Opinions
Une opinion de Kilian Simon, professeur de math et d'économie dans une école d'Anderlecht. 

Dans mon école, un grand nombre d’élèves sont jeunes mamans. Et elles font preuve d’un courage exceptionnel.

Il y a deux ans, je n’imaginais pas le chemin qui m’attendait… Etre professeur de mathématiques et d’économie dans une école à indice socio-économique faible, quel challenge !

Dès mon premier jour, j’ai constaté qu’une de mes élèves de 3e professionnelle "Service social" (3PSS pour les intimes) âgée d’une quinzaine d’années tout au plus, était enceinte. J’apprenais, ce même premier jour de ma nouvelle vie de professeur, qu’une autre élève, âgée de 17 ans et également en 3PSS, est déjà maman de deux enfants. Quel choc ce fut pour moi de constater que cette situation était tout à fait banale.

Un projet pharaonique

Je travaille dans une école d’Anderlecht. Cet établissement compte un nombre important de mamans parmi ses élèves. Nos sections de puériculture, habillement, aide familiale, etc., font qu’une majorité de nos élèves sont des jeunes femmes. Une idée m’est alors venue : si on créait une crèche à l’école ?

Avec mes élèves de 6e puériculture, lancer ce projet nous a semblé évident. Cela faisait longtemps que l’équipe pédagogique de l’école, aussi dévouée qu’investie dans le quotidien des élèves, y pensait. Nous avons donc monté, petit à petit, ce projet pharaonique. Il s’agit en effet d’un projet d’envergure de type socioentrepreneur pour répondre à une des problématiques que les professeurs, élèves ou parents affrontent quotidiennement.

Ce projet, susceptible donc d’avoir un impact sociétal fort, est venu nous challenger dans nos valeurs et nos capacités. Pour ma part, monter cette crèche me permet de comprendre et faire comprendre plus facilement quelle est notre place de citoyen au sein de notre école, communauté, quartier ou ville. S’investir encore davantage et autrement dans l’enseignement, obtenir une reconnaissance et une visibilité sur ces situations est un challenge qui, pour moi, en vaut plus que le coup.

Bravo aux "profs entrepreneurs"

Les "professeurs entrepreneurs", comme je les appelle, sont nombreux. J’en profite pour saluer leur travail extraordinaire et souvent hors du commun qu’ils accomplissent au quotidien en Belgique, en Europe et dans le monde. Un investissement qui, pour beaucoup, dépasse largement le cadre de la classe et de la relation professeur-élève.

Du simple club de poésie, en passant par les pièces de théâtre de fin d’année, les cours de photo, les programmes de remédiation, la distribution de fruits et produits laitiers, les concours sportifs interécoles, la mise en place de sites Internet produisant des exercices de maths à l’infini, la création de plateformes de discussions avec des élèves dans le monde entier, l’organisation d’un forum avec des professionnels de tous les métiers venant discuter de leur passion : voilà un travail qui surpasse amplement les heures de cours. Tous ces projets, petits et grands, nécessitent une énergie et une coordination phénoménales trop souvent alourdies, d’ailleurs, par la bureaucratie.

Pour un meilleur avenir

Lancer cette crèche dans mon école me pousse encore davantage à croire au potentiel de mes élèves. Ces mamans qui font preuve d’un courage hors du commun méritent d’être aidées. Leur construire un meilleur avenir, plus stable et moins contraint, me semble une excellente raison de se lever chaque matin, dans le but qu’un jour peut-être, l’avenir d’un élève ne dépende plus de son origine socio-économique.

-> Killian Simon est participant au programme Teach for Belgium.

-> Titre, introduction et intertitres sont de la rédaction. Titre original : Professeur et entrepreneur, c’est possible !