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Un témoignage de Paul, 16 ans, suivi pendant six mois pour son addiction aux jeux vidéo (*).

J’avais 8 ou 9 ans quand j’ai commencé à jouer à des jeux gratuits sur Internet. C’était très épisodique : deux ou trois fois par semaine, quand je pouvais accéder à l’ordinateur avec ma sœur, jamais plus d’une heure. C’était une manière rapide, facile, de passer le temps.

Parallèlement, je pratique la natation depuis l’âge de 6 ans, c’est à mes yeux un véritable loisir, j’y suis attaché. Les jeux vidéo sont plutôt un simple moyen de passer du bon temps, de me divertir.

En grandissant, j’ai eu accès à l’ordinateur plus facilement, on m’a offert une Nintendo DS, puis une tablette. Là, je me suis pris de passion pour les jeux de stratégie, en réseau, autour d’une communauté. J’aimais ce côté interactif. Je pouvais jouer jusqu’à 5 heures du matin, plutôt au cours du week-end ou des vacances scolaires. En semaine, c’était très très marginal : j’essayais encore de réguler les choses. Je crois que ça a dérapé quand j’ai eu une console, il y a deux ans. Je me suis mis à des jeux de tir à la première personne, parfois jusqu’à 1 heure du matin, alors que j’avais cours à 8 heures, principalement quand mes parents n’étaient pas là. De fil en aiguille, j’ai commencé à sécher les cours assez souvent, entre la troisième et ma première seconde (j’ai redoublé). Je ne me posais pas trop de questions, donc je ne culpabilisais pas. J’avais juste envie de rester chez moi pour pouvoir jouer. J’y passais une bonne partie de la journée, parfois en ne grignotant que quelques morceaux de pain.

Je me sens mieux et je joue encore

Forcément, le lycée a fini par alerter mes parents. Ils ont repéré une consultation dédiée aux écrans et aux jeux vidéo. Pour moi, ma pratique était excessive, mais le mot "addiction" me semblait exagéré. J’ai fait des consultations seul et avec mes parents. Disons que je ne leur cachais pas la réalité, mais je la minimisais. J’ai été suivi pendant six mois, une fois par semaine environ. Ça m’a permis de mieux comprendre mon comportement. Maintenant, c’est fini, je n’ai plus ce problème-là, grâce à toutes ces discussions, et à la maturité. Je me dis que j’ai parfois été con, notamment en vacances : il m’est arrivé d’être au ski et de préférer rester scotché à ma tablette… Pour autant, je joue encore. Il peut m’arriver de faire de grosses sessions, notamment quand un jeu très attendu sort, mais comme beaucoup de gens, sans plus. J’ai davantage envie de me sociabiliser, de sortir voir mes potes ou faire une partie de base-ball, de faire de la musique ou la cuisine avec ma mère… Quand tu joues, tu es chez toi, pas autre part, et tout tourne autour de cet univers, même quand tu échanges avec d’autres joueurs. Mais j’aimerais quand même dire que ce n’est pas parce qu’il y a des cas graves ou extrêmes comme le mien qu’il faut généraliser ou tout voir d’un mauvais œil. C’est un peu comme l’alcool : des gens en meurent, certes, mais pas tous.


(*) : Ce témoignage a initalement été publié sur le site de Libération.