Opinions
Une chronique de Jan De Troyer.


Son imposition, depuis le 1er juillet, aux conducteurs avec un taux d’alcool supérieur à 1,8 gramme, est critiquée. Vu de Flandre


Parmi les nouvelles mesures entrées en vigueur le 1er juillet, "l’Alcolock", l’éthylotest antidémarrage, qui devrait en théorie être imposé aux conducteurs présentant un taux d’alcoolémie dépassant 1,8 gramme par litre de sang, fait l’objet de critiques en Flandre. On peut dire "imposé en théorie", parce que les juges auront la possibilité de déroger à la loi. C’est une concession faite aux magistrats, qui n’ont jamais été partisans de l’éthylotest. En réalité, on pouvait déjà l’imposer depuis 2010. Une fois le dispositif installé, le conducteur doit souffler avant de pouvoir démarrer son véhicule. Mais les juges belges n’ont imposé l’Alcolock que 69 fois, bien que le taux de récidive des conducteurs faisant l’objet d’une telle mesure reste en dessous des 25 %. La vraie nouveauté est que les juges sont désormais obligés d’imposer l’Alcolock aux récidivistes présentant un taux d’alcoolémie de 1,2 gramme dans les deux ans.

Mais selon le juge de police de Termonde Peter D’Hondt, le corps des magistrats garde un scepticisme absolu à l’égard de cette directive. Dans une interview à la VRT, il a déclaré que la mesure est tout simplement inapplicable parce qu’à lui seul, il devrait imposer quelques dizaines de ces Alcolock par mois. Sa collègue de Louvain, la juge de police Kathleen Stinckens, aurait besoin de vingt éthylotests par semaine ! Or, on ne dispose pas d’un tel nombre d’appareils. Et le coût pour l’installation et l’encadrement se monte à quelque 4 000 euros, ce qui rend l’opération encore moins faisable, si on tient compte de l’insolvabilité de pas mal de condamnés. Les effectifs pour appliquer et contrôler n’existent pas. Peter D’Hondt a illustré le manque général de réalisme en rappelant qu’à peine une amende sur cinq, prononcée par les tribunaux de police, est effectivement payée.

M. D’Hondt est une célébrité en Flandre, précisément à cause de son intransigeance absolue à l’égard des chauffards. Il a prononcé plus d’une fois une interdiction de circulation à vie et ses réprimandes dantesques aux irresponsables de la route sont souvent rapportées par la presse flamande. Récemment, il a sévèrement sermonné Jordan Lukaku pour un énième excès de vitesse. Selon le juge de Termonde, la sécurité routière serait beaucoup mieux servie par l’application des dispositions concernant le permis de conduire à points qui fêtera bientôt ses 28 ans sans jamais avoir été mis en pratique. Peter D’Hondt prétend en outre que le nombre d’accidents avec délit de fuite augmentera : les automobilistes auront tout intérêt à gagner du temps afin de faire baisser le degré d’alcoolémie en dessous des 1,8 gramme. Autre fait, encore plus choquant : un conducteur qui se voit imposer l’Alcolock pour sa voiture privée pourra toujours conduire un poids lourd comme camionneur professionnel ! Les accidents impliquant un camion percutant une file de voitures sont fréquents. L’opinion flamande condamne le laxisme dans ce domaine. Serait-ce une autre illustration de la primauté de l’intérêt économique ? Les histoires qui choquent ne manquent pas : une conductrice de poids lourd, âgée de 19 ans, en train de regarder un film sur son portable, percute une voiture, tuant deux personnes. Elle s’en sort avec 1 200 euros d’amende et une suspension de permis de 2 semaines. Contre la veuve, mère de 2 enfants, qui essaie de la contacter, la conductrice porte plainte pour harcèlement. Depuis lors, elle circule à nouveau librement sur nos routes.

Pour éviter les accidents de ce genre, un dispositif bloquant le téléphone portable serait une solution, d’autant que cette technologie est plus facile à réaliser que l’éthylotest. Mais le GSM au volant est un autre exemple du laisser-faire. La rigueur en ce domaine pourrait pourtant nous rassurer, notamment quand, dans notre rétroviseur, nous voyons un de ces mastodontes foncer sur nous.