Opinions

Que pensez-vous du jugement du tribunal de Verviers ?

D’abord, il faut préciser que c’est la Ville de Verviers qui est condamnée, pas des personnes physiques comme le bourgmestre ou un échevin; la nuance est importante. Sur le fond, des jugements comme celui-là doivent nous amener à réfléchir aux actes que l’on pose. Les communes ont de grandes responsabilités. Sur les quelque 50 000 kilomètres de voiries en Région wallonne, 47 000 sont gérés par les communes. On voit l’ampleur de la tâche. Les communes ont une obligation de moyens, mais pas une obligation de résultats. En d’autres mots, les communes doivent tout mettre en œuvre pour que les voiries ne soient pas des pièges à usagers, mais on peut se douter qu’il leur est impossible d’avoir une vision totale et permanente des problèmes qui peuvent se poser. Il y a des situations imprévisibles qui font que si tous les moyens doivent être mobilisés, il n’est pas possible de tout solutionner. Concrètement, il y a des milliers, voire des dizaines de milliers de nids-de-poule sur le réseau, et personne ne s’étonnera donc d’être confronté à l’un d’entre eux. Il faut donc une certaine compréhension et une interprétation au cas par cas.

Regrettez-vous le recours de plus en plus grand à la justice ?

On note effectivement une augmentation du nombre de plaintes. Ceci dit, elles ne se clôtureront pas toutes par une condamnation. On va en recours contre tout, on judiciarise de plus en plus, on estime avoir des droits par rapport à tout. Heureusement, les tribunaux apprécient ces plaintes à leur juste mesure. Les cas de condamnation ne sont pas si nombreux, et la justice voit bien quand la commune a déployé tous les moyens possibles. Le problème des communes, c’est de mobiliser l’argent nécessaire…

Justement, où faut-il aller chercher cet argent ?

La situation budgétaire de la Région wallonne est ce qu’elle est. Il lui revient de choisir où aller chercher l’argent, soit dans une autre affectation des dépenses, soit chez les contribuables. En tant que communes, nous revendiquons des moyens plus importants. Il y a, à ce propos, des éléments positifs. Ainsi, les droits de tirage instaurés après l’hiver 2009, auxquels les communes peuvent avoir droit. Contrairement aux plans triennaux, ils ne doivent pas uniquement concerner des rénovations de voirie en profondeur, mais peuvent être utilisés pour un simple enduisage. Bref, on finance aussi l’entretien normal, et c’est une très bonne chose.

Ne faudrait-il pas affecter certaines taxes aux voiries, ou instaurer soit des péages, soit une vignette ?

Nous nous sommes prononcés à propos d’une éventuelle vignette. Nous revendiquons notre part de ressources nouvelles : les camions n’utilisent pas que les autoroutes.

Est-il normal que le réseau routier wallon soit en plus mauvais état que le flamand ?

C’est difficile d’objectiver. C’est vrai que, par le passé, les priorités politiques ne se sont pas suffisamment portées en Wallonie sur l’entretien des routes. Il est moins visible pour le citoyen… Comme je l’ai dit, les droits de tirage doivent rectifier cela. D’autre part, il faut tenir compte des conditions climatiques qui sont bien plus rudes l’hiver dans le Sud que dans le Nord.

© La Libre Belgique 2011