Opinions

Une opinion de Michel Carlier, ambassadeur honoraire.


Retour sur les grands changements politiques qui ont fait l'année 2017 à travers le monde. L'année qui vient de s'écouler nous laisse un monde qui se trouve dans un état peu encourageant.


Les années se suivent et se ressemblent. 2017 ne fait pas exception et l’état du monde que nous laisse ce millésime n’est guère encourageant. Certes, deux nouveaux dirigeants sont arrivés aux affaires, en Amérique et en France. Mais Trump et Macron - vu leurs énormes différences, à tous points de vue - s’opposent l’un à l’autre. L’un prétend rendre à l’Amérique sa grandeur qu’il estime avoir été perdue et l’autre s’érige en sauveur de la planète menacée par un grave dérèglement climatique.

Donald Trump et Kim Jong-un

En Asie, le dictateur nord-coréen Kim Jong-un persiste dans sa course à l’arme atomique. Avec ses nouvelles fusées intercontinentales, il menace son ennemi mortel, les Etats-Unis. Les échanges d’invectives entre les dirigeants américains et nord-coréens tournent mal. Le 16 décembre, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson lançait, au Conseil de sécurité, une attaque verbale remarquée contre Pyongyang, alors que Trump accusait Moscou de ne pas aider dans ce dossier hypersensible. Ce à quoi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Ryabkov, répliquait en déclarant qu’il est temps d’arrêter cette guerre de menaces et de chantage au lieu de chercher une solution politique. C’est clair. Le risque d’une escalade incontrôlée aux conséquences incalculables est bien présent.

En Chine, le pouvoir absolu de Xi Jin Ping se consolide. Le dernier congrès du PCC, le Parti communiste chinois, en octobre 2017, vient de faire du président réélu pour 5 ans un nouveau Mao, alors que la puissance économique, politique et militaire de l’empire du milieu poursuit son expansion spectaculaire, de manière inexorable. Bien malin serait celui qui pourrait dire comment les autres puissances seraient à même de maîtriser cette expansion d’un peuple qui, un jour, finira par se répandre sur tout un continent, voire sur la planète entière !

Brexit et migration

Pendant ce temps-là, l’Union européenne continue d’additionner ses sommets, sans trouver de solution aux problèmes qui l’oppressent. Deux exceptions existent toutefois : le Brexit qui avance et l’Europe de la défense qui progresse. Au sommet des 14 et 15 décembre 2017, les divergences concernant l’avenir de la zone Euro n’ont pas manqué. Il n’y a pas eu accord sur l’idée de Macron de créer un ministère des Finances de la zone. Ce n’est, sans doute, que partie remise.

Mais, le plus grave, c’est bien l’absence totale de consensus sur la question de la répartition des 160 000 migrants décidée en 2015. La résistance des pays du groupe de Višegrad composé de la Pologne, de la République tchèque, de la Slovaquie et de la Hongrie ne faiblit pas. Résultat ? Ces Etats sont menacés de sanctions financières et d’avoir à se justifier devant la Cour européenne de justice.

Discrètement et sans problème, les dirigeants de l’Union européenne décident de prolonger une fois de plus les sanctions économiques contre la Russie. C’est reparti pour six mois, à partir de fin janvier 2018.

Hors sommet, une affaire plus préoccupante se produit en Autriche. Le 16 décembre, le parti d’extrême-droite, parti de la liberté, FPÖ, a conclu un accord de gouvernement avec le parti conservateur démo-chrétien, ÖVP, dont le chef de 31 ans, Sébastien Kurz, devient chancelier. Il est vrai que le FPÖ avait obtenu 26 % des voix lors des dernières élections législatives du 15 octobre 2017. Comment ne pas tenir compte de ce résultat ? Néanmoins, il est sûr que le virage très à droite qui vient de se produire à Vienne ne sera pas accepté, comme ce fut déjà le cas en 2000, dans les autres capitales de l’UE.

Israël et Palestine

Au Moyen-Orient, le retour à la guerre que se livrent épisodiquement Palestiniens et Israéliens est annoncé. Et ce, suite à la décision du président Trump d’installer son ambassade à Jérusalem.

Pourtant, tout ne va pas mal au Levant. L’Etat islamique a cessé d’exister, en Irak et en Syrie. En Arabie saoudite, les choses bougent. Le wahhabisme ultra-rigoriste n’a plus le vent en poupe. Mais Ryad, empêtrée dans sa guerre au Yémen, sème le trouble dans la péninsule et au Liban, pour cause de rivalité inexpiable avec l’Iran chiite. Le feu couve en cette région. Danger !

Enfin, le dialogue des Occidentaux avec le voisin russe reste bloqué. Est-ce bien utile ? Comme beaucoup, je pense que l’Union européenne ne devrait pas demeurer figée dans un partenariat inégal avec l’hyperpuissance située de l’autre côté de l’océan et dans une confrontation stérile avec la Russie. La reconduction des sanctions décidée, en sommet le 14 décembre, indique que les Européens sont encore loin de prendre le chemin d’une révision de leur politique russe.

Fin janvier 2018, le Premier ministre belge sera reçu par le président russe W. Poutine, au Kremlin. Une excellente occasion d’explorer les voies possibles d’un réel changement. La Belgique, qui négocie actuellement avec Moscou des accords sur la création prochaine, à Zeebrugge, d’un hub gazier pour la commercialisation du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance de la péninsule russe de Yamal, à 600 km au nord du cercle polaire, aurait, je crois, beaucoup à gagner dans une évaluation pragmatique de ses relations avec la Russie.

Mais que peut un pays comme le nôtre face au colosse d’outre-Atlantique et aux réflexes conditionnés acquis depuis tant de décennies ? Pourtant, l’espoir fait vivre et on peut espérer que la réflexion finira par l’emporter sur les réflexes automatiques.