets les pieds. 

Ma décision est prise. J’ai donc décidé d'en discuter avec ma hiérarchie. Vous savez quelles réponses j’ai eu ? "Ce n’est peut être pas idéal", "Vous allez être encore plus fatiguée et ça retentir sur votre travail ici", "Prenez un congé formation", "Vous perdez 800 € par mois ? Mais il faut savoir faire des efforts dans la vie !",  "Quoi un temps partiel ? Hors de question !".

Soit,

Je vous laisse sur cette très belle citation de Victor Hugo: "Les maîtres d’école sont des jardiniers en intelligence humaine".

(1): Ce texte a initialement été publié sur le blog de l'auteure, "Working Mutti".