Opinions Un témoignage de Breakstor, 14 ans, collégien à Paris (*).

J’ai 14 ans, je mesure 1m98, je suis autiste. Et alors ?

J’ai toujours été différent, trop différent, trop grand. Mon autisme me pourrit la vie depuis que je suis petit. J’ai toujours rêvé d’être une personne parfaite, mais ça n’a jamais était le cas. J’ai toujours été seul, tellement seul que je me réfugiais dans les jeux vidéo. Je ne me sentais même pas réconforté par mes parents.

Je me pose des questions. Pourquoi j’existe ? Pourquoi je ne peux jamais rien faire comme tout le monde ? Pourquoi tout le monde a toujours tout mieux que moi ? Et surtout, pourquoi on ne voit que ma différence ? Ces questions me font toujours autant mal. Chaque fois qu’on me fait un compliment j’ai toujours l’impression qu’on se moque de moi et qu’on veut me faire souffrir.

Au collège, à chaque fois qu’une personne vient m’aider, je me sens comme un esclave (trop dépendant) et je me sens la cible de tous les regards. Je me suis senti perdant à partir de mes 10 ans. Et depuis cet âge, j’essaye d’être quelqu’un d’autre. Je ne suis jamais apprécié et ça explique le fait que je suis constamment de mauvaise humeur. Cette mauvaise humeur me fatigue énormément, elle m’éloigne des autres. Parfois, j’ai tellement mal que j’en pleure la nuit et me sentir en permanence dans cette régression m’attriste depuis toujours.

On me dit que je suis “philosophe” pour mon âge

Mais être différent, ça ne veut pas dire être handicapé, j’aimerais tellement vous le faire comprendre. Je ne pense pas tout à fait comme vous, mais ce n’est pas un problème ! Parfois, j’interprète les choses différemment, c’est tout ! Mes réponses en cours sont la plupart du temps décalées, mais je dis toujours ce que je pense. Des fois, ça vous fait rire, mais c’est pas parce que c’est décalé que c’est faux !

D’ailleurs, souvent, les profs (et les adultes en général) sont étonnés par la logique de ma pensée ! On me dit que je suis « philosophe » pour mon âge. C’est que je me suis intéressé très tôt à des sujets profonds comme la vie/la mort, le bien/le mal, le mensonge/la vérité, l’esclavage/la liberté, le sexisme, le racisme, etc. Bref, des sujets pour moi essentiels mais qui me font passer pour quelqu’un de bizarre aux yeux des gens de mon âge.

Différent oui, c’est une richesse

Avant, j’avais un prof qui me traitait mal juste à cause de ma différence et je ne pouvais rien faire pour me défendre. Il me disait que je ne savais rien faire… Ça a énervé ma mère et elle a suggéré que je change d’école. C’est depuis cet événement que j’ai commencé à être en conflit avec tout le monde… Si même les adultes ne sont pas capables d’accepter la différence, comment on peut s’attendre à ce que les enfants la comprennent et soient tolérants ?

C’est quoi la frontière entre normalité et étrangeté ? Je ne suis pas un alien… On habite la même planète non ?

Regardez-moi d’un autre œil ! Regardez les gens différents sans vous en moquer : c’est ce message que je voudrais vous faire passer. Ce n’est pas parce que les gens sont différents qu’ils sont faibles. La différence est une richesse : pensez-y avant de juger !

(*) : Ce témoignage a initialement été publié sur le site de la ZEP.