Opinions

Une opinion de deux élus américains, Cindy McCain (Républicaine) et Tom Perriello (Democrate).

Cindy McCain travaille avec le McCain Institute for International Leadership.
Tom Perriello est l'ancien Envoyé Spécial dans les pays des Grands Lacs pour l'Administration Obama.

Dans l’intérêt de la démocratie au Congo, le président Joseph Kabila devrait démissionner immédiatement et permette à un gouvernement intérimaire de superviser l’organisation d’élections crédibles. Ce 8 août se clôturent les inscriptions pour la présidentielle en RDC.


Plus tôt dans l’année, alors que le jeune activiste Fred Bauma quittait le culte du dimanche avec sa famille dans une église de Goma, en République démocratique du Congo,, la police a ouvert le feu avec des gaz lacrymogènes - et, dans d’autres villes, avec de vraies balles. "Rien n’est sacré pour ce gouvernement", a déclaré Bauma par la suite. "Mais ils ne vont pas ébranler notre foi en Dieu ou dans l’avenir démocratique du Congo". Ce sont les mots extraordinaires d’un homme qui a perdu des collègues et des amis dans la violence du gouvernement congolais.

Brutalités et massacres

Le secrétaire général des Nations Unies, le Pape, les archevêques de Canterberry et du Cap, ainsi que d’autres dirigeants du monde entier, réclament tous le droit de la jeunesse congolaise à manifester pacifiquement. Les Congolais persistent dans leur soif de changement positif, même face à un héritage de massacres de masse et de brutalités, allant du colonialisme belge jusqu’à nos jours à travers des guerres par procuration régionales, des milices internes et des régimes kleptocratiques.

Étonnamment, le peuple de la République démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à la portée du premier transfert démocratique pacifique du pouvoir dans le pays. L’homme le mieux placé pour organiser les élections, le président Joseph Kabila, a pris une série de mesures dangereuses et déstabilisatrices pour s’accrocher au pouvoir. Pourtant, il n’est pas trop tard pour changer de cap. Dans le passé, Kabila a également présidé des pourparlers de paix qui ont mis fin à des guerres civiles meurtrières - suggérant qu’il peut encore assurer son héritage en tant que leader qui a soutenu la démocratisation au Congo.

Accords non respectés

Selon la constitution congolaise, le président devait quitter ses fonctions en 2016 après avoir effectué deux mandats. Avec une cote de popularité à un chiffre, ses efforts pour orchestrer un troisième mandat ont conduit à des protestations massives qui ont été écrasées brutalement dans le sang. Un accord de partage du pouvoir, signé le 31 décembre 2016, négocié par l’Église catholique, a donné à Kabila une prolongation de 12 mois. Malheureusement, le président n’a pas respecté cet accord. Il reste au pouvoir et a attisé les tensions en permettant à ses forces de sécurité de franchir une ligne sacrée - tirant dans les églises catholiques pour perturber les cultes pacifiques et les marches de protestation convoquées par le Comité des laïcs, coordination après la messe dominicale. Les élections sont à présent prévues pour le 23 décembre prochain, mais sans signe clair que Kabila envisage de se retirer pour permettre un vote crédible.

Au fil des ans, au cours de nombreuses visites au Congo, nous avons tous deux été témoins, chaque fois, d’une population qui demeure fermement optimiste dans le fait que son pays peut devenir une grande réussite, mais seulement si un processus transparent et démocratique est autorisé à se consolider. Au cours des dernières années, à travers les administrations présidentielles américaines et les chambres du Congrès, la politique américaine a découragé la violence et l’instabilité. Les dirigeants du Congrès se sont fait les champions des sanctions visant des membres corrompus et brutaux du gouvernement de Kabila, des sanctions qui ont toujours contribué à libérer des prisonniers politiques et à inciter certaines forces de sécurité à abandonner l’usage de la force létale dans leur répression. L’administration Obama a contribué à galvaniser la pression mondiale et régionale pour empêcher un troisième mandat pour Kabila, et l’ambassadeur du président Donald Trump aux Nations Unies, Nikki Haley, s’est rendue en RDC en octobre dernier avec un message clair indiquant que les élections crédibles au Congo d’ici fin 2018 sont non négociables.

© blaise dehon

Démission du Président

Alors que la pression des acteurs internationaux et régionaux a aidé à empêcher la violence de masse, Kabila continue à faire tirer à balles réelles, à empêcher un climat propice à des élections justes et crédibles et à entretenir le doute sur ses intentions, tandis que certains membres du parti présidentiel congolais font ouvertement campagne pour qu’il se présente à nouveau, en violation manifeste de la constitution. Les diplomates parlent ouvertement d’un Kabila qui a opté pour une politique de la terre brûlée via des élections bâclées, dans laquelle la violence et la répression sont utilisées pour dicter un résultat non seulement antidémocratique mais aussi presque assuré pour déclencher une guerre civile. Selon un récent sondage du Congo Research Group, 74 % des Congolais soutiennent l’appel de nombre d’organisations de la société civile et de certains partis de l’opposition pour que Kabila démissionne immédiatement et permette à un gouvernement intérimaire de superviser l’organisation d’élections crédibles.

Certains observateurs ont mal interprété cette affirmation comme une simple déclaration morale selon laquelle Kabila n’aurait pas mérité plus de temps après trois tentatives pour rattraper son retard - manquant l’échéance constitutionnelle de 2016, l’échéance de l’Église catholique pour 2017 et maintenant les conditions minimales pour des élections crédibles cette année. Mais de nombreux Congolais ont clairement indiqué qu’ils considéraient cela comme la seule voie à suivre pour éviter un bain de sang généralisé, car ils pensent que Kabila, qui est profondément impopulaire, serait obligé d’utiliser le maximum de violence pour rester au pouvoir ou imposer les résultats qu’il attend.

Pressions et sanctions des États-Unis

Si la communauté internationale est sérieuse et cohérente dans son engagement en faveur d’élections pacifiques et crédibles, il serait sage de ne pas ignorer la sagesse du peuple congolais quant aux conditions nécessaires pour des élections légitimes. Les États-Unis ont un rôle clé à jouer pour assurer que ces conditions soient remplies. Premièrement, les États-Unis devraient intensifier leurs pressions économiques contre le président Kabila et ses alliés pour montrer qu’il y a des conséquences réelles à une continuation de la violence et de la répression. Bénéficiant du soutien bipartisan du Congrès (pour sa politique en RDC), l’Administration Trump devrait prévoir suffisamment de personnel pour élaborer des sanctions ciblées supplémentaires. Deuxièmement, les États-Unis et les autres acteurs internationaux ne devraient plus croire aux fausses promesses ou accepter de mauvaises élections qui ne mettront pas fin aux problèmes sous-jacents de violence, d’abus et de corruption. Ils devraient clairement signaler que si les conditions minimales pour un vote crédible ne sont pas remplies dans les prochaines semaines, ils soutiendront les appels croissants du Congo pour une "transition sans Kabila", où le président se retirerait pour permettre à des dirigeants indépendants de restaurer l’ordre constitutionnel et d’organiser des élections libres et justes. Depuis plus d’une décennie, la communauté internationale a investi des milliards de dollars au Congo, et le peuple congolais s’est beaucoup sacrifié pour tenter de briser les cycles de la violence et de la corruption. Malgré ceux qui s’opposent à la paix et au progrès, les prochaines semaines pourraient être notre meilleure opportunité depuis des années pour transformer cet espoir en réalité.

--> Cet éditorial a été publié le 31 juillet 2018 dans le "Washington Post".