L’essentiel n’est pas de gagner

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Opinions

Le COIB impose des minima excessifs aux sportifs belges pour se qualifier aux Jeux olympiques. Tout le contraire de la philosophie des Jeux instaurée par Pierre de Coubertin qui prônait en son temps "l’importance de participer".

Pour se qualifier aux Jeux olympiques, le Comité international olympique (CIO) établit des minima à atteindre pour les sportifs. L’esprit de cette règle est - tout en garantissant un niveau minimum - de laisser le meilleur sportif dans chaque discipline représenter son pays. Même s’il n’est pas le plus fort au niveau international. Ces règles fixées, les Comités olympiques nationaux sont libres de les adapter pour sélectionner leur délégation.

Aux Etats-Unis, par exemple, un athlète se qualifie s’il termine dans les trois premiers des championnats nationaux et s’il satisfait aux critères internationaux. En Belgique, par contre, le COIB a décidé d’instaurer des minima plus élevés à atteindre. Un athlète qui réalise le minimum A international ne se qualifie donc pas directement aux Jeux olympiques.

L’exemple le plus frappant est le cas de l’athlète Anne Zagré, spécialiste du 100 mètres haies. Elle est en constante progression depuis plusieurs années. Pas plus tard que le week-end dernier, elle a amélioré le record de Belgique de sa discipline à deux reprises avec un temps de référence de 12,92 secondes. Le minimum B pour se qualifier aux Jeux de Londres est de 13,15 secondes. Anne Zagré l’a atteint depuis belle lurette. Le minimum A est de 12,96 secondes. Elle l’a atteint aussi, le week-end dernier. Le minimum imposé par le COIB est de 12,90 secondes. Elle espère l’atteindre d’ici la date butoir du 8 juillet, mais il ne reste plus beaucoup d’occasions pour réussir ce minimum. Sur la ligne d’arrivée lors des championnats de Belgique, on a pu apercevoir un sanglot qui reflétait bien cette envie de réaliser le minimum et ce rêve de participer à une compétition aussi importante que les Jeux olympiques.

En tennis, Olivier Rochus est dans le même cas. L’exigence internationale est de figurer dans les 56 premiers du classement ATP, avec un maximum de quatre athlètes par nation. Olivier Rochus (ATP 68) fait partie du classement "épuré" des 56 premiers (le classement "épuré" qualifie actuellement les joueurs jusqu’à la 71e place, Steve Darcis est 72e et pourrait également revendiquer une place en cas de désistement d’un joueur mieux classé que lui).

Mais nos sportifs belges ne remplissent pas les exigences disproportionnées du COIB qui demande de se classer dans le Top 24, ou dans le Top 56 avec une qualification en huitièmes de finales dans un tournoi du Grand Chelem pour faire partie de la délégation belge aux Jeux de Londres.

Pourquoi le COIB instaure-t-il des critères aussi élevés ? La réponse se trouve dans son fascicule qui détaille les critères qualificatifs pour chacun des sports et est plutôt inquiétante. Je cite : "Le but est non seulement de participer mais surtout de prester aux Jeux olympiques." "La définition des critères de sélection belges part du principe qu’un sportif se qualifie quand il a prouvé qu’il a une chance raisonnable de figurer parmi les huit meilleurs de sa discipline aux Jeux olympiques."

Autant dire que le COIB ne s’inscrit pas dans la lignée de Pierre de Coubertin, qui clamait que "l’essentiel n’est pas de gagner mais de participer". Lueur d’espoir tout de même, le fascicule indique que "le COIB se réserve le droit de déroger, par une décision motivée, aux critères de sélection en fonction des circonstances". A un mois des Jeux Olympiques, il est urgent d’accorder ces "dérogations" aux athlètes belges qui ont réussi le minimum international mais pas le minimum belge, au risque de briser des rêves d’athlètes qui s’entraînent dur pendant des mois et des années sans voir la concrétisation de leur travail.

Jean-François VANWELDE

auteur du livre “Chacun place la barre à sa hauteur” (juin 2012)

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