Opinions

Dans sa livraison datée du 16 décembre 2005, le Vif-l'Express a publié un dossier intitulé «La Bible: le vrai et le faux». Dans ce dossier, les articles de fonds visent à prouver de façon scientifique que les récits bibliques ne sont que des mythes et que rien ne vient corroborer l'authenticité de ces événements.

Il est dommageable qu'une revue qui se veut objective et à vocation informative ne donne la parole qu'à l'une des parties. Il est dommageable que face à ces articles, il n'y ait pas eu d'autres voies qui pourraient soutenir des thèses inverses. Ainsi le lecteur aurait pu se faire une idée de façon objective et totalement dépourvue de parti pris.

Dans l'article ayant comme titre: «Les Hébreux ont-ils séjourné en Egypte?», après avoir décrit sommairement l'histoire du peuple juif sous la domination égyptienne ainsi que la sortie d'Egypte et la conquête de la Terre promise, l'auteur se pose la question: «Une pure légende? La cité de Pitom n'existait pas au milieu du Xe siècle avant l'ère chrétienne. Surtout, les archives égyptiennes, qui consignaient tous les événements administratifs du royaume pharaonique - n'ont conservé aucun souvenir de cette présence juive. Rien non plus sur l'Exode, qui n'est pas davantage prouvé par les recherches archéologiques ou épigraphiques...... La fuite des Hébreux vers la Palestine paraît, en elle-même, peu vraisemblable...»

Face à cet article qui nie de façon absolue et catégorique l'authenticité des récits bibliques, nous pouvons citer bien d'autres articles de scientifiques qui viennent étayer et conforter les passages bibliques.

Le professeur américain William Foxwell Albrighth - un savant de renommée universelle, à la fois théologien, historien, philosophe et archéologue - écrit: «Dans l'état actuel de nos connaissances de la topographie de la partie orientale du delta, les précisions données par la Bible au sujet du début de l'exode (Exode, XII, 37; XIII, 20) sont absolument exactes, géographiquement parlant. Nos connaissances de la topographie et de l'archéologie nous fournissent un grand nombre de preuves du caractère historique du livre de l'Exode. Il faut que nous nous mettions dans la tête que l'attitude de scepticisme que certains prennent vis-à-vis des anciennes traditions historiques d'Israël n'est plus justifiée. Même la date du départ, au sujet de laquelle, on a si longtemps ergoté, peut être à présent fixée avec des risques d'erreurs minimes...»

Ainsi donc, la bataille entre les scientifiques fait rage. Les controverses quant à l'historicité de ces événements dans la vie d'Israël n'en sont pas terminées pour autant. Par ailleurs, le manque de preuves ne témoigne pas nécessairement de l'authenticité d'un fait. Le lecteur méditera tout particulièrement cette formule énoncée par Vincent Michel: «L'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence». Qui dit que demain, des chercheurs ou des archéologues ne mettront pas la main sur des fouilles qui pourraient renverser nos données scientifiques actuelles? A-t-on mis un point final à la recherche scientifique et archéologique dans cette région du monde?

Dans le cadre de cet article, j'aimerais me focaliser sur un passage biblique qui a fait couler beaucoup d'encre. Il s'agit des chapitres du livre de l'Exode qui retracent les plaies, prélude à la sortie d'Egypte.

Les dix plaies d'Egypte

Dieu voulant forcer Pharaon à libérer les enfants d'Israël d'Egypte frappa l'Egypte d'une série de malheurs: les dix plaies. Ces plaies ont-elles existé? N'ont-elles pas existé?

Le Professeur Immanuel Velikovski va éclairer notre horizon d'un regard nouveau. Il utilise pour ce faire un papyrus appelé «Le Papyrus d'Ipuwer». Velikovski a été frappé par le parallèle qui existe entre les faits relatés dans ce manuscrit et ceux relatés par le texte biblique. Il analyse ce manuscrit dans ses livres «Les désordres des Siècles» et «Mondes en collision» et établit un parallèle entre les catastrophes décrites par le prêtre égyptien Ipuwer et le récit tel qu'il est rapporté dans le livre de l'Exode. Les ressemblances sont stupéfiantes.

