Opinions

Une opinion de Laurianne Rigo, permanente et animatrice au sein de l’asbl Couples et Familles.

Le début de l’année scolaire et académique ouvre aussi le ballet des soirées, sorties et autres fêtes. L’occasion pour Couples et Familles de s’interroger sur les comportements à risque des jeunes. Binge drinking, consommation de tabac, usage de drogues, relations sexuelles à risque, conduite dangereuse, violence contre soi ou les autres… Pourquoi nos adolescents sont-ils attirés par le danger ?

L’adolescence, une période à haut risque

Comme l’explique Jean-Pascal Assaily, le rapport au danger n’est pas simple et linéaire, il est complexe et pendulaire. Depuis le berceau jusqu’au cercueil, l’être humain est balancé entre le besoin de protection et la recherche de nouveauté. C’est à l’adolescence que le mouvement est le plus important (1). Cette période est un grand chamboulement : transformations biologiques, changements physiologiques, sexualité naissante, émergence d’une pensée abstraite, développement d’une identité autonome. Devenir autonome et construire sa propre identité implique de faire des choix quant aux valeurs et aux croyances et ce dans tous les domaines de l’existence : à l’école, en société, avec ses amis ou sur le plan politique. C’est une forme d’expérience de la vie qui passe par des conduites à l’interface du connu et de l’inconnu, du permis et de l’interdit, du licite et de l’illicite (2).

Comme il ignore qui il est et qu’il cherche à le découvrir, le jeune peut adopter des conduites extrêmes. Il explore la vie jusqu’aux limites de la mort. Il se met en quête de ses propres limites mais aussi de celles des adultes et de la société.

La prise de risque semble donc un élément naturel et nécessaire dans le développement de chaque individu. Toutefois, sans cadre et limites, ces conduites peuvent nuire à la santé et au bien être du jeune et si elles s’inscrivent dans la durée, elles peuvent s’instaurer en mode de vie et devenir des addictions.

Les différents types de comportements à risque (3)

Parmi les substances dites « psycho-actives », le tabac et l’alcool sont les premières à être testées par les jeunes. Les drogues viennent en troisième position et, parmi elles, le cannabis est le plus largement consommé. On estime la moyenne d’âge du premier essai de cigarette à 12,5 ans. Celle du premier essai d’alcool à 12 ans. Celle de l’initiation au cannabis aux environs de 15 ans.

On connaît les effets néfastes du tabagisme sur la santé. Les campagnes de prévention, les illustrations et mentions sur les paquets du type « Fumer tue » ou « Fumer rend stérile » ne freinent pourtant pas les jeunes à essayer.

La consommation d’alcool chez les jeunes est surtout dangereuse à court terme. L’effet désinhibiteur de la boisson les place dans une grande vulnérabilité tout en leur conférant un sentiment d’invincibilité. De la même manière, l’usage de drogues altère les capacités de raisonnement. Cela pousse les jeunes à prendre des risques encore plus importants par manque de lucidité. L’alcool et la drogue sont à l’origine de nombreux accidents de la route, comas éthyliques ou overdoses, bagarres, tentatives de suicide, rapports sexuels imprévus et non-protégés, violences sexuelles…

La violence, dirigée contre soi ou contre les autres est aussi une forme de comportement à risque typique de l’adolescence : automutilations, tentatives de suicide, violences scolaires, brimades, intimidation, racket, bagarres… sont autant d’exemples dans lesquels des jeunes sont souvent impliqués.

Certains comportements sur la route sont souvent les faits de jeunes : une vitesse excessive, une conduite imprudente, des courses, rouler sans ceinture ou casque… Ils représentent à la fois un danger pour eux-mêmes et pour les autres usagers.

Sur le plan de la sexualité, les adolescents peuvent se mettre particulièrement en danger. L’âge moyen du premier rapport est situé à environ 16 ans. A cet âge, les jeunes sont en pleine période de découverte de leur sexualité et dans le même temps, ils sont avides de nouveautés et d’expériences. Cela les pousse parfois à agir de manière inconsidérée. La spontanéité et l’instabilité des rapports sexuels peuvent les amener dans des situations très délicates. On l’imagine bien pour les jeunes filles : grossesse non-désirée conduisant à une interruption de celle-ci ou à un accouchement alors qu’elles ne sont pas encore adultes. Le multi partenariat augmente les risques d’infections sexuellement transmissibles comme le sida. L’impulsivité du moment peut conduire certains partenaires à devenir violents et à contraindre l’autre à des actes non désirés.

Enfin, statistiquement, c’est dans le sport que les accidents sont les plus fréquents pour les jeunes. Il s’agit principalement de contusions, d’entorses ou de foulures, mais cela peut aller plus loin. Généralement, le sport choisi est un sport dit « traditionnel » qui comporte un certain nombre de règles de sécurité et un code de conduite strict. Les sports « extrêmes », moins conventionnels, attirent un nombre croissant de jeunes et ils impliquent une plus grande prise de risque : acrobatie urbaine, saut à l’élastique, parachutisme, alpinisme, plongeon et nage en eau libre, surf, kite surf… la surenchère en matière de sensations fortes n’a de limite que l’imagination des jeunes qui pratiquent ces sports.

Comment éduquer à prendre soin de soi ?

