Opinions

Un témoignage de Simon, 16 ans (*).

2009, classe de quatrième primaire. Je m’en souviens comme si c’était hier : cette année fut la plus difficile de toute ma vie. Chaque jour, chaque heure, je me faisais pousser, insulter, frapper par derrière. À seulement 9 ans, je ne pouvais pas me défendre seul. Je craignais aussi que la moindre trace de résistance se termine très mal, et en parler à la maîtresse aurait presque été du suicide. Je ne faisais pas confiance aux profs et, surtout, j’avais très peur des autres élèves. Le soir, quand je rentrais chez moi, ma mère me demandait si j’avais passé une bonne journée. Un tout petit "oui" sortait de ma bouche. Je pense que ma mère savait très bien ce qui se passait dans ma tête.

Un jour, j'ai décidé de riposter

Un jour, comme tous les jours, ces mêmes élèves sont encore venus m’humilier. Ils jouaient avec moi. Pour une fois, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai décidé de riposter. Mauvaise idée. Sur un accès de colère imprévu, j’ai mis les trois à terre. Personne ne s’attendait à cette réaction de ma part, moi qui n’aime que jouer au ballon et aux échecs.

Ma réaction était déplacée, mais j’ai ressenti du plaisir. Le plaisir de me sentir, pour une fois, au-dessus des autres, avec la sensation de justice rendue. Ça n’a pas duré longtemps : cet acte m’a poussé vers la solitude et une profonde dépression. Le moindre mot me concernant me portait aux larmes. Des pensées suicidaires me prenaient la tête.

J'ai encore du mal à parler aux autres

2013, classe de première secondaire. Je suis sorti de mon enfer. Je me suis remis en question, j’ai pris confiance en moi. Ma colère a laissé place à un caractère beaucoup plus calme et plus sociable. J’ai rencontré des personnes qui m’ont beaucoup aidé même si j’ai mis du temps à leur faire confiance. On mangeait ensemble à la cantine ou on allait au cinéma. On se voyait tout le temps et on pouvait parler de tout et n’importe quoi. Ils ont changé ma vie.

J’ai encore cette peur de me faire juger et mettre de côté. J’ai encore du mal à parler aux autres, ça me demande un effort souvent pénible. Je préfère donc rester muet si je n’ai rien à dire. Mais au moins, je me fais un minimum respecter. J’ai été harcelé à l’école, par des personnes violentes, cherchant à passer le temps, sans se rendre compte des conséquences de leurs actes. J’en suis sorti. Mais certaines personnes gardent des séquelles très longtemps, et d’autres perdent la vie.

(*) : Ce témoignage a initialement été publié sur le site de la ZEP.