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Du 27 au 29 septembre dernier, les plus hautes instances mondiales étaient à Moscou pour participer à la première conférence internationale sur l’éducation et la protection de la petite enfance. L’objectif : placer l’enseignement maternel et la prise en charge des jeunes enfants à l’agenda international. Rappelons à ce propos que depuis 1989, la Convention internationale relative aux droits de l’enfant reconnaît aux mineurs le droit fondamental à un enseignement de qualité. En Belgique, chacun s’accorde à reconnaître que celui-ci repose sur des fondations saines, posées dès le plus jeune âge. En revanche, dans les pays en développement, le préscolaire est souvent considéré comme un luxe : seul un enfant sur trois y a la chance de suivre l’enseignement maternel. Les bailleurs de fonds internationaux donnent en effet la priorité aux enseignements primaire, secondaire et supérieur. Or ces efforts ne seront pas rentabilisés si des investissements ne sont pas réalisés dans le préscolaire. Plan Belgique exhorte donc les autorités belges à investir dans ce secteur en tenant compte des conclusions formulées lors de cette conférence.

En Communauté française, l’obligation scolaire ne commence qu’à six ans. Pourtant, les enfants sont presque tous inscrits à l’école maternelle dès l’âge de trois ans. Il y a donc sans conteste un consensus social sur l’importance de cette première étape de la scolarité. A raison ! Les premières années de vie sont cruciales pour le développement physique, neurologique, cognitif et socio-affectif. Encadrés et stimulés, les enfants qui fréquentent l’école maternelle s’épanouissent davantage. Il est aussi plus rare qu’ils doublent ou abandonnent les cours en primaire. Plusieurs études scientifiques démontrent que les enfants les plus vulnérables ont le plus à y gagner. L’enseignement maternel est donc le meilleur moyen d’offrir des chances équitables à tous les enfants.

Tout le monde s’accorde à reconnaître l’importance du maternel, sauf quand il s’agit des pays en développement. Notamment sous la pression des Objectifs du millénaire pour le développement (dont le bilan peu glorieux, à cinq ans de l’échéance 2015, vient d’être dressé lors du récent sommet de New York), les Etats du Sud et nombre de bailleurs de fonds internationaux se concentrent sur l’enseignement primaire. Les autorités belges soutiennent largement le secondaire technique et supérieur dans les pays du Sud mais n’allouent pratiquement aucun moyen à l’enseignement maternel, qui doit se contenter de 0,18 % (1/500e) du budget "enseignement" de la coopération au développement.

Raison invoquée pour ce sous-financement : "Il faut définir des priorités." Le maternel passe alors pour un luxe, un maillon dont il ne faut se soucier que quand le reste du système éducatif fonctionne bien. Est-il cependant utile d’investir dans le primaire et le secondaire si les fondements éducatifs essentiels font défaut ? Les enfants défavorisés des pays en développement n’ont-ils pas, eux aussi, intérêt à entamer leur scolarité sur des bases équitables ?

C’est pour nous une évidence : l’enseignement maternel devrait faire partie intégrante d’un système éducatif de qualité permettant aux enfants d’ici et d’ailleurs de s’épanouir dès le plus jeune âge. Les investissements dans le primaire et le secondaire seront bien plus rentables si les tout-petits ont également la chance d’être scolarisés. D’autant que l’enseignement primaire laisse souvent à désirer : classes surpeuplées, enseignants mal formés, méthodes d’enseignement obsolètes, soutien scolaire inadapté L’enseignement maternel peut préparer les enfants à tirer le meilleur de leur scolarité, même dans des circonstances difficiles. Dans les pays en développement, où le fossé entre riches et pauvres est bien plus profond qu’ailleurs et où les enfants issus de minorités ethniques commencent souvent leurs études primaires avec un retard linguistique, les groupes défavorisés doivent donc bénéficier de chances équitables le plus tôt possible.

L’importance de l’enseignement maternel est loin d’être purement théorique. Dans le Sud comme ici, les parents veulent le meilleur pour leurs enfants et sont fiers de leurs progrès. Le principal problème est généralement l’absence de moyens pour construire des écoles maternelles, former du personnel compétent et fournir du matériel scolaire. L’augmentation des investissements destinés à l’enseignement maternel ne peut bien entendu se faire au détriment du primaire et du secondaire. Cependant, négliger l’enseignement maternel est aussi un mauvais choix, qui hypothèque un potentiel de développement considérable et compromet le résultat de tous les autres investissements alloués à l’enseignement dans les pays en développement.

Dans six pays partenaires de la Belgique, moins de 10 % des enfants suivent l’enseignement maternel. Pour trois des pays partenaires, les chiffres ne sont même pas disponibles. Il s’agit toujours de pays d’Afrique subsaharienne. En comparaison : dans le monde entier, 41 % des enfants vont à l’école maternelle. En Belgique, ce pourcentage atteint presque 100 %. Le pays peut et doit donc aider ses pays partenaires, notamment en intégrant l’enseignement maternel dans sa politique de coopération au développement. N’attendons plus pour agir.

Plan Belgique est une ONG indépendante, membre de la coalition internationale Plan, qui a pour objectif l’amélioration à long terme des conditions de vie des enfants dans les pays en développement. Depuis mai 2010, Plan Belgique mène campagne pour valoriser l’enseignement maternel dans la coopération au développement.