Opinions

Une opinion d'Etienne Dujardin, juriste.

À la suite des attentats de Paris qui ont douloureusement mis le doigt sur certaines carences de la cohésion sociale, certains partis ont appelé à un débat sur les valeurs et ont proposé de renforcer le principe de laïcité ou de neutralité de l’Etat. Certains vont même jusqu’à demander d’inscrire le principe de la laïcité dans la constitution. Si cette question peut être intéressante sur le plan intellectuel et pour le débat d’idées, elle ne répond absolument pas au but recherché qui est de créer l’espace nécessaire pour une société plus harmonieuse.

Soyons clair, inscrire le principe de la laïcité ne présente pas la moindre utilité pour lutter contre le communautarisme. Comme l’a souligné, dans ce journal, l’un des esprits les plus libres et perspicaces de notre temps, à savoir Hervé Hasquin : « Le principe de laïcité n'est pas nécessaire pour la bonne conduite de notre pays ». Nous n’avons pas besoin de plus de neutralité pour refuser des horaires de piscine différents pour les garçons et les filles, pour refuser qu’un patient rejette les soins prodigués par du personnel médical féminin aux urgences, ou pour condamner le fait qu’un élève refuse d’obéir à son enseignante sous prétexte que c'est une femme. Ce dont nous avons besoin c’est tout simplement de la fermeté dans la défense de nos principes et de nos lois déjà existantes.

Nous pouvons et aurions déjà dû faire respecter nos valeurs sans devoir faire intervenir les principes de la laïcité. Nous avons été bien trop loin dans la tolérance face aux mosquées qui prônaient la haine ou le passage à des actes violents. Encore une fois, le droit commun lui-même permet déjà de réprimer ces comportements inacceptables. Reprenons l’analyse de François Fillon : « On ne modifie pas la Constitution pour des questions de contexte. Ce débat politicien va prendre du temps et, pendant ce temps, on ne fait pas le travail nécessaire pour améliorer la sécurité, la lutte contre le terrorisme… » Le même constat peut-être établi en Belgique.

Les partisans de la laïcité veulent apparaître comme ceux traitant les problèmes posés par l’échec de l’intégration d’une partie de la population immigrée. Malheureusement, si la réponse à cet échec était l’inscription de la laïcité dans la Constitution, cela serait trop beau et trop facile. Le vrai débat à mettre sur la table n’est pas celui de la neutralité de l’Etat, mais celui des droits et des devoirs de chacun.

L’urgence pour arriver à une société apaisée n’est pas la laïcité de l’Etat, mais l’implémentation d’un vrai parcours d’intégration obligatoire pour tous les immigrés au cours duquel on leur enseignerait notre langue, notre histoire, notre culture, nos valeurs.

L’urgence pour arriver à une société apaisée n’est pas la laïcité de l’Etat, mais une politique de sécurité ferme. On voit où nous a menés le laxisme pratiqué depuis 20 ans à Molenbeek, à Verviers, ou dans d’autres communes. Les pseudo-promoteurs de la tolérance ont créé des quartiers où l'intolérance et le terrorisme ont pu germer. Les soi-disant théoriciens du vivre-ensemble sont loin d'être venus en aide aux personnes les plus vulnérables et précarisées qui n’ont pas toujours le choix du quartier dans lequel elles vivent. Ces personnes sont les premières victimes de ce manque de sécurité.

L’urgence pour arriver à une société apaisée n’est pas la laïcité de l’Etat, mais un enseignement de qualité pour tous. On nous a fait croire que l'autorité était mauvaise, que la mémoire brimait la créativité, que chaque enfant devait avancer à son rythme. Nous avons méprisé des circuits qualifiants comme les circuits techniques ou professionnels. Les pensées sont en train d'évoluer, mais que de temps perdu et de générations désœuvrées et livrées à elles-mêmes !

Face à tous ces enjeux - et il y en a bien d’autres -, vouloir inscrire la laïcité dans la constitution est une discussion d’intellectuels de salons. C’est évidemment plus facile à mener comme débat qu’une vraie politique volontariste et cela ne coûte pas très cher. Cependant, cela ne résout en rien les problèmes que nous devons traiter d’urgence.