Opinions

Dans son dernier livre sorti la semaine passée, l’historien et démographe français propose son explication de la crise qui frappe l’Occident.

En cause, ce qu’il appelle "la stagnation éducative".

Chroniqueur pessimiste de notre actualité, il défend l’idée que notre modernité ressemble à une marche vers la servitude.

La bio express d'Emmanuel Todd.

Le 16 mai 1951. Le journaliste Olivier Todd et Anne-Marie Nizan, la fille du philosophe Paul Nizan, donnent naissance à Emmanuel Guillaume Francis Robert, à Saint-Germain-en-Laye.

Juin 1968. Au lycée international de Saint-Germain-en-Laye, le jeune Emmanuel prépare son bac et adhère brièvement au parti communiste. Il poursuit ses études à l’Institut d’études politiques de Paris et à la Sorbonne où il décroche une maîtrise d’histoire avant de s’immerger dans le courant naissant de l’anthropologie historique.

1976. Dans son premier livre, "La chute finale", Emmanuel Todd prédit "la décomposition de la sphère soviétique".

Ses combats. Il dit "non" au Traité de Maastricht en 1992, "oui" à la constitution européenne en 2005, soutient François Hollande en 2012 dont il dressera néanmoins un bilan négatif en fin de mandat et, à la même époque, dénonce "un complot des élites". En mai 2015, dans un essai à rebrousse-poil, "Qui est Charlie ?" (Seuil), il instruit le procès d’une France qui maltraite sa jeunesse, rejette à la périphérie de ses villes les enfants d’immigrés, relègue au fond de ses départements les classes populaires, diabolise l’islam et, ce faisant, nourrit un antisémitisme de plus en plus inquiétant.

Trump, Brexit, Macron. Vous analysez les bouleversements au sein des démocraties moins comme les résultats d’une fracture sociale que d’une fracture éducative. C’est-à-dire ?

Nous vivons une phase décisive : l’émergence pleine et entière d’une nouvelle confrontation fondée sur les différences d’éducation. Jusqu’ici, la vieille démocratie reposait sur un système social fondé sur l’alphabétisation de masse mais très peu de gens avaient fait des études supérieures. Cela impliquait que les gens d’en haut s’adressaient aux gens simples pour exister socialement (même les dominants et même la droite). On a cru que la propagation de l’éducation supérieure était un pas en avant dans l’émancipation. Mais on n’a pas vu venir le fait que tout le monde n’allait pas faire des études supérieures : selon les pays, entre 25 % et 50 % des jeunes générations font des études supérieures et, dans la plupart d’entre eux, leur nombre commence à stagner. Les sociétés ont ainsi adopté une structure éducative stratifiée. "En haut", une élite de masse (en gros, un tiers de la population) qui s’est repliée sur elle-même. Symétriquement, les gens restés calés au niveau de l’instruction primaire se sont aussi repliés. Ce processus de fragmentation sociale s’est généralisé au point de faire émerger un affrontement entre élites et peuple.

La lutte des classes sociales est remplacée par la lutte entre les classes éducatives ?

Oui, même si revenus et éducation sont fortement corrélés.