Opinions
Une chronique d'Armand Lequeux.

Suite à l’affaire Monsignore Charamsa, ce prêtre qui s’est déclaré être un "gay heureux", les commentaires sur le célibat des prêtres ont fusé. Homosexualité, frustration, pulsions sexuelles, abus sexuels… : nuançons les affirmations.

Dans la suite de ce qu’on a pu appeler l’affaire Monsignore Charamsa, du nom de ce prêtre, membre de la congrégation pour la doctrine de la foi, qui a présenté officiellement à la presse son compagnon de vie en se déclarant être un "gay heureux", nous avons pu entendre ici et là des commentaires et des affirmations à l’emporte-pièce qu’il conviendrait sans doute de nuancer, sans qu’il soit question ici de discuter du bien-fondé de la position de l’Eglise par rapport au célibat des prêtres.

Sa suspension par Rome serait liée à son homosexualité ? Rien n’est moins sûr. C’est la rupture explicite d’un engagement au célibat vécu dans une perspective de chasteté qui est sanctionnée. Elle aurait logiquement subi les mêmes conséquences dans un cadre hétérosexuel.

Deuxième affirmation : il serait temps de reconnaître que les membres du clergé sont majoritairement homosexuels ! Il s’agit d’une affirmation gratuite (sur quelle base objective repose-t-elle ?) qui, de plus, semble considérer que chacun d’entre nous doit avoir définitivement choisi son camp : homo ou hétéro. La sexualité humaine est trop subtile pour se laisser enfermer dans des catégories aussi réductrices.

Une troisième affirmation ? L’absence de relations sexuelles est à l’origine de frustrations incompatibles avec l’épanouissement d’une personne humaine normale ! Nous retrouvons ici cette idéologie de la "jouissance obligatoire" qui semble remplacer une norme par une autre : la pudibonderie victorienne a laissé sa place au diktat sexologique d’un nombre idéal de coïts hebdomadaires. D’abord, l’activité sexuelle n’est pas une condition suffisante pour notre épanouissement. De nombreux représentants de l’espèce humaine sont frustrés et ne sont absolument pas épanouis, alors qu’ils sont pratiquants réguliers, voire forcenés, d’actes sexuels dans toutes les configurations existantes. On parle de plus en plus de la "misère sexuelle" des couples contemporains. J’observe qu’il s’agit le plus souvent d’une "misère relationnelle" qui provoque plus de malheurs que toutes les dysfonctions sexuelles réunies ! Ensuite, de nombreuses personnes de tous âges déclarent que l’activité sexuelle n’est pas ou n’est plus, en ce qui les concerne, une condition nécessaire à leur épanouissement. En dehors des études statistiques qui révèlent l’existence d’un nombre non négligeable de ces "abstinents heureux", nous connaissons tous des célibataires temporaires ou permanents qui témoignent par leur engagement et leur charisme qu’une existence pleine et entière est possible sans vie sexuelle active. Il ne nous appartient pas de juger des motivations et déterminants de leur mode de vie, fussent-ils névrotiques comme le sont d’ailleurs la plupart de nos choix conjugaux !

Enfin, j’ai un peu honte de rappeler ici une affirmation qui fit florès à l’époque de l’affaire Vangheluwe, mais elle refait surface régulièrement : le célibat obligatoire est responsable, parmi les prêtres et les religieux, d’une fréquence élevée d’abus sexuels sur enfants ! Il ne s’agit pas de nier l’existence de ces actes monstrueux dans le monde ecclésiastique qui n’en a malheureusement pas le monopole (le monde du sport, de l’éducation, de la médecine, etc., sont également concernés), mais de rappeler que la grande majorité des enfants abusés sexuellement le furent ou le sont dans un cadre familial. Le prédateur-séducteur d’enfants le plus dangereux c’est un père, un beau-père, un grand-père… : des adultes qui pour la plupart ne sont pas célibataires et mènent par ailleurs une vie sexuelle active !

En conclusion, si nous avons le droit d’être surpris par un mode de gestion de la sexualité qui passe par la continence et la chasteté, nous ne sommes pas, je crois, autorisés à lui attribuer a priori des causes et des conséquences pathologiques. Ce serait paradoxal dans une époque comme la nôtre qui se veut tolérante vis-à-vis de toutes les déclinaisons de la pulsion sexuelle.