L’obésité, un crime écologique ? Relisez le chat

Jean-Paul ALLONSIUS face à Brieuc VAN DAMME Publié le - Mis à jour le

Opinions

Les obèses sont accusés de consommer davantage d'énergie. Faut-il, comme solution, qu’ils arrêtent de respirer ?

Selon une "étude" britannique, l’obésité aurait donc un prix écologique. Cette "étude", sous couvert de "croix de bois, croix de fer on ne montre pas du doigt les obèses" stigmatise de manière incontestable les personnes atteintes de la maladie que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Parlement européen nomment "obésité".

Aujourd’hui, plus de 44% de la population belge est en surpoids et 1es obèses représentent environ 30% de ces 4 millions quatre cent mille belges. En Europe les chiffres moyens sont similaires. Quatre cent mille nouveaux cas par an et vingt et un millions d’enfants sont déjà atteints. C’est un défi sociétal et humain important qui touche les riches des pays pauvres et les pauvres dans les pays riches.

On nous dit que nous sommes générateurs de gaz à effet de serre. Ni plus ni moins que d’autres sans doute. Cet argument - même justifié - pourrait être collé à tellement de groupes humains qu’il en devient grotesque.

Les causes que l’on nous présente pour justifier cette allégation ?

Nous consommons plus de denrées alimentaires que les industries doivent fabriquer

Nous utilisons plus nos voitures et elles consomment plus à cause du poids qu’elles trimballent et il en va de même pour les avions (même si leurs réacteurs disposent de poussée de plusieurs tonnes chacun, c’est à cause des obèses qu’ils consomment plus). Et dire qu’il n’y a ici aucune volonté de montrer les personnes obèses du doigt!

Si nous devons nous intéresser à l’écologie durable de la planète, je pense qu’il serait sans doute plus intéressant de s’intéresser à d’autres critères que de rejeter ainsi l’opprobre sur un groupe humain représentant environ un humain sur deux en Europe.

Sans doute l’offre alimentaire pourrait être plus respectueuse de critères tels que, par exemple, la quantité de sel, sucre, graisses et graisses saturées qu’elle contient.

Sans doute la vie pourrait être moins stressante et moins angoissante pour des millions d’individus qui sont tellement mis sous pression qu’il faut un réel courage le soir pour encore aller se promener alors que bien souvent nous nous endormons fourbus devant la télé.

Sans doute devrions-nous replacer l’humain au centre des débats afin que la société puisse lui offrir la vie de qualité qu’il mérite.

Les effets pervers de la société de consommation sont aujourd’hui criants et il est sans doute plus confortable de ne pas les remettre en cause. Mieux vaut sans doute parler d’effet de serre.

Les effets pervers de la société des loisirs font qu’aujourd’hui bon nombre d’entre nous ne peuvent même plus se payer des divertissements de base ou s’endettent pour, malgré tout, maintenir le mirage en vie.

Nous nous battons pour que l’obésité soit enfin reconnue comme maladie chronique en Belgique et qu’en se faisant, des millions de Belges puissent enfin se tourner vers un traitement adapté à leur affection. Non, cette maladie ne se guérit pas ! Par contre, elle se gère assez bien quand on se met à corriger son mode de vie, quand on se pose les bonnes questions et que l’on bénéficie d’une aide médicale adéquate et adaptée. Ce sont les médecins qui disposent des outils qui nous permettront de modifier durablement notre maladie et nous redonner une qualité de vie satisfaisante. Même si le traitement de l’obésité (l’approche pluridisciplinaire) n’est pas sexy, il a le mérite de fonctionner dès qu’on le met en place et que l’on s’y tient. L’espoir existe donc vraiment de combattre pour gérer.

Nous défendons le concept de "santé durable".

Il est en effet plus que temps de mettre en place une politique de santé plus réfléchie et respectueuse des personnes qui souffrent de surpoids.

J’en appelle à notre ministre de la Santé Madame Onkelinx pour qu’elle permette aux personnes en surpoids de se traiter pour un coût acceptable et du même coup réduire significativement les dépenses de santé. Pour cela il faut - outre du courage politique - une vision à long terme de la santé et viser la durabilité et l’accessibilité du traitement.

Si déjà 7% des dépenses de l’INAMI sont à imputer aux comorbidités de l’obésité (hypertension artérielle, diabète de type II, apnées du sommeil, maladies cardiovasculaires, maladies ostéo-articulaire, et certains cancers), il conviendrait de nous intéresser aux causes de ces comorbidités.

Savez-vous que :

Une perte de 10% du poids diminue les risques de 20% de mortalité, 30% de devenir diabétique, 40% les risques de cancer. Que cette perte de 10% diminue aussi la pression artérielle, augmente le bon cholestérol et diminue le mauvais. Qu’en cas de diabète, l’équilibre glycémique est amélioré et la résistance à l’insuline diminue.

