Opinions

Une opinion de Jeanne Peyroche, 15 ans, citoyenne militante.

"Je suis David Buckel et je viens juste de m’immoler par le feu en tant que protestation. Excusez-moi pour le désordre."

Cette inscription a été retrouvée il y a trois semaines, près du corps de l’écologiste et militant David Buckel. Cet homme engagé s’est suicidé samedi matin 14 avril en s’enflammant tel une torche après s’être aspergé d’essence. Il expliquait que nous réduisons actuellement notre espérance de vie à force de respirer, boire et manger des substances polluées. Son suicide était un "reflet de ce que nous sommes en train de nous infliger" et il avait pour but de "donner une voie à notre maison, la terre".

Cela est très clair : David Buckel voulait que sa mort soit vue comme une alarme. Il voulait que le monde réagisse, que la pollution soit enfin au centre de l’attention. Mais la presse n’en a parlé que très peu. Les gens, encore moins. À part quelques-uns de ses proches, comme des membres de son association ou Marion Cotillard qui lui a affiché son soutient sur Twitter, lui et ses idéaux n’ont pas été soutenus.

David Buckel n'est pourtant pas le premier à se sacrifier pour une cause par le feu. En effet, en 1969, Jan Palach, un étudiant tchèque s'est immolé par le feu sur une place, à Prague, pour générer une grève générale contre ceux qui ont mis fin au printemps de Prague. Deux autres l'ont suivi et, plus tard, une grève importante aura réellement lieu. En 2010, c'était au tour de Mohamed Bouazizi de s'enflammer devant la préfecture de Sidi Bouzid, en Tunisie, excédé de l'absence de travail pour les jeunes. Les protestations de la population et les nombreuses autres morts qui suivirent son suicide ont mené jusqu'au printemps arabe.

Mais alors pourquoi il y a-t-il si peu de réactions quant à David Buckel ? La cause écologique n'est-elle pas une raison digne du sacrifice d’une vie ? Les gens sont motivés pour défendre leurs droits, leur religion, leur liberté. Mais la terre ? Quelle drôle d’idée, dirons-nous. Nous l'observons à de nombreuses reprises : la société actuelle rejette l’écologie très souvent. Se battre contre la déforestation, pour la protection des abeilles ou encore contre le gaspillage à la cantine est souvent mal vu dans la vie de tous les jours. Être écolo est parfois même synonyme"d’enquiquineur", pour être polie, et leurs actions sont qualifiées de "ridicules".

Pourtant, la cause écologique devient très sérieuse. Une dizaine de morts dans un attentat et la nation se soulève. Des millions de morts chaque année causées par la pollution et on s’en soucie à peine. Enfin, quand on est au courant. David Buckel n’est pas mort de façon ridicule, pas si nous le voyons autrement. Comme il le disait, "la pollution ravage notre planète", et ce ne sera que de pire en pire. Nous avons reçu un signal, il n’y a plus qu’à y répondre. Si la société n'entreprend rien, oui, Monsieur Buckel sera oublié avec son acte, ses idées et ses combats. Mais si nous décidons de réagir, de nous battre pour la terre, alors son suicide n’aura pas été vain. Nous pourrons peut-être espérer un avenir qui en vaut la peine. C’était à lui. Maintenant, à nous.