Opinions
Une opinion de Mathilde Vandamme, maman d'un petit garçon de 7 mois.


Je vous tire mon chapeau, vous qui travaillez sans relâche pour former les adultes de demain. Je vous admire. Merci.


Vous qui devez toujours être souriantes.

Vous qui devez toujours être patientes.

Vous qui devez toujours être en forme.

Vous qui devez toujours être attentives.

Vous qui devez toujours être disponibles.

Vous qui ne pouvez pas tomber malades.

Je vous admire.

Ce matin, j’ai déposé mon petit de 7 mois à la crèche. Pour la première fois, il a sangloté quand il m’a vue partir. J’en ai le cœur tout retourné, mais je sens qu’il est entre de bonnes mains.

Ce matin, j’ai envie d’écrire ce petit mot à l’attention de toutes les puéricultrices afin de les remercier pour ce travail fondamental qu’elles exercent.

Elles ont l’avenir de notre société en main. Pourtant, il reste encore des progrès à faire pour valoriser davantage cette profession magnifique mais trop peu reconnue, et trop épuisante dans les conditions actuelles.

Trois puéricultrices pour une quinzaine d’enfants, présentes de 8 h à 17 h environ, sans possibilité de relais, je trouve cela peu, même si ce sont les normes définies par l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE).

Quand je nourris mon fils, cela me prend au grand minimum vingt minutes, et il boit toutes les 2-3 heures. Il faut encore compter le temps pour l’aider à faire son rot, l’aider à s’endormir, le changer, le consoler, le stimuler. Quand je le garde toute seule en journée, il me reste très peu de temps pour moi et je suis épuisée à la fin de la journée. On peut alors très bien imaginer la complexité de la tâche ainsi que l’état de fatigue d’une personne qui doit s’occuper de cinq bébés en moyenne en permanence, dans un brouhaha perpétuel.

Et cette personne n’a pas le droit à l’erreur : chaque enfant a ses soins propres, son rythme particulier qu’il faut à tout prix respecter.

Laisser pleurer un enfant, et longtemps parfois, est donc inévitable. Et en groupe, un pleur en appelle d’autres.

Je suis d’accord que l’enfant doit être capable de gérer la frustration, mais quand c’est trop, il en va tout de même de leur bien-être et de celui des personnes qui les gardent. Il est difficile pour un bébé de dormir entouré de cris, il est difficile pour une puéricultrice de supporter ces bruits à longueur de journée. Et difficile est un faible mot.

Evidemment, à la fin de la journée, chaque parent espère égoïstement que son enfant a été mieux choyé qu’un autre. Mais il sait aussi qu’on ne peut pas faire l’impossible, comme on dit.

Ce n’est en tout cas pas par leur salaire que ces puéricultrices sont reconnues. Elles ont un diplôme de secondaire supérieur professionnel spécialisé en puériculture, on peut donc aisément se faire une petite idée de leur revenu mensuel.

La logique de rentabilité semble malheureusement également toucher ce secteur où des vies humaines sont en jeu. Quand on lit combien la petite enfance est fondamentale dans le développement d’un enfant, cela laisse perplexe…

Ne pourrait-on pas valoriser cette formation, afin de valoriser le diplôme ? Ne pourrait-on pas changer les normes ONE, en augmentant le nombre de puéricultrices par enfants ? Ne pourrait-on pas augmenter le nombre de crèches pour réduire le nombre d’enfants par crèche ? D’ailleurs, il est également tellement difficile actuellement de trouver une crèche pour son enfant ! Tout le monde se bat pour obtenir une place dans une crèche communale qui est moins chère qu’une crèche privée. Cette situation est-elle normale alors que la démographie à Bruxelles ne cesse d’augmenter ? Est-ce qu’être un parent qui travaille doit être culpabilisant actuellement ?

Il me semble fondamental de valoriser de manière générale ce domaine de la petite enfance qui, avec plus de moyens, et des moyens mieux utilisés, contribuerait à plus de bonheur pour tous. Miser sur les bébés qui sont les adultes de demain ne me semble pas impossible.

En attendant, je vous adresse mon immense reconnaissance. Vous répétez, chaque jour, des gestes basiques mais cruciaux. Ils installent un rituel, ils structurent nos enfants.

Merci.