L’ingérence sournoise du FMI au Congo

Renaud Vivien, Yvonne Ngoyi, Victor Nzuzi, Dani Ndombele, José Mukadi et Luc Mukendi, membres du rés Publié le - Mis à jour le

Opinions

Le FMI a remporté une nouvelle victoire au terme de sa dernière mission en République démocratique du Congo (RDC) en obtenant la révision du fameux contrat chinois conclu en 2007. La suppression dans ce contrat de la garantie de l’Etat congolais ramène ainsi le prêt controversé de la Chine de 9 à 6 milliards de dollars. Cette convention qualifiée à tort de "contrat du siècle" prévoyait au départ 6 milliards d’investissements dans le développement d’infrastructures (construction de routes, chemins de fer, hôpitaux, universités, logements sociaux) et 3 milliards de dollars pour le secteur minier.

Le FMI a donc gagné le bras de fer contre la Chine mais surtout gardé la mainmise sur la politique économique de la RDC. Cette nouvelle ingérence du FMI dans les affaires internes de la RDC démontre une fois de plus toute l’hypocrisie des puissances occidentales qui utilisent les institutions financières internationales (IFI) pour piller les ressources naturelles appartenant aux Congolais. En effet, au moment des négociations pour la révision du contrat chinois, la Banque mondiale, épaulée par l’ambassadrice du Canada et Hillary Clinton lors de leur passage à Kinshasa, faisait pression sur le gouvernement congolais pour qu’il revienne sur sa décision de résilier le "partenariat" KMT (Kingamyambo Musonoi Tailings) conclu illégalement entre l’entreprise canadienne First Quantum, l’Etat congolais, l’entreprise publique congolaise Gécamines, la sud-africaine Industrial Development Corporation et la SFI (Société financière internationale) qui n’est autre que la filiale de la Banque mondiale chargée d’appuyer le secteur privé

Force est donc de constater que les contrats léonins ne posent plus de problème aux IFI lorsque les intérêts des puissances occidentales sont en jeu ! Ces deux faits concomitants en RDC montrent bien que la Banque mondiale et le FMI sont les instruments dont se servent les pays du Nord à des fins géostratégiques et économiques.

Il ne fait aucun doute que le contrat chinois, pièce essentielle pour la réalisation des cinq chantiers du président Kabila, n’est pas un contrat "gagnant-gagnant" comme le prétend la Chine, mais plutôt une nouvelle offensive du géant asiatique pour accaparer les ressources minières du continent noir. Avec ce contrat, la Chine a accès à 10 millions de tonnes de cuivre, 620000 tonnes de cobalt et 300 tonnes d’or tandis que les Congolais devront rembourser la dette générée par ce contrat de prêt. Officiellement, c’est ce risque de surendettement qui a poussé le FMI à intervenir dans cette convention bilatérale. En brandissant l’étendard de la "bonne gouvernance" et en pratiquant un chantage inacceptable, le FMI est finalement parvenu à ses fins, maintenant ainsi sa tutelle sur la RDC.

Le chantage était double : sans révision du contrat, la RDC aurait pu faire une croix sur un nouvel accord triennal avec le FMI au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) ainsi que sur le point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) censé alléger sa dette extérieure qui atteint aujourd’hui 12,3 milliards de dollars. C’est à peu de choses près la même somme qui était déjà réclamée à la RDC à la mort de Laurent Désiré Kabila en 2001, juste avant que la Banque mondiale et le FMI se présentent sous la forme de chevaliers blancs pour organiser une grande opération d’allégement de dettes que le CADTM avait dénoncée comme une forfaiture.

Notons que les services du FMI doivent avant encore confirmer "que l’accord ainsi amendé est conforme à la viabilité de la dette" avant d’approuver le nouveau programme triennal (2009-2011) et que la RDC est l’otage de ce point d’achèvement depuis 2003 puisque ce dernier a déjà été reporté à trois reprises sur décision du FMI ! Or, cette dette que l’Etat congolais continue de rembourser malgré la crise économique mondiale est l’archétype d’une dette "odieuse", puisqu’une très large partie a été contractée par le dictateur Mobutu avec la complicité des créanciers occidentaux, notamment du FMI et de la Banque mondiale.

Cette dette n’a aucune valeur légale et devrait être déclarée nulle par le gouvernement congolais. Pour fonder la nullité de cette dette et son non-remboursement, les pouvoirs publics devraient, comme l’exige la Déclaration du huitième Sommet des peuples de la SADC réuni à Kinshasa du 5 au 6 septembre 2009, procéder immédiatement à l’audit de cette dette afin d’en révéler la part illégitime : celle qui n’a pas profité à la population. Chaque année, le service de la dette engloutit environ 500 millions de dollars, soit presque trois fois l’aide d’urgence accordée par le FMI en mars dernier.

La RDC n’est pas un cas isolé. Dans l’ensemble des pays en développement, le remboursement des dettes illégitimes assorti des conditions dictées par les bailleurs de fonds internationaux constitue un obstacle à la satisfaction des besoins humains fondamentaux ainsi qu’une violation manifeste du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et notamment de leurs ressources naturelles. Dès lors, l’émancipation des populations du Sud passera nécessairement par l’annulation inconditionnelle de la dette du tiers-monde et la rupture nette des accords avec les IFI. En effet, les pays en développement n’ont rien à attendre de ces deux institutions incapables de s’affranchir du credo néolibéral connu sous le nom de Consensus de Washington, responsable de la paupérisation de milliards d’individus depuis la crise de la dette de 1982.

Rappelons également que ces institutions se sont rendues complices de graves violations de droit humain en soutenant financièrement des dictatures comme celles de Mobutu ou en finançant l’apartheid en Afrique du Sud. La Banque mondiale et le FMI doivent donc impérativement rendre des comptes devant la justice et être remplacées par de nouvelles organisations internationales démocratiques et respectueuses des droits humains fondamentaux.

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