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Tout le monde est pour la justice sociale. Il est de bon ton aujourd’hui même lorsque l’on critique le décret mixité de commencer sa phrase par : "Je suis d’accord avec plus de mixité sociale dans le scolaire, mais " Et bien non, sans être un égoïste, ni un élitiste, ce dogme de la mixité sociale imposée dans l’enseignement n’est pas bon. Il n’est bon, ni pour la société en général, ni pour les bons élèves, ni pour les moins bons.

Oui, jusque 12 ans. Commençons par nuancer : oui la mixité sociale est une bonne chose dans le niveau primaire. Jusque 12 ans. Et grosso modo cette mixité scolaire-là existe actuellement en Belgique, même si elle pourrait être améliorée. Au-delà de 12 ans, c’est l’heure de l’envol, il faut veiller par priorité à la qualité de l’enseignement et au principe que chaque enfant, également s’il est doué, doit et a le droit d’avoir les meilleures conditions pour arriver au meilleur de lui-même. L’origine sociale des élèves n’a rien à voir dans ce débat. Imposer que chaque classe soit jusque 16 ans un microcosme de la société est contre-productif en termes d’efficacité pour l’enseignement à tous les niveaux.

Egalité de chances si on est méritant. Bien sûr, il faut veiller à ce que jamais un enfant méritant, c’est-à-dire un enfant qui, seul ou grâce à son milieu, a compris le sens de l’effort que l’école est un facteur-clé d’ascension sociale, ne soit freiné dans sa progression à cause de son milieu social défavorisé. Mais à cet égard, les enseignants et les directions sont très attentifs dans notre pays. Une bonne école, cela se mérite objectivement.

Les résultats scolaires à un test intelligent, neutre et communautaire à 12 ans éventuellement pondéré par un facteur relatif aux résultats de l’ensemble de la classe et par un collège de trois instituteurs qui connaissent bien les enfants, pourraient être un bon baromètre du mérite en termes d’acquis et de potentiel de l’élève ainsi qu’en analyse de sa capacité à faire les efforts nécessaires à la bonne réussite scolaire. Ce devrait être la base pour une priorité dans le choix d’une école secondaire répondant à son projet pédagogique.

On tue une société si on tue ses gens intelligents. Etant entendu que nous voulons tous que chaque enfant atteigne le meilleur de ses capacités et que le niveau général de tous monte, la question que l’on doit ensuite se poser avant d’organiser notre enseignement est la suivante : "Quels sont les besoins de notre société ? Comment voulons-nous que la moyenne de nos 100 % de jeunes atteignent un niveau moyen de formation 5 au lieu de 4 ? Voulons-nous que 40 % de nos jeunes au lieu de 35 % atteignent le niveau de formation 8, et les autres 30 % atteignent le niveau 5 au lieu de 4 et les derniers 30 % atteignent le niveau 3 au lieu de 2, ou voulons-nous que l’ensemble de nos jeunes atteignent tous le niveau de formation 5 en supprimant toute "élite" ?"

Je prétends que la société doit prendre sa décision, non sur un dogme de souci égalitaire, mais en s’interrogeant de quoi la société a besoin pour son meilleur bien-être général. Et bien, la société a besoin d’un certain nombre, disons 35 %, de gens très intelligents. Pour exercer la médecine, calculer la résistance des matériaux, écrire des lois intelligentes, dresser des tables actuarielles, juger avec finesse, gérer des sociétés, calculer des programmes informatiques, penser des machines ou des satellites, recouper l’information, enseigner à haut niveau, faire de la recherche ou de l’analyse scientifique, maintenir notre génie de l’eau de l’électricité ou du recyclage

La question est alors : "La façon dont nous organisons notre enseignement arrive-t-elle à procurer à la société ce nombre minimum de gens très très bien formés ?" L’horreur de l’enseignant : une classe à deux niveaux. Et c’est là que je réponds que si nous mettons l’accent sur la mixité sociale avec le vœu pieux d’élever quelque peu le niveau du plus grand nombre, primo on ratera sans doute quand même cet objectif et secundo on ratera surtout la mission essentielle de notre enseignement de permettre à ceux qui auraient pu en être capables de s’élever à un niveau de formation très élevé.

La thèse des adeptes de la mixité sociale prolongée jusque 16 ans s’appuie sur le sempiternel exemple de la Finlande (on ne parle jamais des 2e et suivants du classement Pisa) et sur une soi-disant étude qui prouverait que mélanger les "bons" et les "moins bons" pour parler simplement, améliore les résultats des "moins bons" sans diminuer les résultats des "bons". C’est évidemment archi-faux. Tout enseignant sait à la perfection (et l’on trouverait des études à profusion) que le modèle d’efficacité même est de faire des classes où le niveau des élèves est aussi équivalent que possible. L’horreur en termes d’efficacité est d’avoir des groupes de niveaux différents.

