Opinions
Une opinion de Serge Minet, thérapeute clinicien. 


Lorsqu’on s’attaque au droit d’asile, on remet en cause une valeur essentielle de notre civilisation, celle de la fraternité. La tolérance, vecteur de la citoyenneté, entraîne à l’essentiel pour rejoindre l’altérité.


Chez nous, comme dans toute l’Europe, se vit un drame humanitaire dont l’ampleur interpelle les gouvernants et les citoyens. La plupart des réfugiés viennent d’un monde en guerre, d’Afghanistan, d’Irak, de Syrie ou d’ailleurs. Il s’agit d’une urgence humanitaire, d’une nécessité "devant faire droit", qui ne demande pas une expertise juridique, mais un bon sens humain, une volonté éthique de base, un regard sur l’Autre en souffrance, en errance, et en nécessité d’être protégé de l’horreur ou de la torture du pays d’origine, à n’importe quel prix.

Aucune mesure ne vient plus contenir les choses démesurées. Ce n’est pas l’histoire humaine qui fait naufrage, c’est une séquence de celle-ci qui s’achève; ce n’est pas le "monde" qui tombe sur la tête, c’est "un monde qui fait place au suivant", comme le pense le journaliste Jean-Claude Gillebaud.

C’est peu dire que le sujet déchaîne les passions, oscillant entre peur, xénophobie, impuissance, voire utopie, mais l’utopique ne signifie pas l’irréalisable mais l’irréalisé. Si les demandeurs d’asile arrivent en Belgique, c’est pour aller vers un "nulle part ailleurs".

La rupture de l’indifférence

Ils réveillent une altérité espérée et une audace démontrant, parfois, la capacité de mobilisation des citoyens. C’est cette rupture de l’indifférence, la possibilité de l’un-pour-l’autre qui est l’événement éthique. Si ma commune d’Uccle s’entend être désignée comme la commune des nantis, elle est d’abord un lieu de citoyenneté, donc d’humanité.

La Belgique s’est engagée à protéger les réfugiés sur son territoire lorsqu’elle a signé la Convention de Genève qui en définit le statut. Si des hommes, des femmes et des enfants n’ont pas d’alternative dans le contexte de guerres, de discriminations, de famines, ils ont cependant pour eux, le choix de la lutte, la dernière, celle de revêtir une dignité qu’ils ne soupçonnaient même plus.

La fraternité dans tous ses états

Lorsqu’on s’attaque au droit d’asile, on remet en cause une valeur essentielle de notre civilisation, celle de la fraternité. On ne fraternise pas sans quelque chose à partager, ni ne symbolise sans unir ce qui était étranger.

La fraternité dans tous ses états, c’est aussi le citoyen dans tous ses états, ce n’est pas le même, mais l’Autre. C’est "l’entre nous" de subjectivités qui se font face.

Le prochain n’est jamais tout à fait proche tandis que le citoyen est plus mystérieux et plus étranger qu’on ne le pense. L’Autre est autrui sur qui je n’ai pas de prise, il est à distance de moi. La tolérance, vecteur de la citoyenneté, trouve alors ses limites et entraîne à l’essentiel instaurant une pause dans le mouvement de la pensée pour rejoindre l’altérité dans ce qui nous unit à elle par nos différences.

Oser la transformation

L’Europe devenue inclusive se transforme, c’est une réalité sociologique. Si les hommes sont ennemis de ce qu’ils ignorent, ils peuvent aussi oser la transformation pour rechercher ensemble les vérités qui accomplissent le passage de l’immigration vers la citoyenneté. Qu’as-tu fait de ton frère ?