Opinions

"C’est avec tristesse et colère que je lis dans La Libre Belgique que Selma Benkhelifa, avocate des illégaux afghans, qualifie la politique de son pays de 'cynique, inhumaine et illégale' " . Une opinion du député MR Alain Destexhe.


Cynique et inhumaine ? La Belgique, 2% de la population de l’Union européenne, accueille (loge, nourrit, soigne, aide), selon les années, 7 à 10% des demandeurs d’asile dans l’Union, bien davantage que ses voisins par rapport à sa population. En 2011, nous avons encore reçu, en nombres absolus, plus de demandeurs que des grands pays comme le Royaume-Uni ou l’Espagne.

Illégale ? On ne peut faire une exception à la loi pour les Afghans. Tout d’abord on ne dit pas assez qu’ils sont des déboutés du droit d’asile. Le CGRA, l’organe compétent, au terme d’une procédure sérieuse et indépendante, a jugé qu’ils n’entraient pas dans les conditions de l’asile, c’est-à-dire la menace avec raison d’une persécution dans leur pays d’origine. 473 décisions positives - c’est beaucoup - ont pourtant été prises par le CGRA pour des Afghans en 2013. Le droit d’asile n’est pas un automatisme, même quand on vient d’un pays en guerre. Renoncer à appliquer la loi, dans un contexte aussi médiatisé, reviendrait à solliciter, encourager l’arrivée de milliers voire de dizaines de milliers de demandeurs supplémentaires de partout dans le monde comme ce fut le cas par le passé.


La Belgique, championne de l’accueil

Si nos chiffres d’accueil sont bien supérieurs à ceux de la France, de l’Allemagne ou des Pays-Bas, ce n’est pas sans raison. Avant l’arrivée de Maggie De Block (souvenez-vous de l’inefficace tandem Wathelet-Courard, de l’hébergement dans des hôtels et des astreintes à 500 euros par jour), notre pays avait la réputation d’être plus généreux que d’autres, avec des procédures longues et de multiples recours, une faible probabilité d’être renvoyés dans son pays et, à condition d’attendre quelques années, de grandes chances d’être régularisé.

Selon une étude d’Eurostat de juillet 2012, avec 26.000 dossiers en attente, nous étions, en nombres absolus, le second pays de l’UE27 pour ce critère ! Certes, c’était un peu moins que l’Allemagne (80 millions d’habitants tout de même) mais davantage que la France, l’Italie ou le Royaume-Uni ! Maggie De Block a déjà ramené ce nombre à 11.495, fin 2013. Et pour la première fois depuis 2008, le nombre de demandeurs d’asile baisse. Régulariser ces illégaux aurait comme conséquence la remise en cause de cette politique. C’est d’ailleurs le véritable but des associations qui se mobilisent.

La secrétaire d’Etat a déjà fait une concession en proposant le réexamen de certains dossiers. Contrairement à ce que l’avocate laisse croire, les demandeurs ne sont pas renvoyés dans leur région d’origine (à condition que l’on puisse la prouver) mais à Kaboul ou vivent 3 millions d’habitants, une ville contrôlée par le gouvernement et qui n’est pas en guerre ouverte et où opèrent des centaines d’ONG internationales. La situation militaire de l’Afghanistan est contrastée selon les régions. Ce n’est pas le rôle de la Belgique de réinstaller chez eux les déboutés du droit d’asile.

Ensuite, les méthodes des Afghans déboutés et surtout - ne soyons pas naïfs - celles des associations et activistes belges qui les conseillent et les encadrent sont détestables dans un Etat de droit. On se souvient de l’occupation illégale de lieux publics ou privés, de dégradations aux biens, des images violentes pour forcer la zone neutre, des attaques contre les forces de police, du blocage pendant plusieurs jours de carrefours stratégiques entraînant la paralysie d’une partie de la ville.

Enfin, le point le plus délicat est lié à la situation interne et internationale de l’Afghanistan. Dans le cadre d’une coalition internationale, la Belgique combat aux côtés du gouvernement légal pour lutter contre les Talibans et fournit une aide au développement afin de construire un minimum d’Etat de droit stable. Au cours des dix dernières années, 5,7 millions d’Afghans sont rentrés dans leur pays, un quart de la population. Même si le nombre est en baisse, le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (UNHCR), prévoit encore 50.000 retours en 2014. Envoyer le signal que l’accueil en Belgique et en Europe est possible, même quand on n’est pas dans les conditions légales de l’asile, ne contribue pas à résoudre le conflit afghan. Les Afghans qui arrivent chez nous sont souvent des personnes éduquées qui seraient utiles à leur pays.


Le plus humanitaire n’est pas celui qui le crie le plus fort

Comment pouvons-nous reconstruire l’Afghanistan si nous dérogeons à nos règles de droit, si nous envoyons le message à travers le monde qu’il suffit de manifester ou de marcher pour que le fragile Etat Belge, qui a déjà beaucoup donné, cède ? Le philosophe Marcel Gauchet a dit avec raison que les droits de l’homme ne font pas une politique. Quelle que soit la triste situation personnelle de ces demandeurs que je ne minimise pas, notre pays ne peut traiter leur situation sous le seul angle humanitaire. Parfois, et je suis bien placé pour le savoir en tant qu’ancien Médecin Sans Frontières, le plus humanitaire n’est pas celui qui le crie le plus fort. C’est tellement plus simple de faire croire qu’il suffirait d’accorder quelques permis de séjour pour régler ce problème ! C’est tout un pays, le nôtre, qui s’est déjà montré très généreux, qui en subirait les conséquences. Et ce serait envoyer un signal désastreux ailleurs en Europe, dans les camps de réfugiés d’Iran et du Pakistan et en Afghanistan.

Aussi Maggie De Block, même si des collègues parlementaires et des médias pas vraiment impartiaux dans ce dossier, ne vous épargnent pas, nous vous soutenons.