C’est ce qu’a bien compris l’enseignement efficace et payant, comme, par exemple, les écoles privées de langues. On y commence toujours par un test de niveau pour voir à quel groupe chaque "apprenant" sera intégré. S’il est vrai qu’intuitivement chacun veut mettre son enfant dans une classe où les élèves seront bons, un enseignant sait très bien que deux ou trois éléments perturbateurs suffisent à empêcher l’enseignant de donner un cours fructueux. Que dire alors si les perturbateurs deviennent majoritaires, ce qui sera le cas partout lorsque l’on fait un mélange intégral de toutes les classes. Il a été prouvé que les résultats scolaires des filles ont ainsi été tirés à la baisse par l’introduction de la mixité garçons-filles dans les écoles sans que les résultats scolaires des garçons ne montent.

Situation de départ plus difficile en Communauté française. Les résultats Pisa ont montré qu’en Communauté française de Belgique la dispersion entre les résultats des bons élèves et des moins bons étaient une des plus importantes. On n’a pas assez mis l’accent, par rapport aux autres pays, sur la difficulté supplémentaire que constitue pour les enfants de notre communauté, très nombreux à être issus de l’immigration récente ou non, à suivre l’enseignement et à répondre aux épreuves en français, une langue d’adoption, compliquée de surcroît, dans un pays qui doit, en plus, consacrer du temps de formation à l’apprentissage du néerlandais.

Un enseignement finement stratifié : une opportunité. Loin de critiquer notre système d’organisation jusqu’il y a peu de l’enseignement, il faut nous en féliciter : malgré les difficultés propres à notre communauté, nous sommes parvenus malgré tout à former un nombre acceptable d’intellectuels. Notre enseignement est, en effet, finement stratifié, ce qui permet à chacun de trouver un enseignement à son exact niveau de performance et avec un maximum d’efficacité. Il permet encore à chacun à tout moment de se réorienter sans jamais être déshonoré. On ne double pas, on change de filière. On se retrouve avec des nouveaux camarades sans a priori et on peut à nouveau ambitionner d’être le meilleur à son niveau.

Comme on peut avoir du plaisir d’être champion de football en Division 2. On peut réapprendre à aimer sa nouvelle école, plus "cool". On peut retrouver une spirale de la réussite, retrouver cette confiance en soi si essentielle. Mieux, le niveau de formation est certes un peu moins élevé, mais on reçoit un diplôme équivalent. Ce qu’on appelle l’école de la réussite.

Pistes d’espoirs pour améliorer. Alors bien sûr, on doit rêver d’un enseignement qualifiant et professionnel plus performant. Mettons-y le paquet en le finançant, en l’équipant, en motivant et en formant ses enseignants. En donnant une prime aux professeurs, non pas pour cause de pénibilité du travail, mais accordée par le directeur aux enseignants méritants, c’est-à-dire ceux qui font sur base objective le mieux progresser les élèves, y compris ceux en difficulté. Mais veillons aussi à mettre en place un milieu (pubs, discours ambiant) qui encourage les jeunes à l’effort. Condition sine qua non de toute réussite.

Félicitons aussi annuellement les meilleurs en termes de mérite. En donnant aux 10, 30 et 50 % des meilleurs élèves dans toutes les filières à tous niveaux, une médaille d’or, d’argent ou de bronze. Un bon cuisinier ou une puéricultrice de qualité est aussi précieux qu’un bon juriste ou psychologue. Favorisons l’émulation positive, bien nécessaire à nouveau. On l’accepte bien dans le sport. Et, enfin, ouvrons des centaines d’écoles de devoirs. Cela marche. Qu’il soit aussi facile de financer celles-ci que financer les cours de musique à l’Académie.

C’est par le travail et le soutien que les jeunes amélioreront. Et que les parents ayant des enfants qui réussissent sans difficulté parrainent un ami du primaire de leurs enfants qui se retrouve ultérieurement en difficulté scolaire.

Je voudrais encore terminer en annonçant un effet pervers que les gourous de la mixité scolaire imposée n’ont pas encore réalisé. Après avoir reçu leur sésame pour une école réputée de haut niveau - mais il n’y aura plus d’écoles de haut niveau -, les élèves en difficulté - peu importe leur classe sociale - se retrouveront en queue de classe et doubleront et redoubleront. Ils ne trouveront plus d’école adaptée, puisque les écoles seront toutes moyennes à faibles, et ils seront derniers partout. Dégoûtés, ils arrêteront l’école. La société n’aura rien gagné avec des frustrés supplémentaires.

Avec une école à leur niveau, ils auraient peut-être terminé un parcours de formation. Allons, positivons. C’est de courage, d’efforts et de félicitations que les jeunes dans l’enseignement ont besoin. De nouveaux départs. D’un corps professoral motivé et non désabusé par les interventions inappropriées de ses gouvernants. Pas de mixité sociale imposée pour son école ou son logement.