Opinions

Avant d'aborder la question de la nécessité ou non de répondre à un acte posé par un enfant, un adolescent, il paraît important d'être précis quant à la terminologie. Non par goût prononcé pour la sémantique, mais par l'importance donnée au sens.

Au terme de punition, je préfère celui de sanction. La sanction est positive ou négative: des études sont sanctionnées par un diplôme, un acte délictueux peut être sanctionné par une condamnation. Outre cet aspect positif/négatif de la sanction, il est question d'un lien avec l'acte. La sanction se doit d'être en rapport direct avec l'acte et de là, elle donne du sens à l'acte, au comportement non désiré.

Et c'est peut-être là une des clefs de l'éducation: donner du sens, dire ce que sont les interdits (inter-dire, c'est bien sûr «se le dire entre» nous).

Un acte, un comportement non désiré d'un enfant, se doit toujours d'être qualifié, référé à la règle, à la loi, à tout ce qui fonde les relations entre les individus. Si un enfant agresse physiquement un autre enfant, la sanction sera fondée sur la loi qui institue l'interdit de la violence, le respect de l'intégrité de l'autre.

Et quant au contenu de cette sanction? Outre la référence à la règle, la loi, la dimension de réparation est primordiale. Le fait que l'agresseur aide à soigner les blessures de l'agressé est une sanction réparatrice et éducative! Pas forcément difficile à mettre en oeuvre moyennant un temps «d'apaisement» entre l'acte et la réparation.

Si la sanction a du sens, elle sera sans doute plus efficace que la punition renvoyant l'agresseur à sa solitude intérieure où il ruminera la manière dont la fois prochaine il arrivera à ses fins sans «se faire pincer» Il est donc à mon avis plutôt question de sanctionner que de punir.

Il est nécessaire d'instaurer dans cet espace de confrontation entre l'enseignant et l'élève, entre le parent et l'enfant, un troisième terme qui vient «médiatiser» la relation.

«Si je te sanctionne par rapport à cet acte, c'est bien parce que les règles, qui permettent de vivre ensemble, (donner du sens!) interdisent de voler, d'agresser l'autre», en rapport à ce troisième terme qui nous est commun: la vie sociale en quelque sorte...

La sanction se réfère aux règles communes et non au désir du «sanctionneur» dans une dimension de revanche. L'éducation, ce n'est pas la loi du plus fort, la confrontation des pouvoirs: c'est l'apprentissage, l'intégration des règles qui garantissent la vie en société. L'adulte est porteur de la loi, il n'est pas la loi -ce n'est pas la même chose-.

Arrivé à ce point, la question du laisser-faire, de la permissivité se pose différemment. Tout acte, tout comportement, toute parole, qui n'est pas sanctionné (positivement ou négativement) reste vide, voire angoissant pour celui qui le pose.

Je pense à ces actes délinquants posés par des adolescents qui semblent dire: «Dites-moi jusqu'où je peux aller trop loin?». L'absence de réponse génère l'angoisse, la violence. La sanction est réponse quand elle est chargée de sens et en lien direct avec la faute, le comportement non désiré.Se confronter à la loi permet à l'enfant et à l'adolescent de se construire, de grandir en quelque sorte, et la transgression se doit toujours d'être sanctionnée, ne serait-ce que par une parole qui «dit» la loi et recadre d'une manière sociale le comportement.

Enfin, et ce point est aussi important, c'est l'acte qui est sanctionné, car indésirable, plutôt que la personne. Ceci permet de ne pas identifier l'enfant à son acte. Un enfant qui a volé n'est pas un voleur. Centrer la sanction, la réparation, sur l'acte permet de laisser ouvert une relation positive: «Tu n'es pas méchant, mais ce que tu as fait à X est méchant et cela n'est pas acceptable», et c'est bien sûr ce «cela» qui doit être sanctionné.

© La Libre Belgique 2001