Il nous faut élever le débat qui - à mon sens - ne peut indéfiniment rester opacifié par des intérêts particuliers ou des actions partisanes. Tout le monde peut et doit aider à son niveau. Nous lançons un appel pour enfin agir en faveur des hommes, femmes et enfants de ce pays. Facilitons l’accès à l’information médicale et au traitement.

Tous ensemble pour que nous, notre voisine, les enfants de la famille, notre collègue, puissent accéder à une vie de qualité et ce durablement.

Brieuc VAN DAMME, chercheur à l'Itinera Institute

Copenhague s’est terminé en queue de poisson : un accord non contraignant, à peine chiffré. Pourtant les scientifiques disent qu’il faut éviter à tout prix que notre planète se réchauffe de plus de 2 degrés au-dessus du niveau préindustriel. Pour éviter cela, l’Europe propose de diminuer ses émissions de CO2 de 20 % d’ici à 2020, et même de 30 % si toutes les autres grandes puissances s’engagent à jouer le jeu. Pas pour l’instant donc.

Ceci ne signifie pas que les leaders mondiaux ne veulent ou ne peuvent rien faire pour le climat. En misant sur les technologies vertes, par exemple, les hommes politiques espèrent faire d’une pierre deux coups : obtenir un avantage compétitif dans des nouveaux marchés porteurs tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. De plus, miser sur les énergies renouvelables est encore et toujours le grand favori du public. Qui connaît un homme politique qui n’est pas sensible à ça ? Taxer les émissions de CO2 et utiliser des systèmes d’échange gagnent en popularité, mais sans accord contraignant au niveau mondial, il y a peu de chances que l’Europe se tire des balles dans le pied sur le plan économique.

C’est dommage, mais le flop de Copenhague ne doit pas servir de prétexte pour que nous, citoyens engagés, nous ne nous mobilisions pas. C’est pourquoi après cette période de quantités indécentes de foie gras, de côtes à l’os et de bûches de Noël, nous proposons de commencer un régime collectif.

Des chercheurs de l’Université de Londres ont estimé, dans une étude récente, la quantité supplémentaire de CO2 émise par une société obèse. Ils utilisent à cet effet deux groupes pas si hypothétiques que ça dans leur modèle. Le premier a les caractéristiques physiques du Royaume-Uni des années 70 (un Indice de Masse Corporelle (IMC) moyen de 24,5; 3,5 % d’obèses) et le deuxième celui du Royaume-Uni presque 40 ans plus tard (un IMC de 29; 40 % d’obèses). Les chercheurs intègrent dans leur modèle d’autres hypothèses comme la structure de la population, nos activités physiques moyennes, notre dépense en énergie corporelle moyenne, l’émission moyenne de nos voitures, le nombre moyen de kilomètres parcourus en avion, etc. Ça fait beaucoup de moyennes, c’est vrai, mais en moyenne, les hypothèses semblent être justes, et systématiquement basées sur des études scientifiques.

La deuxième étape de l’étude consiste à comparer les émissions de CO2 de la société obèse avec celles de la société en bonne santé. Les deux sociétés, pas si hypothétiques que ça, sont parfaitement égales, en dehors de leurs caractéristiques physiques bien sûr. En d’autres termes, les chercheurs ne tiennent compte que des émissions supplémentaires de CO2 liées directement à l’obésité.

Ainsi, l’obésité influence les émissions de gaz à effet de serre de trois manières différentes : 1) par une consommation (et donc une production) plus élevée de produits alimentaires (+19%); 2) par une utilisation plus fréquente et intensive en énergie de la voiture (plus une personne est lourde, plus il faut de carburant pour la déplacer) (+13%); et 3) par une utilisation plus intensive en énergie des avions (+19%). Au total, une société obèse comme celle du Royaume-Uni d’ici 5 ans émettra environ 17 % de plus que cette même société 40 ans auparavant, les émissions supplémentaires étant uniquement dues à des changements physiques de la population.

On pourrait longuement discuter des hypothèses sous-jacentes, mais le fait que l’obésité ait un effet néfaste sur l’environnement peut difficilement être remis en question.

Le but n’est bien sûr pas de montrer du doigt les personnes obèses. Nous cherchons simplement à montrer qu’en plus des dommages directement liés à la santé des individus obèses (une espérance de vie réduite de 13 ans) et des coûts supportés par la société (600 millions d’euros sur base annuelle pour l’INAMI), l’obésité a également un prix écologique. Ça serait bien de s’en rendre compte, et d’agir en conséquence. Peut-être même que vous penserez à cet article très prochainement quand vous ferez la queue pour la deuxième fois à la table des desserts.

Jean-Paul ALLONSIUS face à Brieuc VAN DAMME

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