Opinions
Une opinion de Yohan Benizri, président du CCOJB.


Le polémiste Abou Jajah a requalifié une attaque terroriste à Jérusalem en un acte de résistance. Il dépasse ainsi les limites de la décence et de l’éthique. Intolérable et dangereux.


L’apologie du terrorisme n’est pas une simple opinion. L’apologie du terrorisme est un acte politique dangereux et pernicieux. Il convient de saluer tous ceux qui opèrent une distinction claire entre la liberté d’expression et des déclarations indignes et incompatibles avec un Etat de droit.

Nous en avons eu une illustration exemplaire avec la polémique qui a touché le journal "De Standaard" la semaine dernière suite à sa décision de mettre fin à la collaboration qui le liait à Abou Jajah.

Que s’est-il passé ? Abou Jajah a requalifié une attaque terroriste à Jérusalem - reconnue comme telle par toutes les démocraties qui ont dû souffrir de ce type d’attaques ces dernières années - en un acte de résistance. Il a également défendu le terroriste en prétendant que celui-ci avait le droit d’utiliser de tous les moyens pour atteindre ses fins. Notons qu’Abou Jajah admet par ailleurs ne pas connaître les motivations du terroriste et n’exclut pas un lien avec Daech.

Sous la plume d’Abou Jajah, cela n’étonnera personne, lui qui s’est exprimé pour l’annihilation d’Israël proposant à la population juive "la valise ou le cercueil". C’est également Abou Jajah qui, deux mois après les attentats du 11 septembre 2001, avait évoqué le "doux sentiment de revanche" ressenti par de nombreux musulmans.

Pour justifier sa position, Abou Jajah a deux postures : il joue avec les mots et les principes.

D’abord avec les mots, confondant allègrement terrorisme et résistance. Ce qui s’est passé à Jérusalem est, selon toutes les définitions légales, un acte terroriste. Les faits sont simples, même s’ils sont terribles : un camion-grue fonce sur un groupe de jeunes officiers lors d’une sortie éducative. La forme de l’attaque, au camion-bélier, rappelle les attaques de Nice et de Berlin.

Dire que c’est de la résistance est une insulte à l’intelligence. Faire le parallèle avec les héros de la résistance au nazisme est une insulte à la mémoire.

Une meilleure comparaison serait Mohammed Merah qui a tué des militaires français et de jeunes écoliers juifs en France en mars 2012, pour venger des Palestiniens avec le même type de ressorts argumentatifs que M. Jajah.

Abou Jajah joue également avec les principes. Adepte de la position victimaire, il prétend être l’objet de censure alors qu’il ne ferait qu’exercer sa liberté d’expression. On croit rêver. Créant la polémique depuis des années, M. Jajah s’exprime librement et régulièrement dans de nombreux médias et dans de nombreux pays occidentaux. Si le journal "De Standaard" a mis fin à son contrat, c’est qu’il a considéré que M. Jajah, en faisant l’apologie du terrorisme, avait dépassé les limites de la décence et de l’éthique. Sur le plan des valeurs, "De Standaard" a - ici - été irréprochable.

Notons encore que, depuis 2014, l’apologie du terrorisme est un délit en France, et que des propositions de lois sont qui vont dans ce sens sont à l’étude en Belgique.

L’apologie du terrorisme n’est donc pas une simple opinion. Ce ne l’a jamais été. Dix mois après les attentats de Bruxelles, ce l’est encore moins qu’avant. Nous chérissons notre démocratie. Nous ne pouvons pas laisser ses détracteurs la détruire en prétextant de l’exercice de nos libertés fondamentales.

Après son éviction du journal flamand, Abou Jajah persiste et menace l’Allemagne, la France et les Pays-Bas - pays qui ont mis leur drapeau en berne en signe de solidarité avec Israël, victime de cette attaque terroriste. Il appelle tous ses "amis" à "s’en souvenir" sur un ton vindicatif.

Prenons garde aux semeurs de haine. L’apologie du terrorisme est dangereuse pour nous tous, les événements récents l’ont démontré à suffisance, trop d’innocents l’ont payé de leur sang.

Rassemblons-nous - en Europe et au-delà - autour de nos valeurs et luttons ensemble contre ceux qui préfèrent nous manipuler, nous menacer, justifier les attaques contre notre population, voire contribuer à susciter des vocations de terroristes.