Opinions
Une chronique de Jan De Troyer. 


Après les événements des douze derniers mois, la mauvaise réputation de Bruxelles a atteint son paroxysme en Flandre.


Bien avant que Molenbeek n’ait acquis sa notoriété dans la presse internationale, le gouvernement bruxellois avait promis de contrer "le parler à tort et à travers à propos de Bruxelles". Mais en ce début de 2018, il est difficile de croire que la crise d’image de la Région bruxelloise a été conjurée. A la lumière des événements des 12 derniers mois, la mauvaise réputation de Bruxelles a atteint son paroxysme en Flandre.

Après deux années de menaces pesant sur les utilisateurs des tunnels, le visionnaire Pascal Smet a enfin pu annoncer qu’on allait procéder à des réparations dans le quartier Meiser. Jamais en manque d’idées nouvelles, cette vedette politique qui entamera bientôt sa dixième année comme ministre de la Mobilité et des Travaux publics, avait pourtant prophétisé l’abolition de tous les tunnels bruxellois dans les dix ans. Comparer Bruxelles à une prostituée lui a finalement valu d’acquérir une célébrité quasi mondiale, grâce à une interview accordée à Politico, un portail anglophone s’adressant à la communauté internationale.

Sur le plan de la mobilité, en 2017, les automobilistes bruxellois ont d’ailleurs été confrontés à une nouvelle menace : les effondrements des voiries. Le plus spectaculaire d’entre eux s’est produit à la chaussée de Louvain. Le problème sous-jacent du mauvais état des égouts bruxellois pourrait dans les années à venir amener bien d’autres mauvaises surprises. Nul doute que cela permettra à Pascal Smet de développer d’autres idées lumineuses.

La saga bruxelloise qui, en 2017, a le plus scandalisé les Flamands a été celle du Samusocial. Plus choquante encore que l’enrichissement personnel pratiqué par l’ancien bourgmestre Yvan Mayeur et par son acolyte Pascale Peraïta, fut l’autocompassion des intéressés se présentant en victimes. Croyant sans doute vivre au temps de Louis XIV, ils estimaient que ces privilèges leur étaient dus.

La même maladie s’est manifestée ailleurs dans la capitale. On a appris que le président flamand du CPAS d’Uccle, Jean-Luc Vanraes, combinait sa présidence avec une fonction au sein de la Société régionale d’investissement de Bruxelles, deux mandats lui rapportant plus de 300 000 euros brut par an. Au sein de la baronnie uccloise, Monsieur Vanraes était en bonne compagnie, côtoyant Armand De Decker. L’ancien président du Sénat a joué tout au long de l’année le grand innocent dans l’affaire du Kazakhgate.

Ajoutons-y les tracasseries autour de la problématique des nuisances sonores de l’aéroport de Zaventem, la démagogie concernant les réfugiés au parc Maximilien ou l’ambiance morose au sein de la zone piétonnière. Tout cela explique les réticences flamandes devant chaque nouvelle exigence financière bruxelloise. Sans oublier le mauvais vaudeville mis en scène par un certain Benoît Lutgen, illustre inconnu en Flandre jusqu’au jour où on a découvert qu’il avait bloqué à lui tout seul le processus politique de la Région de Bruxelles-Capitale.

Au Nord, personne n’avait eu le temps de comprendre l’issue de cette affaire qu’un nouveau dossier émergeait déjà du fleuve ininterrompu de mauvaises nouvelles : le retrait par les instances du football européen de la candidature de Bruxelles pour l’Euro 2020, faute d’un accord sur la construction d’un stade pour l’accueillir.

2017 restera également une année marquée par les émeutes au boulevard Lemonnier, à la place de la Monnaie et à l’avenue Louise. Comme dans les banlieues françaises, la dynamite sociale explose aussi à Bruxelles. On en a eu la confirmation par les voitures incendiées la nuit du réveillon. La Flandre a toutefois compris qu’il est inutile d’insister sur la rationalisation de la sécurité au sein de la Région de Bruxelles-Capitale, tant que l’existence de 19 communes garantira le pouvoir francophone au sein de la capitale. Les partis flamands au sein du gouvernement bruxellois ne brillent d’ailleurs pas plus que leurs collègues en matière de réformes. Fin 2017, on a appris qu’ils bloquaient le décumul des mandats communaux et parlementaires. L’identité bruxelloise serait-elle conservatrice ?