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On pourrait penser qu'un enfant jamais puni est un enfant à qui tout est permis. Ce n'est pas le cas. Les enfants ne grandissent pas spontanément dans le respect de nos valeurs, il faut les y éduquer. Cela ne signifie pas que la punition soit nécessaire.

Eduquer, c'est montrer l'exemple... Un enfant se développe essentiellement par identification à son milieu. Le punir parce qu'il chute en essayant ses premiers pas ou parce qu'il prononce mal ses premiers mots ne nous vient heureusement pas à l'esprit. Spontanément, le petit d'homme imite son entourage. Et spontanément nous l'y encourageons. Il apprend les bonnes manières, le respect de l'autre ou l'intolérance en osmose avec son environnement. Mais restons réalistes! Si le bon exemple et l'encouragement sont les principaux leviers de l'éducation, cela ne suffit pas. Ne faudrait-il pas alors user du bâton? La punition serait un pis aller nécessaire lorsque l'enfant persévère dans un comportement inadéquat. D'autant plus lorsqu'il agit en transgressant volontairement la règle.

Il est normal que les enfants s'essayent à tout âge à la transgression. Comment réagir? En y opposant l'autorité de la règle. Si la punition me semble appartenir au passé de la pédagogie, la question de l'autorité garde toute son actualité. C'est un exercice bien périlleux. Il n'y a pas d'un côté la loi, et de l'autre un enfant qui la transgresse, avec au milieu l'éducateur, juge arbitre, qui compte les fautes. Il s'agit au contraire d'arrimer l'enfant au sein de la société. Là où, par la transgression, il s'exclut du groupe, l'autorité l'y ramène symboliquement. Son premier outil est la parole. Concrètement, on répond à la faute enfantine en marquant le coup. On resitue l'enfant dans le groupe: c'est parce qu'il fait partie d'une communauté qu'il est, lui comme les autres, soumis aux règles qui la régissent: «Ici, dans la famille, il n'est pas permis de s'agacer les uns les autres. Arrête d'embêter ton frère.»

La parole ne suffit pas toujours à ramener l'ordre. Quand la fermeté échoue, il reste le recours aux mesures disciplinaires. L'objectif n'est pas de punir, mais de calmer le jeu. Il s'agit d'interrompre l'acte délictueux. C'est une intervention sur le vif: «C'est assez, va dans ta chambre!». Ces mesures n'ont de sens que si elles sont adéquates et graduées.

Si la crise s'amplifie, il faut savoir éviter une surenchère, et parfois laisser tomber. La grande difficulté est là: sentir qu'à un moment, c'est une lutte de pur prestige qui est engagée entre l'enfant et son éducateur. Faut-il coûte que coûte que l'éducateur «gagne», dût-il enfermer manu militari un enfant hurlant ou le passer sous la douche froide? N'est-ce pas à l'éducateur qu'il revient d'avoir la maturité de rompre le combat? «Allez, tête de mule, qu'est-ce qui te prend aujourd'hui? On va essayer de se calmer tous les deux.» Et de quitter la pièce. Ou de l'emmener jouer au foot. Si l'enfant est heureusement intégré dans les groupes sociaux auxquels il appartient, la transgression, pour peu qu'elle ne soit pas monnaie courante, fait partie du parcours éducatif banal. Dans le cas contraire, il y a lieu non de sévir mais de questionner la difficulté de l'enfant à s'assimiler à son entourage. Et y apporter des réponses sur le fond: plus de liberté et/ou de responsabilité à un enfant qui grandit, proposition d'activités communes, inscription dans d'autres groupes (sport, musique,). On remet ainsi en route les processus d'identification et d'appartenance, en permettant à l'enfant d'y trouver sa place, sa fierté et son plaisir.La punition n'est pas nécessaire à l'éducation, mais priver un enfant de Pokemon ne risque de traumatiser gravement que les parents, toujours prêts à se culpabiliser!

© La Libre Belgique 2001