Opinions

Et si on proposait d’éliminer de notre calendrier, en tant que jour férié, le 25 décembre car ce jour de fête correspond avec la naissance du Christ pour les chrétiens ? Et si on proposait d’éliminer de ce même calendrier, en tant que jour férié, le 15 août car ce jour de fête correspond pour les catholiques avec l’Assomption ? Et pourquoi pas éliminer, de notre calendrier, en tant que jour férié, celui qui correspond avec la fête catholique de la Pâques ? En vertu de quoi le ferait-on ? Au nom du principe de la laïcité, tant acclamé en Europe, il serait cohérent et, dirais-je, urgent de le faire ! A défaut de quoi, on ne peut que relever qu’il existe un sérieux problème de cohérence entre les habitudes festives des citoyens européens et les principes, qui, d’une part, sont proclamés par ceux qui se définissent comme des laïques convaincus et les principes qui, d’autre part, sont désormais affirmés aussi par les juridictions européennes.

C’est précisément la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg qui, dans un arrêt rendu le 3 novembre dernier, faisant droit à la demande d’une mère de famille d’origine finlandaise, habitant en Italie, laquelle s’opposait à la présence du crucifix dans les classes de l’école publique fréquentée par ses enfants, a affirmé comme principe " l’obligation pour l’Etat de s’abstenir d’imposer, même indirectement, des croyances, dans les lieux où les personnes sont dépendants de lui ou encore dans les endroits où elles sont particulièrement vulnérables". La Cour de Strasbourg, après avoir précisé que " le symbole du crucifix a une pluralité de significations parmi lesquelles la signification religieuse est prédominante Le respect des convictions de parents en matière d’éducation doit prendre en compte le respect des convictions des autres parents", a ajouté ensuite que "... La Cour ne voit pas comment l’exposition, dans les salles de classe des écoles publiques, d’un symbole qu’il est raisonnable d’associer au catholicisme (la religion majoritaire en Italie) pourrait servir le pluralisme éducatif qui est essentiel à la préservation d’une "société démocratique" telle que la conçoit la Constitution ".

Les laïques ont acclamé cette décision, les croyants ou les plus pluralistes ont manifesté leur désarroi vis-à-vis d’une société qui ne veut plus croire en rien. Mais au delà des opinions personnelles des uns et des autres, il est clair que des conséquences concrètes doivent être tirées de cette décision qui a été rendue par le "Gardien" des Droits de l’homme en Europe. Stop à Noël, stop à Pâques, stop à toutes ces festivités qui ne sont que le "symbole" de notre tradition judéo-chrétienne. A défaut d’y mettre fin une fois pour toutes, tous ces Etats européens qui "imposent" encore ces "symboles" de leurs croyances anciennes iraient ainsi à l’encontre du principe du "respect des convictions" pluralistes !

Mais les conséquences à tirer de cette décision sont encore plus graves lorsque l’on sait que le drapeau européen avec ses douze étoiles et le fond bleu, est, celui-ci aussi ( !) un symbole marial ! Conçu par le français Arsène Heitz, le dessein du drapeau européen a été adopté à l’unanimité, le 8 décembre 1955 (jour de la fête de l’Immaculée Conception pour les catholiques !) parmi les 101 dessins présentés entre 1950 et 1955. Ce drapeau a été enfin présenté officiellement au public le 13 décembre 1955.

Bien évidemment les sites des institutions européennes ne font pas mention de l’origine du drapeau, et pourtant Encore une fois, c’est le symbole du catholicisme qui nous est imposé ! Que dirait la Cour des droits de l’homme si elle devait être saisie par un citoyen européen, à la recherche de cohérence, d’une procédure contre le drapeau européen qui incarne un symbole tout compte fait catholique ?

Et pourtant la Cour constitutionnelle italienne et le Conseil d’Etat, qui se sont prononcés sur la question du crucifix, avant la décision de la Cour de Strasbourg, avaient débouté la mère finlandaise soucieuse de la liberté d’esprit de ses enfants au motif que le crucifix était "tant à la fois le symbole de l’histoire et de la culture italienne et par conséquent de l’identité italienne".

Quant à la décision de la Cour de Strasbourg, curieusement, la majorité des membres du monde politique italien, sauf les radicaux et l’extrême gauche, ont critiqué l’arrêt. A cet égard, la ministre italienne de l’Education Mariastella Gelmini a affirmé que "la présence du crucifix dans les classes ne signifie pas une adhésion au catholicisme, mais c’est un symbole de notre tradition. L’histoire de l’Italie passe aussi à travers des symboles : en les supprimant on supprime une partie de nous-mêmes ". De même, du côté de l’opposition italienne, Mme Binetti, membre du Partie démocrate, a plaidé pour la "défense de la tradition".

Grâce au crucifix, l’Italie a retrouvé son unité Mais l’Europe, où en est-elle ? Maintenant que les derniers Etats récalcitrants (Pologne et République Tchèque) ont enfin ratifié le Traité de Lisbonne, ce Traité qui a refusé (sauf dans le cas de la Pologne) toute référence à la tradition judéo-chrétienne du vieux Continent, qu’en restera-t-il du "respect de la mémoire", justement celle de la tradition chrétienne ? C’est fini ! Affirment ceux qui font le lien entre le refus à toute référence à la tradition chrétienne qui a été choisi lors de la finalisation du Traité de Lisbonne et la décision rendue par la Cour de Strasbourg sur la présence du crucifix dans les écoles

La récente décision de la Cour de Strasbourg ne constitue-t-elle pas la conséquence inévitable du refus de la tradition judéo-chrétienne et qui entraînera inévitablement l’effacement de la mémoire ? Et pourtant Henri Bergson, le philosophe français qui a vécu à cheval entre deux siècles (1849-1941) affirmait que "toute conscience qui ne conserverait rien de son passé périrait" et que "la conscience est un pont entre le passé et l’avenir" pour en conclure que la mémoire est fondamentale en tant qu’elle assure la continuité de la conscience.

Pour en revenir à la tradition chrétienne bafouée par la Cour des droits de l’homme et le Traité de Lisbonne, il ne serait pas dépourvu d’intérêt de reprendre la citation de Henri Bergson (juste dans un esprit de continuité de notre exposé) qui, dans son ouvrage "Les deux sources de la morale et de la religion" disait : "On trouve des sociétés qui n'ont ni science, ni art, ni philosophie. Mais il n'y a jamais eu de sociétés sans religion.". De grâce, Messieurs nos Gouvernants et Acteurs actuels de l’Europe, ne perdez pas de vue le "respect de la mémoire" et surtout n’effacez pas de notre calendrier la Noël, la Pâques, l’Assomption et les autres fêtes chrétiennes ! Ne touchez non plus au drapeau européen Même si après l’arrêt rendu par la Cour de Strasbourg sanctionnant la présence du crucifix dans les écoles italiennes, tout cela ne soit pas vraiment cohérent.