Pour les adolescents, le concept de santé recouvre trois aspects : une bonne condition physique, le bien-être et l’absence de maladie (4). Leur perception de la santé est immédiate ; ils ne la conçoivent pas comme un bien à préserver pour l’avenir. De même, ils ne sont pas conscients qu’ils en sont acteurs ; pour eux, la santé dépend de facteurs extérieurs. Ils privilégient donc la satisfaction immédiate de leurs désirs. Les effets bénéfiques à court terme prévalent sur des conséquences négatives hypothétiques ou à long terme.

En fait, ces comportements immatures sont liés au développement cérébral. « Les régions du cerveau impliquées étant immatures, les jeunes éprouvent plus de mal à les contrôler. C’est quand ils comprennent qu’ils ne tirent pas un bénéfice suffisant par rapport au risque encouru qu’ils adaptent leur comportement pour la prochaine expérience du même type. (5) »

Depuis la naissance, les êtres humains se développent en relation avec les autres. Le réseau de relations influence chaque individu et les individus influencent également ce réseau. Le premier lieu de développement et le plus important est sans conteste la famille. Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. Cela signifie d’une part être à l’écoute et disponible pour aborder tous les sujets de la vie sans tabou ni jugement et d’autre part, transmettre son expérience. Il faut garder à l’esprit qu’une grande part du développement fonctionne à partir de l’imitation. En tant que parents, il convient donc d’être attentif à ses propres comportements afin que ceux-ci soient en adéquation avec le message à transmettre. Prenons l’exemple de la conduite automobile. Jusqu’à ce qu’il puisse lui-même tenir le volant, l’enfant sera passager du véhicule de ses parents. Durant tout ce temps, il sera un « redoutable magnétoscope » de ce que ses parents font derrière le volant. Une fois devenu lui-même automobiliste, il y a une forte probabilité qu’il reproduise les comportements dont il a été le témoin : téléphoner en conduisant, attacher sa ceinture de sécurité, rouler à vitesse excessive, manquer de courtoisie, insulter les autres usagers de la route, conduire en état d’ébriété… Etre parent, c’est être exemplaire (entendons nous, cela ne signifie pas « être parfait »).

Le second acteur de l’éducation des enfants et des jeunes est certainement l’école. Différentes études montrent qu’il existe un rapport étroit entre comportements à risque et les réussites scolaire et éducative. Œuvrer à un parcours positif dans les apprentissages (scolaires et autres) aide à prévenir des comportements à risque à l’adolescence. Dans cet objectif, l’intérêt d’une bonne communication entre école et parents est indéniable.

Même si on veut les protéger, il est impossible d’élever son enfant dans une bulle. On lui souhaite notamment de se faire des amis et de s’intégrer au mieux parmi les autres de sa génération. Au moment de l’adolescence, le groupe de pairs (ces « autres ») peut exercer une grande influence sur les jeunes. Toutes les activités et les choses que l’on entreprend n’ont en réalité qu’un objectif : gagner l’estime de soi. Cela est particulièrement vrai pour les adolescents qui ont un grand besoin de reconnaissance et d’estime. Adopter certains comportements à risque comme fumer une cigarette ou un joint permet parfois une plus grande intégration au sein du groupe de pairs.

Enfin, nous vivons dans un contexte social plus global qui lui aussi nous influence. A travers les différents médias et en particulier la publicité, la société nous renvoie à des images d’Epinal auxquelles, consciemment ou non, nous nous identifions. La télévision, le cinéma, les magazines, les publicités… bref, les médias en général promeuvent souvent des comportements à risque en les faisant passer pour des manières d’être dans le coup. Ils véhiculent des images positives de jeunes beaux, heureux et bien dans leur peau qui consomment de l’alcool, du tabac et conduisent des voitures de sport. Apprendre à décoder ces images et à les regarder d’un œil critique est une arme dont les jeunes pourront user pour juger de manière responsable.

En conclusion

La pratique de comportements à risque chez les jeunes est une problématique complexe. Les sources de ces conduites sont multiples, c’est pourquoi nous pensons que la prévention doit elle aussi être diversifiée. Cela relève de la responsabilité collective de tous les acteurs de l’éducation des enfants et des jeunes : les familles, l’école, les intervenants sociaux, les médias, les pouvoirs publics et les associations d’éducation permanente.

Mais le risque zéro n’existe pas (6).


(1) Jean-Pascal Assailly, « Les conduites à risque des jeunes : un modèle socio-séquentiel de la genèse de la mise en danger de soi », in Psychotropes, n°2/2006, vol. 12, De Boeck, p. 49-69. Disponible sur www.cairn.info.

(2) Martine Bantuelle et René Demeulemeester (dir.), Comportements à risque et santé : agir en milieu scolaire, Editions INPES, 2008, p. 38

(3) Cf. « Le jeu du foulard et autre jeux dangereux », analyse 2010-03 de Couples et Familles, rédigée par José Gérard, disponible sur www.couplesfamilles.be.

(4) Idem, p.36.

(5) Carine Maillard, « Comportements à risque : attendre que ça passe ? », in En marche, n°1455, 16 juin 2011, p.5, disponible sur www.enmarche.be.

(6) Analyse rédigée par Laurianne Rigo.