Opinions

Une opinion de Gisèle Verdruye, Professeur de français dans une école secondaire.

Pour jouir de vacances à bas prix, des parents retardent la rentrée scolaire de leurs enfants. Irresponsable !

Lundi 28 août, un reportage du journal télévisé est consacré aux gens qui partent ce jour en vacances. A ceux qui emmènent leurs enfants, le journaliste demande si cela ne va pas poser des problèmes pour leur rentrée scolaire qui aura lieu le vendredi. Aucun des parents interrogés, mais cela peut relever du choix journalistique aussi, ne voit d’inconvénient à cette situation ! Au contraire, tous affirment clairement qu’ils ont fait le choix de partir cette semaine-là parce que le prix des billets d’avion est beaucoup plus intéressant et que, de toute façon, il ne se passe rien à la rentrée ! Pire : ils ont été confortés dans leur choix par les directions des écoles de leurs enfants qui leur ont confirmé que rien d’important ne se passait à la rentrée !

Rien d’important ? Il ne se passe rien d’important le jour de la rentrée ? Mais alors pourquoi faut-il rentrer ? Pourquoi se fatiguer à donner un jour de départ à une aventure d’un an au cours de laquelle les enfants vont découvrir, apprendre, se tromper, avancer, hésiter, râler, ramer, rire, pleurer, grandir, s’émerveiller ? Ce n’est pas important de prendre place dans sa classe, choisir sa place peut-être, rencontrer les autres élèves, les professeurs, déambuler dans les couloirs, prendre la mesure de la cour de récréation, appréhender un lieu que l’on pense peut-être connaître depuis longtemps ou qu’on découvre seulement ? Ce n’est pas important pour prendre un bon départ ?

Et si cet aspect-là des choses passe au-dessus de la tête de ces parents ou de ces directions bien légères sur l’importance du moment, il y a une autre manière de considérer le jour de la rentrée.

Beaucoup de parents font grief à l’école de ne pas assez bien préparer les enfants aux réalités du monde extérieur. Ils reprochent au monde scolaire d’être trop éloigné de la réalité du monde du travail. Pourtant, à bien y regarder, l’école se rapproche beaucoup du monde professionnel adulte et donne l’occasion aux enfants d’en apprendre certaines caractéristiques. Ainsi, l’organisation horaire d’une journée avec ses temps de boulot et ses temps de pause; la nécessité de réaliser des tâches selon les consignes d’un "supérieur"; le respect des "collègues" de travail pour faire tourner l’entreprise. L’école, ça apprend ça aussi ! Et dans ce cadre, il faut voir le jour de la rentrée comme le premier jour d’un nouveau boulot ! A qui viendrait à l’esprit l’idée de dire à son nouveau patron qu’il ne sera pas là le premier jour "parce que de toute façon, on ne fait rien d’important : saluer les collègues, faire connaissance avec son supérieur, prendre possession de son bureau ou repérer la machine à café" ? Qui oserait téléphoner à son nouveau boss en lui expliquant qu’on aura deux jours de retard parce que les billets d’avion étaient moins chers, tout en espérant être absous immédiatement ?

Et pourtant, ces parents innocemment interrogés dans le hall des départs d’un aéroport n’affichaient aucune once de culpabilité. Et pourquoi d’ailleurs puisqu’ils affirmaient que la direction des écoles de leurs enfants leur avait donné le feu vert ! Quel magnifique sens des responsabilités d’ailleurs de la part de ces directions qui auront peut-être le culot de se plaindre du désengagement des parents dans la vie scolaire de leurs enfants !

Alors, quel sens donner à cet estival petit sujet de journal télévisé ? Ce reportage montrait de façon quasiment caricaturale la lente, mais bien réelle, dégradation de l’image de l’école dans l’esprit de certains parents (pas tous heureusement !) Finalement, pour eux, l’école est devenue un grand service de baby-sitting, peut-être un peu plus cher à cause des achats de fournitures, mais somme toute assez pratique ! Et bien souvent, ce sont ces mêmes parents qui vont exiger de rencontrer les professeurs pendant l’année pour leur reprocher leur manque de disponibilité et d’écoute vis-à-vis des difficultés que traversent leurs enfants !

Désagréable sensation d’être considéré comme un simple pourvoyeur de services !