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Le sommet de Lisbonne, qui vient de se tenir les 20 et 21 novembre derniers, apporte des avancées importantes pour l’Otan, mais y a-t-il un bénéfice réel pour l’Europe à part celui de satisfaire ses deux gardes du corps bodybuildés, les Etats-Unis et la Russie ?

La crise russo-géorgienne n’est plus qu’un lointain souvenir. Les médias se réjouissent de la nouvelle entente entre les deux méga-puissances que sont les Etats-Unis et la Russie. Malheureusement, l’Europe semble fort peu bénéficier de cet engouement autour des trois principales décisions du sommet.

Premièrement, concernant les relations avec l’Afghanistan : les volontés de Barack Obama et Dimitri Medvedev étaient connues avant le sommet et ont été entérinées rapidement. Il ne reste pour les Européens, qui ont engagé leurs troupes à la demande des Etats-Unis par le biais de l’Otan, qu’à suivre l’agenda déjà mis en place par le général Petraeus et son homologue russe.

Deuxièmement, il est convenu qu’un bouclier antimissile soit installé sur notre continent, mais sur lequel nos chefs d’Etats n’auront peu ou prou aucun contrôle. La question du financement et celle du commandement de ce bouclier sont étroitement liées. L’Europe, Etats membres ou Union européenne, n’est pas prête à mettre la main au portefeuille pour ce projet. A peine les Etats concernés par l’implantation sont-ils prêts à recevoir un financement en "contrepartie", comme si cette défense ne les concernait pas. Dans de telles conditions et en cas de besoins majeurs, nous serons difficilement autorisés à réclamer une autorité sur ces missiles. La Russie, elle, aura un droit de regard en échange du dégel de ce projet tandis que les Américains se chargeront des commandes de lancement. L’Europe semble simplement conçue comme un poste avancé de leur territoire militaire.

Troisièmement, le nouveau concept stratégique de l’Otan, qui redéfinit les objectifs de l’alliance pour les dix années à venir, renforce également la dépendance des Européens. Bien sûr, il modernise l’organisation et lui permet d’affronter de nouvelles menaces - ce qui est indispensable aujourd’hui - mais, surtout, il enterre l’idée d’une défense européenne autonome. Les membres européens de l’Alliance ont tranché : c’est à l’organisation transatlantique que reviennent la défense et la sécurité de l’Europe.

Bien entendu, dans un monde globalisé, les pactes de sécurité et d’alliance conclus à nos portes nous sont bénéfiques. Cependant, les changements observés ces dernières années (entre autres le repositionnement de la Russie) n’en restent pas moins soudains dans un monde moderne changeant rapidement, et renier une défense propre n’est peut-être pas le meilleur pari pour l’avenir. Inutile de rappeler que l’Europe a besoin d’être un acteur majeur sur la scène internationale, et plus encore sur son propre sol.

La raison de cette dépendance ne doit pas être cherchée ailleurs que dans notre propre politique. Les Européens semblent les seuls à ne pas vouloir se défendre. Nos ministres des Finances sont priés de couper dans les dépenses et réduisent tous les budgets de la défense, y compris celui alloué à l’Otan.

Le "New York Times" a raison lorsqu’il plaide pour une Europe active et responsable: "Les pays européens devraient coopérer plus activement plutôt que de toujours compter sur les Etats-Unis."

Une solution réside sans doute dans la mise en place de rapprochements bilatéraux et plurilatéraux au sein même de l’Union, comme l’expérimentent la France et la Grande-Bretagne. Mais ces accords ne doivent pas se faire au détriment d’une intégration européenne et d’une défense commune. Quelles que soient les solutions apportées, elles doivent se diriger vers la mise en place d’un triangle Etats-Unis-Europe-Russie plus harmonieux, à capacités égales mais dans des domaines de spécialisation différents. Sinon l’Europe restera cette petite tête pensante avec deux gros bras armés comme voisins.