Opinions

J’ai lu avec tellement d’intérêt les deux articles consacrés aux convictions d’André Antibi (université Paul Sabatier, Toulouse) que j’ai suivi votre conseil et suis allé l’écouter ce lundi à Louvain-la-Neuve. Le professeur Antibi est l’avocat d’un système d’évaluation alternatif, basé sur une relation de confiance et dont l’étape essentielle (je vous cite) est de "donner aux élèves une liste écrite de questions corrigées, une semaine avant le contrôle; ces questions ( ) représenteront les 4/5es de l’évaluation. ( ) Ce sont exactement les mêmes énoncés au test parce que même une petite variation est source d’obstacle gigantesque pour l’élève".

Je lis bien : quatre-vingts pour cent (80 %) des points de l’évaluation sont attribués pour des questions "reprises dans la liste", c’est-à-dire "des questions explicitement traitées et corrigées en classe, sur lesquelles a porté une séance de questions-réponses" et les vingt pour cent (20 %) restants sont attribués à des questions hors liste. Avec les mêmes énoncés, sans en changer un iota. On sait pourquoi. Allez relire le paragraphe précédent. Eh oui, c’est bien d’un système comme ça que j’ai pu profiter en humanités dans les années soixante; il était appliqué tant aux branches dites littéraires (je pense au latin, au grec, au français, aux langues modernes, à l’histoire, la géo, et même au cours de religion), qu’aux branches scientifiques : la trigonométrie, l’algèbre, la géométrie, la biologie, la physique et la chimie.

Heureusement qu’il en était ainsi : cela m’a, en effet, permis de "réussir", d’obtenir mon diplôme d’humanités, tout en étant moyennement doué, et par la suite de "continuer mon chemin". Or, qu’en est-il aujourd’hui ? Si vous deviez soumettre ce système d’évaluation alternatif aux "intégristes" qui tyrannisent l’enseignement secondaire avec leurs obsessions sur les soi-disant "compétences" et leur norme de complexité inédite (comme le dénonce depuis des années le pédagogue Marcel Crahay), vous verriez qu’il serait frappé de l’anathème le plus définitif. L’enseignant qui utiliserait un tel système serait considéré au mieux comme "réac", "obligé de revoir sa copie", et mis au ban de la société scolaire jusqu’à sa soumission aux nouveaux dogmes : aujourd’hui, on évalue des compétences et pas des savoirs; aujourd’hui, on confronte l’élève exclusivement à des situations-problèmes "de la même famille" que celles qui ont été abordées en classe.

En bref, jamais - jamais de jamais - une évaluation certificative digne de ce nom ne reprendra des questions explicitement abordées et solutionnées en classe, sans la moindre variation. Quatre-vingts pour cent des questions d’évaluation systématiquement reprises d’une liste de problèmes directement abordés et solutionnés pendant les cours ? Ne me faites pas rire, j’ai les lèvres gercées. Vous en voulez la preuve ? Demandez une interview aux responsables de l’enseignement secondaire, tant du libre que de la communauté. Rencontrez les inspecteurs principaux dans les différentes branches, et soumettez-leur "en toute bonne foi, mais sans en avoir l’air" le système miracle du docteur ANTIBI qui guérit tous les maux : http://mclcm.free.fr. Prenez la précaution d’enregistrer leurs commentaires et ayez alors l’audace de dûment informer vos lecteurs sur les causes fondamentales d’échec et de panique chez les élèves depuis l’apparition des "nouveaux programmes dans le secondaire", aux alentours de l’an 2000, à l’époque où, comme l’avait prédit la ministre de l’Enseignement obligatoire, madame Onkelinx, "tous les élèves allaient devenir bilingues au sortir des humanités" Vous parlez d’un "bug" ! Oui, il a existé, et il fait encore aujourd’hui des victimes.