Opinions Les sorties scolaires apportent leurs lots de déceptions. La société semble démunie pour éveiller la curiosité des élèves. 

Une chronique de Cécile Verbeeren, professeur de français en 6e technique de qualification dans une école d'Anderlecht.

Dans le cadre de l’option "Agent d’accueil et de tourisme" en technique de qualification, avec quelques professeurs nous avons organisé un "circuit touristique durable" dans Bruxelles afin d’éveiller les élèves à l’existence de projets alternatifs mis en place le long du canal qui traverse notre belle capitale. Pour ne pas les citer - mais quand même leur donner un petit coup de publicité - nous avons été accueillis par la mini-entreprise Les Champignons de Bruxelles, par le projet d’alimentation durable et d’aide à la réinsertion sociale The Food Hub - Ateliers Groot Eiland ainsi que le projet citoyen de ferme sociable Parckfarm. A peine rentrée, nombreuses sont les réflexions qui se bousculent dans mon esprit et me font réfléchir à l’impact de ces visites. Ces journées hors du quotidien sont, évidemment, jonchées de déceptions. Néanmoins je les espère aussi parsemées de quantité de petites graines qui grandiront à court, moyen ou long terme.

Mon plus grand souhait, quand je suis en présence des élèves, est celui d’éveiller en eux toutes formes de curiosité qui puissent les amener à développer leur réflexion et leur sens critique. Je pense que le meilleur moyen pour y arriver, en tant que professeur, est d’incarner au maximum les valeurs que nous prônons et de les faire expérimenter par les élèves. C’est dans cette optique que, à plusieurs, nous avons lancé le projet de "circuit touristique durable" et, dans un souci de cohérence, nous avons décidé d’utiliser un moyen de mobilité douce : le vélo.

Première déception : l’aspect sportif rebute bon nombre d’élèves. Ils n’ont aucune confiance en eux ou se sentent incapables de parcourir une dizaine de kilomètres le long d’un canal au long d’une journée. Pareille réaction à leur âge me pose question. Quel serait l’intérêt de vivre ce genre de journée à l’école si, en dehors, le mode de vie imposé par la société s’y oppose ?

L’impact est réel, il entraîne une deuxième déception : sur les vingt élèves que comprend la classe, seulement dix étaient présents. Leurs excuses ? Certificat ou rendez-vous médical, présence requise pour un accompagnement familial, manque de motivation ou de confiance, "flemme". Beaucoup d’énergie, peu de retour, difficile parfois de ne pas rejoindre le clan des professeurs qui n’ont plus l’envie de prendre en main ce type d’activité.

Ces deux déceptions m’amènent à une constatation : l’école, dans sa volonté d’accompagner l’élève dans son émancipation, lui propose de vivre de nouvelles expériences et de se confronter à des idées nouvelles. Qui prend le relais quand les élèves quittent l’établissement ? La société dans son état global semble démunie pour éveiller leur curiosité. Le manque de liberté qu’elle installe, à travers les besoins qu’elle impose, les domine et ne leur laisse pas le temps de résister. Les parents, malgré certainement beaucoup de bonne volonté, semblent ne plus parvenir à guider leurs enfants et sont eux-mêmes surpris de voir à quel point ils sont emprisonnés dans les mailles de ce filet géant. Puis il arrive un moment où il est déjà tard car le manque de motivation et de confiance en soi anesthésie toute envie d’entreprendre. En prenant conscience de cette réalité peu enthousiasmante, comment l’école peut-elle continuer à résister ?

Je pense qu’il manque une instance de "plaidoirie" au sein des écoles. Il s’agirait de personnes qui auraient pour mission d’expérimenter et de constater les limites que rencontrent les établissements scolaires et le corps professoral pour ensuite plaider auprès des pouvoirs publics un changement, à l’instar des initiatives citoyennes visitées avec les élèves qui se positionnent en résistantes. Car, en éternels optimistes, la plupart des professeurs continueront de croire en l’impact des activités et messages qu’ils font vivre ou transmettent aux élèves. Peut-être serait-il adéquat, qu’à un moment donné, la société se montre cohérente et prenne le relais de cette transmission ? En attendant, restons gardiens du rêve qui permet d’avancer plus loin, comme Christina qui propose au guide bénévole du projet Parckfarm de construire une piscine citoyenne dans le parc. Et si nous y plongions tous ensemble ?