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Laurent Lemoine est frère dominicain et psychanalyste. Il enseigne l’éthique théologique à l’université catholique d’Angers. Il est né en 1968. Il est également rédacteur en chef de la "Revue d’éthique et de théologie morale", ainsi que rédacteur en chef adjoint de "La Vie spirituelle".

Longtemps, religions et psychanalyse ont entretenu une méfiance réciproque. Jusqu’à ce que, dans le monde catholique, des pionniers comme le jésuite Denis Vasse ou le prêtre parisien Maurice Bellet commencent à défricher le terrain. Laurent Lemoine a choisi de leur emboîter le pas.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont "Psychanalyse et relation pastorale : Etudes de théologie morale autour du frère Albert Plé" (Ed. Le Cerf, 2010), "Vérité et désir : Expérience spirituelle et expérience psychanalytique" (Le Cerf, 2010).

Comme théologien et psychanalyste, vous êtes très dubitatif sur ce que l’on appelle aujourd’hui le retour du religieux, très critique même. Pourquoi ?

Parce que la religion revient par son plus mauvais côté. C’est le retour de l’irrationnel, violent et fanatique, le retour des valeurs (même si, bien sûr, nous avons besoin de valeurs) et, pire, le retour de l’ordre moral le plus strict. Le retour de ce religieux-là fait peur. Et à juste titre. Parce qu’il justifie n’importe quoi : l’intolérance, le non-dialogue avec le pluralisme éthique et religieux, la remise en état des frontières et des identités. Tant mieux si les gens ont une identité ! Mais l’identité est toujours plurielle. Souvent, chez les religieux, on n’arrive plus à distinguer l’identité de l’identitaire. Pour ma part, je préférerais constater un retour de la foi ou de nouvelles quêtes spirituelles.

En quoi est-ce différent, la foi et la religion ?

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