Quelques mots pour expliquer ce qu'est le Papyrus d'Ipuwer. Ce papyrus du scribe égyptien Ipuwer fut découvert à Memphis. En 1828, le Musée de Leiden aux Pays-Bas acquit ce papyrus et le classa sous le numéro «Leiden 344». En 1909, il fut traduit et publié à Leipzig par l'un des plus grands égyptologues anglais, Sir Alan Gardiner, spécialiste de l'écriture hiératique sous le titre: «Les Admonitions d'un Sage égyptien selon le Papyrus Hiératique de Leiden».

Ce texte constitue la description triste et amère d'événements extraordinaires dont Ipuwer était témoin. C'est la version d'une grande catastrophe. La description des ruines et d'horreur.

Selon le Professeur Velikovski, qui retrace de nouveau la généalogie des rois d'Egypte, ce papyrus correspond de façon exacte à l'époque de la sortie d'Egypte, conformément à la date qui est acceptée par la tradition juive. Le papyrus d'Ipuwer serait donc un compte rendu exact «de ce qui s'est passé».

Nous comprenons dès lors la pression faite par certains scientifiques de ne pas publier l'ouvrage du professeur Velikovsky même si des scientifiques renommés soutenaient ces thèses.

Afin d'être plus concrets et surtout pour éclairer nos propos, nous reproduisons ci-dessous une partie des similitudes entre les versets bibliques et la description faite par Ipuwer. Nous reproduisons quelques points de comparaison sans les explications fournies par le Professeur Walikowski lui-même. Car nous pensons que cela suffirait pour nous donner une idée claire de l'authenticité du texte biblique...

Exode. VII, 21: «Et il y eut du sang dans tout le pays d'Egypte».

Papyrus 2: 5-6: «La terre est couverte de plaies. Il y a du sang partout.»

Ex. VII, 21: «Le fleuve devient infect»

Papyrus 3: 10-13: «Ce sont nos eaux. Ceci est notre bonheur! Qu'allons-nous faire? Tout est en ruine!»

Ex. IX, 25: «Toute herbe des champs fut abattue par la grêle, et tout arbre des champs brisé».

Papyrus 4: 14: «Les arbres sont brisés.»

Papyrus 6:1. «On ne trouve plus ni fruits, ni légumes.»

Ex. IX, 23-24: «Des feux s'élancèrent sur le sol, et le Seigneur fit pleuvoir la grêle sur le pays. Elle était très forte».

Papyrus 2: 10: «C'est vrai, des portes, des colonnes, des murs ont été dévorés par les flammes.»

Ex. X, 15: «Et il ne resta plus de verdure soit aux arbres, soit en herbe des champs, dans tout le pays d'Egypte.»

Papyrus 5: 12: «En vérité, tout ce qui était encore visible hier a péri. La terre est aussi dénudée qu'après la coupe du lin».

Papyrus 6: 3: «En vérité, la semence a péri de toutes parts.»

Papyrus 6: 1: «Il est impossible de trouver ni fruits ni légumes.»

Ex. X. 22: «Moïse dirigea sa main vers le ciel, et il y eut obscurité de ténèbres dans tout le pays d'Egypte.»

Papyrus 9: 11 «La terre n'est pas éclairée».

Ex. XII, 29: «Ce fut au milieu de la nuit, et l'Eternel fit périr tout premier-né dans le pays d'Egypte, depuis le premier-né de Pharaon, assis sur son trône, jusqu'au premier-né du captif du fond de la geôle, et tous les premiers-nés des animaux..»

Papyrus 4:3: «En vérité, les enfants des princes sont écrasés contre les murs»

Papyrus 6:12: «Les enfants des princes sont précipités dans les rues.»

Ex. XII, 13: «Car il n'y avait pas de maison où il n'y avait pas de mort»

Papyrus 2:3: «Partout on voit ceux qui placent leur frère dans la tombe».

Ex. XII, 30: «Et ce fut une clameur immense dans l'Egypte».

Papyrus 3: 14: «Les soupirs se font entendre dans tout le pays, mêlés aux lamentations».

L'étude comparative du texte biblique et du manuscrit d'Ipuwer montre bien une description similaire des plaies. Et bien que le Papyrus détérioré ne fournisse aucune référence explicite au peuple d'Israël ni à Moïse, il décrit selon Verblovski trois phénomènes consécutifs: le soulèvement du peuple, la fuite des misérables et des pauvres et la mort du roi dans des circonstances inhabituelles. Ainsi les racines de l'Exode ne sont ni babyloniennes, ni grecques mais bien égyptiennes.

© La Libre Belgique 2006