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Une démarche collective des parents bien plus que symbolique. Une fois encore, la communautarisation d'un dossier montre ses limites. Il n'y a plus de tabous.

Pour une mobilisation, cela en est une et on a envie de la qualifier d'historique (`La Libre´ de mardi). Il y a longtemps, très longtemps, trop longtemps, que l'on n'avait plus vu le monde de l'enseignement dépasser les frontières linguistiques et communautaires. Bien sûr, il y avait eu quelques signaux et frémissements, dans le monde syndical à propos du refinancement, dans... la dictée du Balfroid où les parents catholiques flamands du VCOV avaient spontanément offert des séjours linguistiques, dans notre série du mois de janvier sur l'apprentissage des langues, très significative et très mobilisatrice.

Faut-il que le malaise - et les besoins - soient grands pour qu'on assiste à la naissance spectaculaire d'une `plate-forme belge des fédérations de parents´. `Belge´ ? Oui, vous avez bien lu: quatre associations de parents, les francophones de l'Ufapec (libre) et de la Fapeo (officiel de la Communauté et des communes) et les néerlandophones du VCOV (libre) et du communal flamand (seul le petit enseignement de la Communauté nordiste manque à l'appel) dressent le même constat (`La qualité de l'enseignement est en danger´) et en appellent aux mêmes solutions, dans le nouveau climat électoral (`Elisez des politiques qui auront le courage d'effectuer les transferts budgétaires nécessaires afin d'assurer durablement un enseignement gratuit et de qualité´). La `plate-forme´ va même plus loin, puisqu'elle invite tous les candidats au scrutin (dont certains risquent de perdre leur fond de commerce) à se déterminer vis-à-vis des revendications émises, dont le volet le plus marquant est la demande collective et conjointe d'un renversement des priorités budgétaires et des transferts: `Restreignez certaines politiques (...) afin de rattraper les retards de l'éducation´. Comment? En agissant contre la pénurie d'enseignants, en revalorisant et revalidant la qualification - et la motivation! - de ceux-ci, en prenant des mesures ad hoc de remédiation contre l'échec scolaire, en allégeant les classes surpeuplées, en ne négligeant pas le phénomène de la violence, en rénovant et construisant enfin des bâtiments trop souvent à la limite de l'insalubrité.

Passionnant, non, à quatre mois des élections fédérales, et alors que trop, beaucoup trop, de responsables politiques bloquent - après quelques premiers pas utiles, reconnaissons leur - une véritable recapitalisation de l'enseignement... sous le prétexte que ce refinancement complet est un brûlot communautaire? Vraiment? On avait déjà entendu les syndicats chrétiens du Nord et du Sud dire le contraire, voici maintenant que, massivement, les associations de parents brisent les tabous idéologiques et linguistiques et font tout simplement constater que les difficultés budgétaires qui obèrent la qualité et le vécu de l'enseignement ont les mêmes origines et les mêmes solutions quelle que soit la langue que l'on parle et enseigne. Avec les mêmes budgets? C'est évidemment LE problème: les moyens existent sans doute, mais dans des budgets fédéraux. Expérience (négative) d'un abus de communautarisation faite, va-t-on refédéraliser partiellement l'enseignement?

© La Libre Belgique 2003