Opinions
Une opinion de l'Abbé Philippe Mawet, curé responsable de Stockel-au-Bois.


Sans doute y a-t-il d’autres institutions confrontées au même drame de la pédophilie, mais l’Église figure parmi celles à qui on pardonne peu… peut-être, tout simplement, parce qu’on en attend beaucoup.


Il est difficile de nier que l’Église catholique connaît aujourd’hui une crise que les médias ne cessent de répercuter et qui marque (et blesse) profondément les communautés chrétiennes. Il ne faudrait évidemment pas que toutes ces questions essentiellement éthiques et institutionnelles nous empêchent de voir la beauté de ce qui se vit sur les plans local et universel, et tous les germes et signes d’Espérance qui fleurissent un peu partout. "La chute d’un arbre fait toujours plus de bruit qu’une forêt qui pousse." Il n’en reste pas moins qu’il nous faut revenir à l’essentiel… avec lucidité et beaucoup d’humilité.

La gravité de la crise ne doit pas nous laisser sans réaction mais l’ampleur du désastre ne peut pas, non plus, nous faire tomber dans le piège des généralisations qui ne seraient que des caricatures de la réalité. L’Église n’est pas un but en soi ! Cependant, jusqu’au cœur de la tourmente, elle reste un chemin privilégié pour donner à la vie chrétienne son ossature et ses repères.

Sans doute y a-t-il d’autres institutions confrontées au même drame de la pédophilie et aux dysfonctionnements qui portent atteinte à sa crédibilité mais l’Église figure parmi les institutions à qui on pardonne peu… peut-être tout simplement parce que, sans trop l’avouer, on en attend beaucoup. Il reste que la crise est grave et il serait coupable et lâche de la nier. Comment en sortir ?

Par conviction

D’abord en étant convaincu qu’on peut en sortir. Il règne aujourd’hui une telle suspicion sur ce que fait et dit l’Église (et, plus encore, ses "ministres") que le changement semble n’être qu’une illusion portée seulement par quelques idéalistes. Ce n’est (hélas !) pas la première fois que l’Église est confrontée à des dérives qui ont toujours semblé de grands périls mais l’Histoire nous apprend (maigre consolation ou puissant tremplin de l’Espérance ?) que l’avenir reste possible et beau pour autant que l’on fasse tout pour que les pratiques mortifères appartiennent vraiment à un passé… dépassé.

Par conversion

Il y a aussi une autre raison d’espérer : c’est que l’Église possède un puissant levier de changement… et c’est la conversion. Il en est question en de multiples passages d’Évangile et, s’il est un appel du Christ qui retentit le plus souvent, c’est le "convertissez-vous"… ajoutant aussitôt : "car le Royaume de Dieu est proche". Faudrait-il la méthode Coué pour y croire ? Certes non. Plutôt beaucoup de foi et de courage. Se convertir (ou mieux, se laisser convertir), c’est oser croire qu’une démarche intérieure de grande envergure vécue dans le souffle de l’Esprit peut venir à bout du péché le plus grand et le plus grave.

Ce n’est, certes, jamais gagné d’avance mais c’est souvent le seul tremplin qui permet de sauter l’obstacle sans le nier ni le banaliser.

Par communion

Il y a, enfin, le statut même de l’Église qui est d’abord "communion d’amour et de foi" avant d’être la nécessaire institution qui nous rappelle que le christianisme ne se comprend pas en dehors du Mystère de l’Incarnation… avec les risques et périls que cela comporte. Qu’est-ce à dire que "l’Église est un mystère de communion" sinon que la vie chrétienne ne peut pas se vivre en dehors d’une relation d’alliance avec toute la communauté humaine ? De plus, le projet de l’Église (à la suite du Christ) revêt toujours les couleurs de l’éternité. C’est cela qui donne à l’humain sa richesse et sa noblesse.

Avez-vous remarqué que les crises antérieures ont toujours été à l’origine d’initiatives prophétiques au sein de l’Église ? Je ne doute pas que ce soit le cas aujourd’hui encore (comme d’ailleurs à toutes les époques car, à aucune d’elles, la "crise" ne fut épargnée).

C’est en ce sens que l’on peut parler de "crise de croissance". Oserais-je dire qu’au plan de la foi, la croissance suppose toujours la croix et le sens ? C’est d’abord un grand mystère mais aussi une belle expérience. C’est vrai qu’il y a quelque chose de crucifiant dans les événements douloureux d’une Église qui doit sans doute "revoir" ses positions sur des questions aussi importantes que la sexualité, le pouvoir et l’argent… les trois "tabous" de toute société. Sans rien accommoder mais en veillant à ce que ce qu’il y a de plus humain dans le cœur de l’homme ne soit jamais perçu comme étranger au cœur de Dieu.

Le chemin de la guérison

Pour terminer, permettez-moi d’émettre un souhait qui est d’abord ma conviction que les communautés chrétiennes ne peuvent vivre et grandir que parce que, d’abord, elles guériront. Et le meilleur chemin de guérison sera toujours celui qui suscitera l’engagement d’hommes et de femmes qui, en son sein, oseront suivre le Christ dans une radicalité qui est d’abord une façon d’être passionnés de Dieu et passionnés des hommes. Ils seront, prêtres et consacrés, laïcs et familles, les sentinelles d’une nouvelle façon de faire Église… "pour la gloire de Dieu et le salut du monde".

À ce niveau de foi profonde, l’Espérance n’est pas morte et l’avenir s’écrira et se chantera avec toutes les notes de l’Évangile.