Opinions
L'opinion d'un mère, qui préfère rester anonyme.

Je suis l’heureuse maman de deux ados ayant réussi leurs sessions d’examens. Ma fille a terminé vaillamment plutôt que brillamment son cursus de base, avant de faire ses premiers pas à l’université.

Cette jeune fille sort d’un établissement public. Les écoles dans lesquelles nos enfants ont grandi, nous les avons choisies pour qu’elles leur conviennent le mieux possible, en fonction de leurs personnalités, de leurs attentes et des valeurs qu’elles véhiculent. Je reste persuadée que l’éducation des enfants vient de la maison, et donc globalement des parents. Et que le rôle de l’Etat, ou de la région, est, à travers le système éducatif, d’aider de jeunes pousses à grandir, dans un terrain propice avec un terreau adapté. En gros, l’école ne doit pas remplacer les parents; chacun son rôle. Mais l’école ne doit pas non plus démoraliser les jeunes, ou à tout le moins leur enlever curiosité et goût d’apprendre. Les faire grandir, ne pas les assoupir. Les pousser au meilleur, ne pas se satisfaire de la médiocrité.

J’ai eu envie de vous écrire ces quelques mots suite à quelques épisodes vécus cette année. Ma grande fille a traversé sa scolarité avec constance dans l’effort et de nombreuses activités en dehors. C’est un peu là que réside son équilibre. Depuis quelques années, son apprentissage des maths est devenu compliqué. Entendez : "c’est un peu la cata", si on n’y remédie pas en dehors de l’école. Et dans le même temps, cette jeune fille a une véritable sympathie pour son prof de maths, un monsieur comme on aime à en rencontrer. Dans mon esprit, quand on aime bien un prof, c’est que ça se passe bien dans sa matière. Et là, pas du tout. Les "je ne comprends rien" sont devenus trop fréquents et les notes étaient à l’avenant. Et donc, contrairement à mon a priori, on peut vraiment bien aimer un de ses profs et ne rien comprendre à sa matière. On a alors besoin de quelqu’un d’autre pour les explications. Et là, la session d’examens entamée, un jeune homme ayant terminé ses études supérieures est arrivé à la rescousse. Résultat : ma fille a eu 80 % en maths à son dernier examen. Ce jeune homme providentiel a 27 ans.

Quand j’allais à l’école, il y a donc fort longtemps, nous apprenions les révolutions industrielles qui avaient changé le monde. Pas partout, ni en même temps, mais pour un mieux même si transitoirement elles avaient été difficiles à subir et avaient laissé des gens sur le côté de l’expansion.

L’école d’aujourd’hui est à peu de chose près la même que la mienne, la vôtre et celle de nos parents. Et surtout les professeurs parlent un langage que je comprends clairement. En d’autres temps, j’ai aussi donné des cours de remédiation en maths. Mais il y a quelques jours, en écoutant ce jeune homme de 27 ans expliquer les maths à ma fille, j’ai eu une sorte de "flash". Son langage et surtout son mode d’explication étaient différents des miens. Attention ! Je comprenais tout, mais je n’aurais jamais expliqué comme lui. En fait, nos enfants nés autour des années 1990 ont vécu uniquement dans un environnement numérique. Leur mode de compréhension est différent du nôtre. Et malheureusement les professeurs ne sont pas formés en ce sens. Ni même informés… Ils ne se rendent pas compte de ce que leurs étudiants ne les comprennent pas.

La révolution numérique est l’élément principal de rupture de la compréhension de nos jeunes. Cette "disruption" n’a pas encore été actée pour les profs en place. Cette révolution a déjà gagné nos enfants (dès la naissance) mais pas encore l’enseignement et les professeurs. En fait, quand on les observe étudier aujourd’hui, ces jeunes mettent en pratique ce que l’on prône en entreprise. Ils réinventent les organisations. Ils créent des groupes de travail et produisent des résumés de cours qu’ils partagent avec plaisir dans un système d’entraide extrêmement positif et productif.

Je nous invite tous à apprendre de mes enfants, de vos enfants, de tous nos enfants qui ont déjà réenchanté leur monde. Enfin ça, c’est un peu mon rêve.